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Dark Shadows
Une renaissance.
par Gabriel Carton
« Dark Shadows » avait tout pour fournir à Tim Burton matière à un film remarquable, Tim Burton avait tout pour offrir au soap-opera culte une adaptation digne de ce nom. Dire que le rendez-vous a été manqué serait mentir, le mariage est consommé, et la progéniture qui en découle ne fait honte à aucun des deux !
« My name is Victoria Winters, and my journey is beginning… » Ainsi commençait chaque épisode du soap-opéra gothique le plus marquant de l’histoire de la télévision (et à vrai dire le seul). Série unique en son genre crée par Dan Curtis en 1966, « Dark Shadows » premier du nom comptabilise pas moins de 1225 épisodes, diffusés entre 66 et 71. Deux adaptations cinématographiques voient le jour cette année-là, « House of Dark Shadows » (en France, « La Fiancée du...
Editorial du 11 mai 2012.
Histoire du sexe au cinéma, ou la représentation de l'acte sexuel.
Profitons de la sortie ce mercredi du nouveau film du duo Jean-Marc Barr- Pascal Arnold, Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui pour revenir brièvement sur l'histoire de l'érotisme et de la représentation de l'acte sexuel au cinéma, avant de s'arrêter sur les quinze dernières années, qui ont vu proliférer les actes sexuels non simulés.
Les barrières et conventions explosent, les démarches, elles, sont diverses et variés, et il n'est pas toujours aisé de cerner ce qui est du domaine de la provocation, de la manipulation ou ce qui relève de véritables gestes artistiques et politiques.
Ce sont d'abord et avant tout les surréalistes qui ont donnés au cinéma érotique son vrai sens. C'est la notion, l'idée du désir, bien plus que l'acte en tant que tel, qui intéressait ces artistes. Le désir sexuel est vu comme une réalité subversive et se trouve être au cœur même du cinéma selon eux.
« L'âge d'or » (1930) de Luis Buñuel, interdit pendant un demi-siècle, est un film traversé par l'irrésistible pulsion du désir, par l'amour comme signe de révolte, une arme contre les préjugés et les lois de la société. Y règne la présence permanente et mystérieuse du désir et de ses métamorphoses. Freddy Buache dira que chez Buñuel le désir « se consume de la souffrance à l'extase », entre « déculpabilisation et sublimation ». Le maître espagnol ose montrer la femme non seulement consentante, mais désirante, donc scandaleuse. Buñuel s'affirme alors comme le peintre des pulsions et des inhibitions. L'érotisme, empêché par la censure et notamment par le code Hays (1), surgit presque toujours par effraction. Comme cette jeune fille hésitant à toucher le pis d'une vache dans « Los Olvidados » (1951) ou le lait s'écoulant sur ses cuisses, ou encore les vieillards fétichistes, adorateurs des chaussures de femmes chers à Luis Bunuel: dans « El » (1953), « Susana la perverse » (1950) et surtout le personnage de Don Jaime dans « Viridiana » (1961). (afficher/masquer la suite)
Aux Etats-Unis, l'érotisme n'est moins refoulé que sublimé. D'où l'apparition des stars telles Greta Garbo, Marlène Dietrich, Rita Hayworth, Ava Gardner, Marilyn Monroe. Pour Hollywood, la star s'élève au dessus des vivants. Elle est la femme inaccessible, magnifiée, sacralisée. Le strip-tease le plus sublimé d'Hollywood fut celui de Rita Hayworth dans « Gilda » de Charles Vidor (1946) lorsqu'elle retire ses longs gants noirs en chantant "Put the blame on mamie". Grand moment d'érotisme sulfureux pour l'époque et devenu bien chaste aujourd'hui !
En 1930 le code Hays est adopté aux U.S.A. Il sera libéralisé dans son application à partir de 1961 mais sévira jusqu'en 1966 avant que la grande révolution des mœurs des années 60 (la fameuse « Contre-culture ») ne trouve un écho dans les productions hollywoodiennes. Ainsi naîtra le « Nouvel Hollywood » qui s'affranchira de cette censure et du conservatisme d'une certaine Amérique puritaine (« Bonnie and Clyde » d'Arthur Penn en 1967 en est le meilleur exemple).
