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The Fits - retour à la page d'accueil
2015 - Etats-Unis - 1h12
 
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Sortie France
11
JAN
2017
 
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The Fits : Entretiens

Entretien avec Anna Rose Holmer, réalisatrice et scénariste

8 Janvier 2017 - 27 lectures
Comment êtes-vous devenue metteur en scène ?
Quand j’ai étudié le cinéma, je voulais devenir chef opérateur, j’ai donc passé beaucoup d’heures sur des plateaux et, quand vous êtes à l’image, vous êtes au plus près du réalisateur, de ses rapports avec son directeur de la photo et avec ses acteurs, donc vous apprenez sur le terrain, ce qui est la meilleure des formations. Ensuite, j’ai été productrice, avant de passer à la réalisation.

Vous avez travaillé avec le New York City Ballet. Comment cela a-t-il influencé votre travail sur ce film ?
J’ai fait deux longs métrages avec eux et quelques courts en tant que productrice. En 2010, j’ai co-réalisé une oeuvre très expérimentale intitulée « New York Export Opus Jazz ». Cela a été ma première expérience avec un ballet. Regarder le corps du ballet travailler sur une narration et prendre des décisions chorégraphiques, c’était déjà en soi faire des choix de mise en scène de cinéma, pour suivre chaque mouvement du corps de ballet. J’ai énormément appris en observant le processus de création de la chorégraphie. Vous êtes connectés aux danseurs et à leurs corps. Le plus fascinant était de les observer en train d’apprendre la chorégraphie et comment leurs corps initiaient une communication propre grâce à leurs mouvements. C’est une chose à laquelle j’ai beaucoup pensé sur « The Fits » : la communication par la danse et les mouvements.

Qu’est-ce qui a donné naissance à l’idée du film ?
Au départ, je me suis intéressée aux phénomènes d’hystérie de masse. Ensuite, j’ai eu l’idée d’intégrer cette idée dans un contexte lié à la danse. Encore fallait-il trouver une forme de danse qui s’y prête. Sur YouTube, j’ai découvert des vidéos de drill, et cela m’a paru très excitant à filmer. C’est à la fois athlétique et gracieux, comme si on associait les deux univers du film, la boxe et la danse. C’est donc en voyant des vidéos que j’ai découvert un groupe de drill, les Q Kids, dont Royalty Hightower, qui incarne Toni, faisait partie. Dès que je l’ai rencontrée, j’ai été fascinée par sa capacité à écouter et à réagir. Tout ce qu’elle ressent, son visage l’exprime. Nous avons donc choisi de faire le film avec elle et les quarante cinq personnes de son groupe.

Pour vous, il s’agit avant tout d’un film de danse ?
Il s’agit d’un film qui prend le parti de laisser le corps s’exprimer. Les sentiments, les émotions, passent par l’image, le mouvement et le son. Il y avait peu de dialogues dans le script et sur le plateau Royalty ne cessait de dire : « Mais ça, on l’a compris, pourquoi le dire ? ». Donc il y a encore moins de mots à l’arrivée que je ne l’avais prévu.

C’est rare de voir un film sur des adolescentes dont les parents sont exclus...
J’ai écrit ce scénario avec ma productrice et ma monteuse. Nous sommes toutes les trois des garçons manqués et nous avons toutes grandi en ayant un rapport très fort avec nos frères respectifs.
D’où l’idée d’un film qui montre la dualité entre la force et la grâce. Toni a besoin des deux donc, au lieu de choisir entre les deux, elle les fusionne. Les adultes, on les a toujours imaginés à la frontière, façon Charlie Brown. A onze ans, les gens les plus importants de votre vie, ce sont les enfants qui ont votre âge, bien plus que vos parents.

Vous utilisez de nombreux plans larges pour filmer les scènes de danse dans « The Fits ». Pourquoi un tel choix ?
Chaque élément visuel du film est le résultat d’un choix chorégraphique, lié ou non à la danse. Filmer le corps de Toni en entier correspond à son état d’esprit et permet de filmer les autres autour d’elle.
Son corps est placé dans ce contexte de groupe, c’est notre façon de suggérer ce qu’elle ressent. Elle compare sans cesse son corps et ses mouvements avec ceux des autres filles, c’était important de le montrer.
Nous l’avons isolée d’autres manières. Par exemple, la deuxième fois que l’on voit le groupe, Toni est très proche de la caméra. C’est la seule qui soit nette à l’image. Toutes les autres sont floues. Nous avons choisi différentes focales pour pouvoir l’isoler sans avoir à faire de gros plans sur elle. Nous étions très attentifs au fait d’utiliser toutes les séquences de danse pour qu’elles nous permettent toujours d’illustrer l’état d’esprit de Toni.

