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Nevermore.
critique proposée par Gabriel Carton
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Les écrits d’Edgar Allan Poe on toujours nourrit le cinéma, souvent pour le meilleur, si l’on pense aux flamboyantes adaptations de Roger Corman. Délaissés par le 7ème art depuis quelques temps, l’œuvre du maître du macabre est réinvesti d’une nouvelle manière. Dans « The Raven » de James McTeigue (« V pour Vendetta »), les récits d’horreur de l’auteur américain sont la source d’inspiration d’un serial-killer, qui rend par là un hommage douteux à l’homme de lettre qu’il admire. Lancé sur les traces de son plagiaire meurtrier, Edgar Poe lui-même mène l’enquête. Il y avait là de quoi offrir un « Se7en » gothique grandiose, mais McTeigue et ses scénaristes n’ont eu aucune volonté de sortir des clous, et se sont contenté d’aligner meurtres au pendule, emmurés vivants et croassements de corbeaux. Ce sont la démesure et la sensualité macabre d’un Clive Barker (« Hellraiser »), qui auraient fait ici merveille et qui manquent cruellement à « L’Ombre du mal ».
L’idée pourtant est séduisante : expliquer ce qui a conduit Edgar Poe sur ce banc de Baltimore, sur lequel il fut retrouvé délirant, et expliquer pourquoi, il réclama, dit-on, toute la nuit qui précéda sa mort, que l’on trouve un certain Reynolds. La réponse semblera décevante à beaucoup, car le film n’offre rien de plus qu’une enquête dont la seule ambition est de retomber sur ses pattes sans encombre (ce qui n’est pas rien en soi). John Cusack, certes moins convaincant que Ben Chaplin dans le superbe « Twixt » de Coppola, interprète un Edgar Poe cabotin, finalement attachant, amoureux fou d’une certaine Emily Hamilton. Alice Eve incarne cette jeune femme très éloignée des femmes qui peuplent les récits de Poe. Aucune interprétation hallucinée ne vient briser l’approche réaliste de McTeigue et c’est probablement cela qui donne l’impression d’un manque d’envergure. Une impression de déjà vu s’y joint lorsque l’on repense à « From Hell » auquel « The Raven » emprunte un dénouement semblable.
Sinon que reprocher à cette « Ombre du mal » ? De n’être que l’ombre de ce qu’il aurait pu être ? Il faudrait être excessivement hermétique pour ne pas se laisser happer par le récit, car nul besoin ici d’avoir lu « Le Puit et le Pendule » ou « Le Cœur Révélateur », pour apprécier cette enquête brumeuse. Aussi prévisible soit-il, il délivre son lot de moments forts, qui résident dans les reprises des meurtres évoquées dans les nouvelles de Poe. Faut-il encore louer l’ambiance gothique, qui ravira les amateurs ? Les plus frileux n’auront qu’à rester à la maison pour relire le poème qui donne son titre au film.
Contre toute attente, « The Raven », dont les échos sont unanimement mauvais, n’est qu’une semi-déception. Servit par une intrigue simple, mais efficace, des interprétations correctes et une esthétique parfaitement adaptée au sujet, le film de James McTeigue se révèle sans surprise et semble s’affirmer comme tel. Il se satisfait déjà de présenter un scénario logique, un portrait vraisemblable de Poe, au sein d’un spectacle accessible au grand public. Mieux vaut le voir alors comme une semi-réussite qui parvient à ne pas dénaturer sa figure principale tout en délivrant un produit "mainstream", ce qui relève de l’exploit en ces jours sombres où Sherlock Holmes est devenu cascadeur.
Gabriel Carton
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