Au Japon, en particulier, deux réalisateurs : Koji Wakamatsu et Nagisa Oshima s'imposent comme les maitres de la contestation via des films explicitement sexuels. La sélection des « Secrets derrière le mur » au festival de Berlin provoqua un incident diplomatique entre l'Allemagne et le Japon qui considérait que le film donnait une mauvaise image du pays. Les discours métaphoriques puissants, réels sujets de ses films, sont servis par une esthétique formellement splendide. Les très faibles budgets et l'aspect guérilla des tournages se font totalement oublier derrière l'extrême inventivité de sa mise en scène : narration éclatée, cadres au cordeau, lumières tranchées, bandes son hallucinantes.
La première reconnaissance internationale de son œuvre a lieu à Cannes en 1971 avec les projections des « Anges violés » et de « Sex Jack » à la Quinzaine des réalisateurs. En 1976, Nagisa Oshima lui demande d'assurer la production exécutive de son fameux « L'Empire des sens » qui est montré à la quinzaine des réalisateurs lui aussi, à Cannes en 1976. Le film est saisi à la douane à Tokyo, dès son retour sur le sol japonais. Il sortira dans une version censurée avec des caches noirs afin de masquer les actes sexuels non simulés. Le film sera attaqué par la censure lorsque sera publié, un peu plus tard, le scénario accompagné de quelques photos. Oshima sera finalement acquitté de l'accusation d'obscénité mais le film est toujours montré au Japon avec les organes génitaux floutés. Le pénis coupé de la fin est toutefois montré en totalité.
C'est ensuite au tour des Etats-Unis de s'inscrire dans cette veine de contestation sexuelle. « Gorge profonde » (« Deep Throat ») en 1972, qui sort donc six ans après la fin définitive du code Hays, trois ans après Woodstock et alors que le gouvernement Nixon vacille face à la contestation contre le Vietnam. A l'ombre de la contestation politique, monte la contestation contre les mœurs traditionnelles, conservatrices et puritaines, propres à une certaine Amérique. Gerard Damiano va ainsi exploser avec deux films : un film phénomène et un film fondateur. « Gorge profonde » est le film phénomène qui repose sur une idée géniale : l'héroïne a le clitoris situé au fond de la gorge et ne peut éprouver du plaisir qu'en pratiquant des fellations extraordinairement profondes ! Le film est tourné en six jours pour 20 000 à 22 000 dollars et va rapporter "dit-on" environ 600 millions de dollars.
C'est le premier film pornographique qui sort dans les salles américaines avec une diffusion nationale puis internationale par la suite. Cela suscite descentes de police, fermeture de salles, batailles dans les rues et même un procès contre Harry Reems, l'acteur masculin principal qui écope de cinq ans d'emprisonnement mais qui, heureusement, gagnera en appel.
« L'enfer pour miss Jones » (1973) est lui le film fondateur. Au lieu de l'actrice de dix-neuf ans qu'il avait prévu d'employer, Damiano choisit la cantinière du studio, un ex-mannequin, ex-danseuse. Elle débute alors dans le cinéma, pornographique de surcroit, à trente-sept ans. Dans sa longue carrière, Damiano privilégiera toujours les héroïnes du commun, femmes esseulées, victimes de la société, bien loin des jeunes modèles sexy, serviles et décomplexées des années 90.
Et en France alors ? C'est Mai 68 et ses effets libérateurs sur les mœurs qui vont casser le tabou et imposer le sexe. La pilule, la psychanalyse lacanienne et les confessions radiophoniques de Ménie Grégoire vont contribuer à cela. L'érotisme aseptisé, ayant perdu sa charge subversive, peut s'afficher au grand jour et devenir marchandise à usage domestique. Le phénomène du film X va alors durer 12, ans de 1973 à 1984. L'apogée se situera en 1978 avec 142 films sur 302 !