Il y a un travail sur le choix de la netteté dans le cadre, entre le premier et le deuxième plan.
J’ai commencé en tant qu’assistante caméra. J’ai toujours considéré que « faire le point » était un outil essentiel. Ici, cet outil sert à rendre compte de l’isolement de Toni.
Nous avons utilisé de vieux objectifs qui n’étaient pas « codés ». Cela nous a permis d’avoir une précision incroyable dans les détails. Si Toni n’est pas au centre de l’image, alors elle est floue. Les plans larges que nous avons fait de la salle de gym où elle joue au basket sont intéressants à cet égard. De là où elle est filmée, elle devrait être nette, mais comme nous l’avons placée au bord du point de netteté de l’objectif, elle est légèrement déformée. Nous avons utilisé tous les outils que nous avions. Il s’agissait toujours pour nous de savoir comment Toni se sent et comment nous pouvions l’exprimer d’un point de vue cinématographique. Le film est réalisé de son point de vue à elle, constamment.

Le son est également un élément très subjectif.
Nous avons testé l’utilisation d’enregistrements médicaux. Nous avons écouté des enregistrements d’échographie, ou d’opérations chirurgicales, pour voir ce que cela faisait d’être à l’intérieur du corps de quelqu’un d’autre. Là aussi, il y a un côté flou : le son doit venir de la perception subjective de Toni pour atteindre le spectateur. Le son est filtré et nous parvient étouffé.
Nous avons utilisé ce processus pour illustrer son espace mental. Quand elle est concentrée, quand elle s’entraîne, tous les sons de la salle de gym lui parviennent avec ce filtre, sourds. Tout est comme dans un rêve ou comme entendu sous l’eau. Cela nous a aidés à créer une distinction entre la réalité et la perception que Toni en a.
Nous avons aussi beaucoup travaillé les bruitages. Le bruiteur et l’ingénieur du son se sont rencontrés avant le tournage. Ils ont établi une liste de sons à enregistrer ; ceux de la salle de gym, de la salle des vestiaires, ceux aussi de chaque mouvement de sa natte dans le vent, chaque respiration qu’elle prend.
Nous avons déployé ces sons au mixage, pour qu’ils se détachent et principalement la respiration, car c’est un des thèmes majeurs du film. Il faut que le spectateur se sente aussi près de Toni que possible.

Il y a plusieurs plans-séquences dans le film, donc comment avez-vous construit le rythme du film ?
A chaque fois que nous montrons un espace vide, Toni entre dans le champ et nous nous focalisons sur elle. Parfois, il est plus efficace de couper dans l’action. Mais nous avons choisi de laisser l’action se dérouler en continu. C’est ainsi que nous avons défini le rythme du film. Nous ne l’avons rompu que pour montrer un moment extrême, ou exprimer une urgence. Là, seulement là, on coupait dans l’action pour exprimer une tension en décalage avec le rythme général du film.
Je voulais que chaque scène puisse potentiellement se dérouler aussi bien une heure après la précédente qu’une semaine après, pour jouer avec la sensation d’un temps élastique. C’est ainsi que l’on ressent le temps lorsqu’on est adolescent. C’est le souvenir que j’en ai, en tout cas. Un évènement fondamental a très bien pu durer une heure, on dirait qu’il a duré une semaine.
La grande majorité des filles porte le même costume pendant tout le film. Toni est celle qui se change le plus. Cela nous a permis de rester flous sur le temps qui passe et d’imprimer au film notre propre rythme.

La plupart du temps, vous filmez en plans fixes. Pourquoi ?
Je rêvais d’un film élégant et soigneusement chorégraphié. Bien que le cadre soit fixe, nous avons souvent utilisé les mouvements de la caméra : beaucoup de plans en steadycam et en travelling, mais c’était toujours un choix de mise en scène, et très rarement un choix dicté par ce qui se passait dans le cadre. Cela permet de rendre compte de l’inconfort de Toni, du fait qu’elle est dans une sorte de dérive, comme une accélération du temps qu’elle ne pourrait pas arrêter.
Si nous pouvions rester sur Toni, nous le faisions.
Même pour les plans en extérieur, nous voulions conserver Toni aussi confinée que possible. Il y a les scènes sur la passerelle, où elle est à l’extérieur, mais elle semble être dans une cage. Quand elle est à la piscine, elle est à l’extérieur, mais elle paraît être dans une pièce. On a cherché à ne jamais relâcher cette tension sur elle, autour d’elle, jusqu’au bout.

Le film ne répond jamais à la question : que sont ces « Fits » ?
La plupart des cas d’hystérie sont irrésolus. Nous voulions respecter ce mystère. Maintenant, qu’est-ce que cela nous dit, qu’est-ce que cela représente ? Est-ce le désir de faire partie d’un groupe ? Est-ce le corps qui se transforme à l’approche de l’adolescence ? De quoi ces crises sont-elles la métaphore ? Toutes les questions sont acceptables et toutes les réponses sont justes. J’aime qu’un film pose des questions et que chaque spectateur apporte la réponse qui lui sied le mieux. Je vois le film comme une expérience que chacun ressent à sa façon, un peu comme un rêve.

Entretien extrait des éléments presse du film THE FITS

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