A coeur ouvert
: L'histoire
Mila et Javier sont tous deux chirurgiens du coeur. Mariés depuis dix ans, ils ont deux passions: leur amour et leur métier. Mais Mila tombe enceinte, contre toute attente, et la perspective d'un enfant remet en cause l'équilibre de leur relation. Le penchant pour l'alcool de Javier devient alors une réelle menace...
A coeur ouvert
: Plus d'infos
Format : DCP & 35 mm • Couleur • 1.85 • Dolby 5.1
coeur et crâne
Javier aime Mila, les singes et la chirurgie cardiaque. Mila aime Javier, vivre libre, et elle aussi la chirurgie cardiaque — cette tension, cette concentration, cette adrénaline-là. Ces deux-là font tout ensemble: l'amour, la fête, de la moto, de la barque au clair de lune, des virées dans les zoos, travailler... A l'hôpital, ils opèrent front contre front, yeux dans les yeux, mains sûres et gestes millimétrés, ils ouvrent les coeurs, les réparent, les raniment, les suturent, et dès que la trace fluorescente de l'électrocardiogramme recommence de sinuer sur l'écran, régulière, ils s'arrachent, casques en mains, rieurs, déjà sont en mouvement. Dix ans qu'ils s'aiment de la sorte, tiennent ce rythme, et leur enfant qui s'annonce suivra, où qu'ils aillent. Une seule chose : Javier boit — on ne sait pourquoi —, addiction qui peu à peu le déporte sur le côté, jusqu'à le mettre hors-jeu.
Chez eux, le long de la baie vitrée qui domine le port, une pirogue indienne est posée sur le plancher. Sa présence immobile inscrit un monde lointain au centre de l'appartement, aimante le désir d'un ailleurs tout en désignant la menace : au bout du fleuve, au bout de son flot puissant et boueux, ce sont toujours les rapides et le fracas fatal des chutes.
C'est une histoire d'amour organique et charnelle, tendue entre un bloc chirurgical et une jungle possible, entre un microcosme saturé de gestes et un paysage de rêve, entre la fièvre scientifique des hommes et la quiétude du règne animal. Entre l'échographie d'un enfant à naître et la radiographie d'un crâne blessé. Un film diastole/systole qui épouse les battements du coeur : l'alcool commence toujours par irriguer la fête avant d'empoisonner le sang, la passion amoureuse électrise les corps, pompe les coeurs, avant de vider les lieux, désagrégeant lentement l'appartement des amants, laissant derrière elle des sacs de gravats et la tendresse du singe.
Maylis De Kerangal