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Laurence Anyways

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Laurence Anyways
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Laurence Anyways

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Laurence Anyways

2012 - Canada/France - Drame/Romance - 2h39

Troisième Sexe
critique proposée par Audrey Jeamart
1005 lectures

Laurence (Melvil Poupaud) et Fred (Suzanne Clément) se sont rencontrés sur un tournage et filent le parfait amour. Une grande complicité les unit, ainsi qu’un certain goût pour l’originalité. Mais sous ce bonheur apparemment sans nuage couve un malaise. À trente ans, Laurence craque, explose, et confie à Fred que ce qu’il veut, c’est devenir une femme, la femme qu’il aurait dû être. Une question se pose alors : cette transformation à venir aura-t-elle raison de leur couple, de leur amour ?

Dans Laurence Anyways, troisième volet de la trilogie du jeune québécois Xavier Dolan sur l’amour impossible (après J'ai tué ma Mère et Les Amours Imaginaires), la transsexualité est plus une toile de fond que le véritable sujet du film. Bien sûr nous voyons Laurence se transformer peu à peu, commencer à se travestir, à se maquiller, à se laisser pousser les cheveux. Mais les démarches et tout le côté médical sont totalement occultés, et le film n’est pas un manifeste. Car ce qui intéresse Dolan, ce n’est pas la transformation en elle-même, mais ses répercussions sur le couple. D’abord sous le choc, Fred va ensuite soutenir Laurence et tenter de faire évoluer sa vision du couple au même rythme que la féminisation de son compagnon.

Dolan fait ainsi évoluer les points de vue des deux membres du couple. Il privilégie même souvent les réactions de Fred, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’il se focalise sur Laurence. Plus Laurence se dirige vers celle qu’il rêve d’être, plus Fred se demande quelle est sa place. « Tu es en train de me dire que ce que j’aime de toi c’est ce que tu détestes de toi ? », lâche-t-elle, désemparée. Elle a aimé un homme, elle va devoir se faire à l’idée qu’une femme va peu à peu le remplacer. Oui mais Laurence est Laurence et le restera. N’est-ce pas ce qu’il lui dit le jour de leur rencontre ? Qu’il est Laurence, Laurence « anyways » (de toute façon).

Dolan a fait appel à deux interprètes remarquables. Melvil Poupaud incarne Laurence avec un mélange de sobriété et d’intensité, de sensibilité et d’assurance. Quant à Suzanne Clément, petit bout de femme excentrique, elle assume brillamment un rôle riche et complexe. Sur son visage aux yeux brillants se lisent le désarroi, la fierté, l’espoir. C’est beau comme The Funeral Party de The Cure ou la Symphonie n° 5 de Beethoven, qui illuminent la bande originale, entre kitsch et sublime. Deux notions qui s’attirent ici comme deux aimants qu’il est rare de rencontrer aussi bien accordées.

Durant tout le film, Laurence et Fred ne vont cesser de se rapprocher et de s’éloigner. Déroulant son récit sur plusieurs années (l’histoire commence à Montréal en 1988 et couvre les années 90), Dolan jalonne son récit de crises et de réconciliations (superbe scène où une étreinte bouleversante fait suite à un plan ultra cadré des deux anciens amoureux assis sagement et timidement sur un canapé). Plus leur amour semble impossible, plus on est pris aux tripes par ce destin hors normes. En cela, Laurence Anyways est un mélo flamboyant, une histoire d’amour sublime et hors du commun.

La question de la norme, justement, traverse le film, qui s’interroge également sur l’altérité et la marginalité. « On était déjà des marginaux avant que je sois marginal » lance Laurence à Fred, qu’il appelle au début du film « la bipolaire à cheveux rouges ». Mais Dolan n’a pas la prétention de se lancer dans de longs discours sociologiques ou psychologiques. Ce rapport à la différence est vécu de manière très simple par les personnages. On est dans le ressenti, l’émotion, pas dans l’analyse. Cela se traduira dans la première scène du film par d’insistants regards caméra, tout en mouvement, vers Laurence devenu femme. Dolan nous fait vivre les événements, il ne les commente pas.

Insolent et fougueux, le jeune réalisateur continue en effet de privilégier les sensations, et affirme décidément un style baroque, foisonnant, chic et toc. C’est parfois déroutant (les réunions de la bande déjantée des Five Roses), parfois sublime (la pluie de vêtements, totalement surréaliste, qui tombe sur Laurence et Fred après leurs retrouvailles). Mais toujours empreint d’émotion, d’intensité. Dolan trouve ici un bel équilibre entre les moments de sobriété, où les sentiments priment (nombreuses scènes de dialogues entre Laurence et Fred, ou Laurence et sa mère, interprétée par une excellente Nathalie Baye), les explosions émotionnelles (scotchante scène du restaurant, où Fred hurle sa rage à une serveuse un peu trop curieuse) et les scènes d’emphase (contre-plongées de personnages levant les yeux au ciel, plans de chaussures au ras du sol, ou cette arrivée remarquée de Fred à une soirée, sur fond de Fade to Grey). Un style pop et clinquant qui en agace beaucoup, mais qui trouve parfaitement sa place dans un cinéma où l’émotion est toujours à fleur de peau. Un cinéma impressionniste, en somme, constitué de touches multicolores et fugitives, qui s’impriment autant sur la rétine que sur le cœur.


Audrey Jeamart






 

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