Ce sont les années 1973-1974 qui vont voir déferler sur les écrans français des films à caractère sexuel, en un peu plus de douze mois sortent sur les écrans « Les Valseuses » de Bertrand Blier, « Glissement progressifs du plaisir » d'Alain Robbe-Grillet, « La Femme aux bottes rouges » de Juan Luis Buñuel (le fils du « grand » Buñuel) dans lequel Catherine Deneuve se dénude entièrement, « Les Contes immoraux » de Valérian Borowczyk où les masturbations à l'aide de concombres sont filmées dans l'esthétique des estampes cochonnes du début du siècle. Le succès mondial d' « Emmanuelle » (Just Jaeckin, 1974) avec Sylvia Krystel et Alain Cuny en initiateur pornocrate, clamant avec Arthur Rimbaud qu'il faut changer la vie, consacre le triomphe du porno soft à l'usage des « bonnes » familles.
Mais il faut attendre le 23 avril 1975 pour que le passage à l'acte, le premier film « hardcore » montrant donc explicitement l'acte sexuel, soit autorisé en France. C'est « Anthologie du plaisir » (1970) film américain d'Alex de Renzy, compilation de 11 courts-métrages érotico-pornographiques de 1915 à 1970. Il faut donc attendre le milieu des années 70 en France pour que l'on ose transgresser l'interdit et passer de la suggestion métaphorique à la représentation non simulée de l'acte sexuel. « L'enfer pour Miss Jones » sort officiellement en France en septembre 1975 alors que « Gorge profonde » sort une semaine après et « Derrière la porte verte » une semaine encore après
Après la poussée érotique des années 60 et la vague du porno des années 70, il va falloir attendre la fin des années 90 pour voir arriver dans le cinéma « traditionnel », et plus particulièrement d'auteur, des scènes de sexes explicites. C'est-à-dire des films non pornographiques contenant des actes sexuels non simulés. Là où ça se complique c'est qu'il est compliqué de trouver des acteurs et actrices acceptant cette prise de risque. Dans un métier qui est basé sur l'image, au sens propre comme figuré, rares sont les prétendants ! Mais il existe des exemples où des cinéastes ont réussis à convaincre leurs acteurs de s'adonner à de véritables actes sexuels. Bien sur il ne s'agit que de séquences rares et isolées, malgré cela la controverse est toujours aussi tenace.
La démarche varie selon les réalisateurs : il y a ceux qui font appel à des acteurs issus du porno pour jouer ces scènes, les doubler, et ceux, qui à contrario ont osé franchir le cap. Dans la première catégorie, on peut y voir un geste de l'ordre de la manipulation, c'est le geste qui compte, entre posture et envie de provoquer. Citons trois réalisateurs reconnus : Bruno Dumont avec « La Vie de Jesus » (1997), Lars Von Trier avec « Les Idiots » (1998) et plus tard avec « Antichrist » (2009) et Léos Carax avec « Pola X »(1999). Ces trois « modernes » s'affranchissent alors des codes du cinéma traditionnel mais le flou de leur démarche n'incite pas à croire en la sincérité de leurs propos.
Catherine Breillat avec « Romance » (1999) aura au-moins le mérite d'engager un acteur porno, et pas n'importe lequel, LA star, qui sera accompagné d'une jeune actrice, Caroline Ducey. Cette dernière, tout comme la réalisatrice, n'a pas confirmée la pénétration dudit « étalon italien » qui lui affirme le contraire. On constate ici qu'il est difficile de connaître la réalité, la véracité du geste, cela dépend des dires des protagonistes et reste un tabou. Cinq ans plus tard Breillat récidivera avec « Anatomie de l'enfer », Rocco sera cette-fois ci associé à Amira Casar et là, plus de polémique, c'est une doublure qui sera la partenaire de l'italien dans les scènes avec pénétrations.
