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Une passion dévorante sauce Bollywood.
critique proposée par Hélène Dautancourt
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Le britannique Michael Winterbottom se dirige pour la troisième fois vers l'Inde pour son nouveau long métrage « Trishna ». Inspiré du roman de Thomas Hardy, « Tess d'Uberville » ; « Trishna » relate la vie de cette jeune paysanne qui s'égare entre la campagne du Rajasthan et la modernité de la ville de Mumbai. C'est lors de sa rencontre avec Jay, un jeune homme fortuné, que tout commencera, entre passion amoureuse et contraste social.
Aussi envoûtant que tragique, ce drame social et amoureux est tout autant parsemé de sensualité que de fatalité, au fond duquel se laisse à voir la beauté exotique des paysages indiens.
Au Rajasthan, Trishna (Freida Pinto) travaille avec son père afin de subvenir aux besoins de sa famille. Provenant d'un milieu défavorisé, la jeune paysanne fera la rencontre de Jay (Riz Ahmed), à l'hôtel dans lequel elle travaille. Fortuné, ce dernier sera rapidement séduit par la jolie indienne, et lui proposera un emploi de serveuse dans son hôtel de luxe à Jaipur.
C'est suite à l'accident du père de Trishna, en convalescence, qu'elle acceptera d'y partir seule, loin de sa famille. Entre charme et passion, Trishna et Jay deviennent amants malgré leur différence sociale, et laisseront naître leur amour, jusqu'à ce que leur position sociale reprenne le dessus et aboutisse à une tragédie.
C'est par l'intermédiaire d'un groupe d'amis que le film s'ouvre : En vacances, 4 jeunes hommes prennent du bon temps au Rajasthan, dont l'un d'entre eux, Jay, sortira finalement du lot. Charmé par la jeune Trishna qu'il aperçoit dans son hôtel, leur rapport s'avère d'abord simple et respectueux. C'est lorsque le jeune homme lui proposera un emploi dans un de ses hôtels de luxe (son père fortuné en possède plusieurs d'entre eux) que tout s'amorcera.
Déjà, les prémices de leur attirance l'un pour l'autre se donnera à voir par les regards de Jay littéralement portés vers son employée. Puis une scène significative, dans laquelle il lui apprendra à siffler (afin d'attirer l'attention des oiseaux dont elle s'occupe), laissera émaner leur désir latent. Cette scène est tout autant annonciatrice de la suite des événements : Trishna est enfermée dans une cage (faisant écho à sa soumission), tandis que Jay est à l’extérieur et domine la situation.
La construction du récit se fait finalement au travers des allers-retours de Trishna :
D'abord, leur idylle sous-jacente se concrétisera un soir, lors d'un premier rapport sexuel. Gênée et perdue, la jeune femme décide de quitter son emploi et de retourner dans sa famille où elle découvrira sa grossesse, interrompue selon le désir de son père. Cela n'empêchera pas Jay de retrouver la jolie indienne dont il s'est épris et de la convaincre de partir avec lui à Mumbai. Sans réfléchir, cette dernière accepte et découvre la modernité urbaine et l'aisance financière, qui lui permettra de s'épanouir dans la danse.
Leur histoire d'amour s'illustrera par une des chansons made in Bollywood citée dans le film : « tu as transformé mes nuits en jours ». Ce sera sans compter leur retour précipité pour le Rajasthan que leur passion se disloquera : A Mumbai, la vie était simple, et leur amour pouvait se dévoiler au grand jour, mais au Rajasthan, leur position sociale distincte doit rester cachée. En ce sens, ils décident de « faire comme avant » : Trishna reprend sa place de serveuse tandis que Jay ré-endosse son rôle de patron.
Pris dans une passion malsaine, il commencera à dégrader l'image de sa belle et tendre par l'intermédiaire des dires du Kamasutra : « il y a 3 types de femmes à qui faire l'amour : la servante, la célibataire et la courtisane ». Selon lui, Trishna mêle les trois à la fois, et subit alors les envies et pulsions de son amant, le poussant même jusqu'au viol.
Désormais, le jeune homme se sert de sa douce comme d'un jouet afin d'assouvir ses désirs, au détriment de leur amour, dans une relation d'exploitation féminine et de domination masculine.
De ce fait, la souffrance de Trishna, jusqu'à la soumission, prendra la forme d'une haine profonde la conduisant vers un acte irréversible auprès de son amant. Cette inversion de tendance se donne à entendre au travers de la musique, qui illustre désormais cet amour « transformé du jour à la nuit ». Leur histoire n'est plus qu'une ombre, perdue dans les méandres d'une passion perverse, qui conduira une nouvelle fois Trishna à fuir. Retrouvant sa famille, sa situation la poussera à se donner la mort à son tour.
C'est au travers d'allers-retours entre passion et raison, modernité et tradition, richesse et pauvreté que « Trishna » se donne comme un récit fatal et poignant.
Sans doute avez vous déjà aperçu la jeune et belle Freida Pinto : ses interprétations dans « Slumdog millionnaire » ou encore « Or noir » lui ont permis de se faire connaître du grand public. Pour autant, ses rôles n'y étaient pas pleinement exploités ; grâce à « Trishna » et le rôle principal qu'elle endosse, son talent et son magnétisme offrent un autre regard, plus aboutit.
Aussi juste que captivante, Freida Pinto (Trishna) envoûte à chacun de ses regards, entre douceur et beauté indienne, tout en sensualisant le long métrage. L'actrice réussit à donner à son personnage, un attachement, par son mérite, son naturel et sa soumission, qui en ce sens transformer le sort qui s'acharne contre elle en une légitimité quant à son acte ultime.
Riz Ahmed, interprétant Jay, a tout les airs du jeune homme moderne et riche. D'abord tendre et attentionné, il paraît aller au delà de la situation de sa belle à qui il permet de rêver un temps. Ce sera sans compter son goût pour le pouvoir et le vice, qui le mèneront jusqu'à l'abus.
L'acteur aussi semble coller à son personnage, il réussit à allier la douceur au mal qui s'empare de lui à la fin du film. Le spectateur change alors de regard à son sujet ; en passant du jeune homme idéal au pervers égoïste, nous ne pouvons que le mépriser et prendre parti pour Trishna.
A noter que la collaboration des deux acteurs n'en est pas à son premier coup d'essai, puisqu'ils ont déjà joué ensemble dans « Or noir » ; pour autant, leurs rôles s'avéraient relativement opposés.
Michael Winterbottom nous offre un voyage exotique dans lequel la passion entre un « riche » et une « pauvre », qui plus est ancrée dans la tradition, s'avère impossible. Malgré les prémices d'une lutte de ces différences, les statuts de chacun aboutissent en une tragédie sociale et amoureuse.
Laissant presque émaner un parfum de jasmin, c'est bien « Trishna » qui hypnotise et illumine littéralement l'écran. Sur fond Bollywoodien, cette passion tragique en fait tout autant un film fort que charnel.
Hélène Dautancourt.
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