Ulzhan
Note d'intention
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La quête d’un sens ultime, la recherche d’un endroit mythique au bout du monde, la volonté de fuir et de disparaître face à un deuil trop grand - tout cela peut paraître très pathétique, ésotérique frisant le ridicule, mais lorsque le personnage est incarné par un acteur aussi terre-à-terre que Torreton et que le pays qu’il traverse est aussi réel que le Kazakhstan, cette quête métaphysique peut se présenter comme un reportage très personnel, voire poétique.
Les ruines qu’il visite ne sont pas archaïques par l’architecture, mais seulement par la souffrance dont ils témoignent: les goulags où Lew Kopelew et Soljenitsyne ont été internés.
Les déserts ne le sont pas par le climat seulement, mais parce que plus de 500 bombes atomiques y ont explosé, à titre d’essai. La mort de la mer d’Aral a été décidée par les hommes qui sont tout autant indifférents aux souffrances de la nature que la nature est indifférente aux souffrances des humains qu’elle contemple du haut de la splendeur des montagnes enneigées.
Toutes ces images de grandeur et de détresse misent chez ce voyageur qui ne veut plus rien voir, une rétine réfléchissante et qui n’est rien d’autre que la caméra.
Rien ne sera neutre, tout sera perçu par lui. Et pour l’appréhender il aura deux guides, l’un conteur d’histoires et marchand de mots, l’autre l’inévitable féminin, énigmatique et muet. Les rapports qui lient ces trois personnages doivent être inspirés par Beckett, jamais psychologiques, toujours réalistes, opaques et impénétrables, tantôt poétiques, tantôt bouffons. Leurs textes, comme leur rencontre ne signifient rien, rien que la vie qui s’écoule et qui a tant de sens, comme le voyageur le découvrira, à condition de ne lui en chercher aucun.
Film d’aventure picaresque, nourri d’épisodes concrets, riches de lieux précis, de personnages monolithiques, sans dilemme dramatique et tout cela rendu dans une photographie directe, palpable et brute, sans embellissements ni effets - voilà l’objet que je voudrais façonner dans ce pays lointain.
Berlin, le 1er juin 2006 Volker Schlöndorff
Article extrait des éléments presse
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