Venons-en donc à la seconde catégorie : ceux qui ont été jusqu'au bout de cette démarche, qui proposent des scènes non simulés mais avec des acteurs « classiques » qui ne sont pas doublés et, on peut aisément le supposer, convaincus de l'intérêt de la démarche. La liste n'est pas exhaustive mais reviens sur les films les plus marquants : « Baise-moi » (2000) de Virginie Despentes avec deux actrices pornos au casting tout de même - « Intimité » (2001) de Chéreau - le magnifique « Ken Park » (2002) ave c sa « libératrice » scène finale de triolisme, de l'emblématique et controversé Larry Clark (il est dans la ligné de son travail photographique mettant en prise des adolescents dans des scènes de sexe « trash » le plus souvent) – « 9 songs » (2004) de Winterbottom – « Batalla en el cielo » (2005) de Reygadas – « Shortbus » (2006) de John Cameron Mitchell avec notamment la surprenante et culte scène d'ouverture d'auto-fellation ! – « Serbis » de Brillante Mendoza, film qui a pour cadre un ciné porno - Citons enfin un cas plutôt amusant et polémique avec « The Brown Bunny » du génial et « barré » Vincent Gallo. A la fin du film, sa compagne de l'époque, Chloë Sevigny (qui tiens tiens à démarrer le cinéma dans le, aussi, très controversé « Kids » de Larry Clark ») prodigue une fellation à Gallo, jusqu'à l'éjaculation. Toutefois Claire Denis qui avait dirigé Gallo dans « Trouble every day » déclara que le phallus de l'acteur-réal était en fait une prothèse, accessoire qu'il aurait volé sur le plateau du film de Denis ! Surprenant et dingue en tout point ce Gallo.
Force est de constater que depuis le début des années 2000 (ce qui coïncide avec l'arrivée d'Internet en 1998) nous avons vu déferler quantité de films osant franchir cette frontière entre le cinéma traditionnel et celui classé X. Le symbole est qu'il n'est pas, plus, besoin d'avoir recours à des doublures ou des acteurs issus du porno. Si ce geste va dans le sens du film, si il n'est pas gratuit et simplement provocateur, cela donne encore plus de sens et de forces à ces films, le plus souvent, et c'est à noter, de bonnes qualités. Un inégal, mais passionnant film collectif, rend compte de tout cela : « Destricted » (2006), qui a le mérite de s'interroger sur la place de la pornographie et de la sexualité à l'écran, avec entre autres, deux fers de lance de cette démarche : Gaspar Noé et Larry Clark. C'est sans doute le segment de ce dernier le plus passionnant et le plus osé, qui voit un ado « casté » et interrogé sur son rapport au sexe, à la pornographie, puis de jeunes femmes le sont à leur tour et c'est le jeune homme qui choisira celle avec qui il préférera tourner une scène porno (avec au final un choix surprenant…). Le propos est très intéressant et permet de comprendre que la génération internet, « 2.0 », est aussi celle du porno, qui devient gratuit et sans censure, accessible à tout le monde en quelques « clics ». Cette accélération de films avec des scènes de sexes explicites et propre à un changement de société, de rapport et de consommation du sexe, avec, et il ne faut pas les occulter, des dangers inhérents à cela (addiction, vision et pratique de l'acte sexuel singé sur les codes du porno…).
videmment le cinéma, en tout cas quelques cinéastes « aventureux » voir « courageux », ne pouvaient ne pas s'interroger sur cela et donc nous proposer des films dans cette mouvance, entre provocations contre certaines formes de puritanismes et gestes simplement artistiques et/ou politiques. On en vient à rêver d'un grand film qui ferait l'unanimité et proposerai des scènes de sexes non simulées, à la fois belles et sensuelles, sans gestes gratuits ou provocateurs, justes avec comme idée de magnifier la scène, la rendre encore plus forte et crédible. Au-delà des codes machistes, violents et dégradants de nombre de pornos « gonzos » ou « hardcore » qui pullulent sur le net.
En cela Chroniques sexuelles d'une famille d'aujourd'hui au-delà de ses maladresses, a le mérite de nous donner une image du sexe joyeuse, d'être à l'opposé des codes du porno, de prendre en compte les nouveaux rapports et regards liés à la représentation du sexe (les nouveaux outils technologiques) et d'aborder des sujets tabous sans être graveleux ou manichéen. Alors n'ayez crainte d'aller voir ce film, et même en famille (enfin pas en dessous de 12 ans), car il a le mérite d'aborder divers sujets liés à la sexualité avec humour, légèreté et non sans réflexions.
Loïc Arnaud.
(1) Le code Hays : le code Hays ou Motion Picture Production Code est un code de censure régissant la production des films, établi par le sénateur William Hays, président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association, en mars 1930 et appliqué de1934 à 1966. Pour plus d'infos voici le lien d'un site très intéressant : http://www.discordance.fr/le-code-hays-991-1037
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