Le cinéma espagnol amputé de deux icônes
Le mois d'avril commence durement : alors qu'on apprenait le mardi 2 le décès de
Jesús Franco (aussi appelé Jess Franco), 82 ans, des suites d'un AVC qui l'avait conduit à l'hôpital fin mars, on nous annonce le 5 la disparition de
Bigas Luna emporté à 67 ans par la leucémie ! Rendons donc hommage le temps d'un édito à deux trublions du cinéma espagnol qui nous ont fait leurs adieux, pour ainsi dire de concert.
Jess Franco (né le 12 mai 1930 à Madrid) est aujourd'hui devenu l'emblème de ce que l'on appelle le cinéma bis. Expert des tournages express et des budgets microscopiques, l'ancien assistant réalisateur d'Orson Welles sur « Fallstaff » affiche au conteur près de 200 films en un peu plus de 50 ans de carrière. Citons pour mémoire des chefs-d'œuvre tels « L'Horrible Dr Orloff » (1962, son premier grand succès dans l'épouvante) « Succubus » (1967, avec Janine Reynaud et dont les costumes ont été créés par Karl Lagerfeld), « Venus in Furs » (1968, avec Klaus Kinski), ou « La Comtesse Noire » (1973, premier grand rôle de sa compagne Lina Romay). Longtemps considéré comme la lie du cinéma d'exploitation, Jess Franco est aujourd'hui redécouvert et réévalué à la lumière du genre qu'il a créé : le genre Franco. Car s'il touche à tous les genres (espionnage, drame, horreur, érotisme, comédie et même pornographie), il ne s'ancre dans aucun d'eux et construit un univers à part, au sein duquel se répètent inlassablement les mêmes scénarii (Franco étant jazzman, il opère avec les films de la même manière qu'avec la mélodie), toujours prêt à basculer dans l'abstraction. Auteur mais aussi grand lecteur, Franco signe plusieurs adaptations de la littérature fantastique, dont un Dracula (1970) avec Christopher Lee et Klaus Kinski et une « Chute de la Maison Usher » (1982) avec Howard Vernon, des écrits du Marquis de Sade, notamment « Justine de Sade » (1968) avec Romina Power et Jack Palance, ou de Mirbeau avec « Célestine, Bonne à tout faire », variation coquine, drôle et touchante du « Journal d'une femme de chambre ». Fortement anticlérical et bête noire de la dictature franquiste, Jess Franco (un patronyme bien lourd) s'exile très vite en France et ailleurs pour réaliser en paix sa filmographie gargantuesque, ne retournant en Espagne qu'au début des années 80 pour y poursuivre une œuvre qui s'est achevée avec lui, son dernier film ayant été réalisé en 2013...
...lire l'édito Cinéma en entier