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Summertime

The Dynamiter
2011 - Etats-Unis - Drame/Aventures - 1h13

Le Temps d'un été désanchanté.
critique proposée par Thibault Krause
678 lectures

Le « petit dernier » du cinéma indé américain est né ! Il se nomme Matthew Gordon et, rassurez-vous, nous donne de bonnes nouvelles d’un cinéma qu’on pourrait croire surfait, manquant de simplicité et de spontanéité alors que c’est vers cela qu’il devrait tendre, enfin, le plus souvent ! Avec « Summertime », son premier long métrage de fiction (il vient de l’école documentaire et a travaillé pour des chaines prestigieuses tels HBO ou Discovery Channel), Gordon nous cueille d’emblée par la justesse de son propos et l’évitement des clichés dramatiques et misérabilistes. Ceux-ci sont pourtant constitutifs de l’environnement géographique et social auxquels sont confrontés les personnages, pour le moins dépourvus de repères moraux et affectifs...

Matthew Gordon, natif de Baltimore sur la cote est, a choisi pour cadre l’état le plus pauvre de l’union, le Mississipi, afin d’explorer au mieux les affres de la crise économique qui touche son pays. Mais son « geste » le plus important et intéressant, est d’avoir travaillé qu’avec des acteurs non professionnels, tous issus des alentours. En cela son travail de documentariste s’est avéré précieux, car comme il le dit dans le dossier de presse : « J’ai appris que les gens agissent toujours de façon plus naturelle quand ils se sentent bien dans leur environnement ». L’équilibre entre fiction et documentaire est alors parfaitement tenue et apporte toute la puissance dramatique nécessaire à ce portrait d’une famille éclatée et démunie.

Nous allons donc suivre durant 73 minutes (à l’heure où bien des films sont trop longs, où les réalisateurs ont du mal à « couper » au montage, saluons la cohérence de la durée de cette chronique estivale)l es frères Hendrick composés de Robbie, son petit frère Fess (remarquables William Patrick Ruffin et John Alex Nunnery) et bientôt rejoint par leur grand frère Lucas, ancienne star de l’équipe de foot local, tout en muscles et testostérones exacerbés !

Cette fratrie n’a comme repère familial que la grand-mère, muette, tandis que la mère est partie et le père aux abonnés absents. Le temps d’un été, où il y a bien peu de choses à faire dans ce symbole de « l’Amérique profonde », Robbie va tout mettre en œuvre afin de décrocher un job et subvenir ainsi aux besoins de sa famille, en particulier ceux de son petit frère, qu’il couve avec beaucoup de tendresse. Le film va donc observer le passage de Robbie de l’enfance à l’âge adulte. Ou comment passer de l’insouciance de l’enfance, ces moments où l’on fabrique des épées avec des bouts de bois, à cette volonté de travailler durement pour assumer le rôle de « chef » de famille.

A l’instar du très réussi « Winter’s Bone » (Debra Granik) sorti l’année dernière sur nos écrans, Gordon ausculte avec acuité ce désir acharné de se sortir d’un contexte ou l'enfance ne connait pas l'insouciance. Dans ce portrait de « l'Americana » (cf l’édito de la semaine sur ce thème cher au cinéma américain), nous sommes confrontés au désir de Robbie de rassembler les fragments d’une cellule familiale éclatée et déchirée, à l’heure de la fin du « rêve américain » (c’est le sous-titre du film : « le rêve américain n’existe plus). On se recentre sur la famille, le rêve maintenant c’est d’être ensemble.

En cela, cette génération s’oppose à celle de l’après-guerre, symbolisée par Kerouac et son roman culte, « Sur la route », qui a marqué au fer rouge tout un pan de la jeunesse américaine. Tout cela a bel et bien changé aujourd’hui, il ne s’agit plus de s’évader, de se déraciner pour trouver une nouvelle vie, mais de passer voire dépasser l’individualisme, terreau du rêve américain et de sa notion du « self made man », pour aller vers le collectif et cette idée d’une communauté qui soude et élève les êtres. En cela son cinéma est dans la lignée du « maître » John Ford, qui a mis en exergue cette idée au travers de sa dense filmographie.
Pour ces « Trois sublimes canailles » (1) Les jours s’enchainent sans grandes distractions et les ennuis avec. Les chances sont faibles pour que ce jeune homme puisse un jour apercevoir une lueur d’espoir à l’horizon. Sa vie s’illumine cependant un beau matin. Il s’attache à un idéal illusoire et se surprend à rêver d’une vie meilleure lorsque son grand frère Lucas est de retour, après une obscure séparation (pour mieux le décevoir et disparaitre de nouveau…).

C’est avec une véritable sincérité que Matthew Gordon filme ses personnages sur ce territoire sudiste dont l'environnement est brillamment relevé (on pense bien évidemment à Jeff Nichols et en particulier à son premier film sur une fratrie aussi, « Shotgun stories ») et dont la poésie et la puissance narrative semblable à certains grands récits (« Le Bruit et la fureur » de Faulkner par exemple) peuvent surgir à tout moment.

La fiction, nourrie par cette forme de réalité sociale à la lisière du documentaire, glisse progressivement vers une forme de dramaturgie à la tonalité équilibrée, sans appuyer ses effets. Ce qui surprend le plus dans « Summertime », c’est cette capacité du cinéaste à saisir et à capturer certaines bribes élégiaques, à livrer avec parcimonie de pures et de brefs instants contemplatifs. La silhouette de Terence Malick semble parfois émerger lors de certaines séquences (le rapport des êtres à la nature, la beauté des longs plans verdoyants, l’utilisation de la voix off). Gordon n’hésite pas à protéger ses deux jeunes personnages derrière l’échine d’une nature bienveillante, à porter un regard humaniste sur ce jeune Héros entêté à réaliser son rêve (même lorsqu’il se fane et tombe en lambeaux…), sur cette tranche de la population victime d’un état du monde et sur lequel ils n’ont aucune emprise. C’est via cette tendresse pour ces (ses) personnes et à travers une douceur amère que le rêve américain s’évapore chez Matthew Gordon.

Thibault Krause et Loïc Arnaud.

(1): Film de John Ford datant de 1926, « Three bad men » en V.O.


 

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