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"Pix-Art".
critique proposée par Camille Moreau
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Le cinéma d'animation cette année nous semblait décevant, entre les supercheries de Noël comme "Un Monstre à Paris", la déception Ghibli avec "La Colline aux Coquelicots" et l'abus des suites type "Madagascar" et "L'Âge de Glace", seuls "Zarafa" et le "Tintin" de Spielberg sortaient du lot. C'est donc avec effervescence qu'on attendait le dernier hybride Pixar/Disney. Comme chaque film Pixar, "Rebelle" est précédé en salle d'un court-métrage, cette fois-ci il s'appelle « La Luna ». Un bateau flotte sur l'eau avec à bord deux vieillards et un petit garçon au visage rond. Les vieux marmonnent et le petit découvre la Lune qui s'élève de son reflet hors de l'eau. Ils montent tous sur la Lune et balaient les étoiles qui la recouvrent. Et voilà, en moins de cinq minutes, nous sommes entrés dans une rêverie poétique, un monde simple et pourtant rempli de magie, tout bonnement merveilleux. C'est là toute la puissance de Pixar. Une histoire muette (comme pour "Wall-E"), des personnages tout ronds, tout mignons, et une magie englobante, nous transformant tous en mômes ébahis devant l'écran.
"Rebelle" est dans la même lignée, c'est cloué au siège et passionné par le destin de la petite princesse que nous regardons le film. Et ce, dès l'ouverture. La jeune Mérida fête son anniversaire, et son père, le bon roi Fargus, lui offre un arc. Sa première flèche finit au fond des bois et en la cherchant elle tombe sur un feux-follet qui semble la guider, vers son destin lui dira son père. Mérida, la forêt et le feux-follet semblent nous inviter à les suivre dans leur monde . La forêt est toujours un lieu de passage, une transition entre un monde et un autre (par exemple dans le superbe et surprenant "Je Suis un No Man's Land" de Thierry Jousse ou les films de Tim Burton), et la pointer ainsi du doigt dès le début est très révélateur : nous sommes ici dans un conte atmosphérique.
En comparant les dessins-animés en salle en ce moment, on se rend rapidement compte que quelque chose cloche. Il y a un écart entre les films à proprement parlé pour enfants, "Rebelle" en fait parti, "Le Lorax" pourrait s'y rattacher, et les comédies-animées que seraient "Madagascar 3" et "L'Âge de Glace 4". Les premiers restent fidèles à la tradition du conte, ils proposent un récit d'initiation et jouent sur l'atmosphère visuel des mondes originaux qu'ils proposent, ce qui intensifie le processus d'identification. Les seconds hystérisent leur récit pour concocter un condensé de gags qu'on pourrait facilement plaquer sur n'importe quel autre film. Ils relèguent ainsi les personnages principaux qui deviennent de simples marionnettes sans psychologie. "Madagascar 3" et la féérie de son cirque fluorescent n'est en fait qu'une passerelle à blagues sans âmes, un clip promotionnel pour Katy Perry qui deviendra obsolète en quelques mois. "Rebelle" lui, est intemporel. Comme l'étaient les chefs d’œuvre de Disney, de "Blanche-Neige" au "Livre de la Jungle", et, pour la période Eisner, de "La Belle et la Bête" au "Roi Lion". Si les studios Pixar enchaînent les chefs-d’œuvre, c'est qu'ils s'inscrivent eux aussi dans une certaine tradition de l'animation, en proposant à chaque fois des contes originaux et universels à la plastique parfaite.
"Rebelle" est traditionnel, soit, mais dans l'air du temps. La pointe de modernité géniale qu'apporte le film s'inscrit dans son titre et se dévoile concrètement au dénouement de l'histoire. C'est l'émancipation de Mérida, qui se bat pour obtenir sa propre main. "Rebelle" bouleverse ainsi le mythe de la princesse de la même manière que l'aventure de Mérida démythifie l'histoire de l'Ours qui chiqua son père. Nous ne sommes plus face à la gentille petite princesse soumise à sa marâtre qui s'en sort grâce à l'aide d'un beau prince. Ici, la princesse est rouquine, un tant soit peu garçon manqué avec sa passion du tir à l'arc, elle rêve de renverser l'ordre, de battre ses prétendants et de convaincre ses parents de sa maturité. Mérida traverse une crise d'adolescence, elle remet en cause la tradition et souhaite devenir adulte, s'émanciper, choisir par elle-même.
C'est donc dans sa morale que le film modernise le mythe de la princesse, dans son fond plus que dans sa forme. Mais c'est tout aussi louable puisque le film est destiné aux enfants. "Raiponce" modernisait la structure de son récit par la forme, en jouant sur la répétition de certaines scènes comme on peut le voir dans la plupart des comédies, en glissant des clins d’œil anachroniques, ce qui dénature le film et nous fait prendre de la distance, brisant notre rêverie d'enfant de la même manière que lorsque Alex et sa troupe de Madagascar dansent et chantent sur "Firework". Cette modernité sur le fond devient dès lors plus subtile, plus efficace, et, à travers le processus d'identification, finit par marquer l'inconscient du spectateur qui, une fois les lumières revenues, éclairant à nouveau la salle, en oubliait qu'il était au cinéma et qu'il portait des lunettes 3D. C'est dire!
S'il est réussi, c'est que le film est parfaitement équilibré, qu'il agit par touches. Pas d'avalanche de gags, pas d'amourette, pas d'improbabilités. A l'inverse, il y a des pointes de fantastique comme l'étaient les feux-follets, dans la forêt où Mérida découvre la cabane de la sorcière, alors que l'essentiel du récit se passe au château. Pointes d'humour avec des grimaces par-ci par-là, des vols organisés de gâteaux par les triplés, ou encore par l'inconsistance des prétendants et la rivalité des familles. Aucun pathétique, les disputes entre Mérida et sa mère relevant plus de la psychologie et du symbolique, comme en témoigne la toile familiale coupée en deux, clé de l'histoire. En un sens, "Rebelle" serait presque un dessin-animé réaliste, parce qu'il ne se concentre pas sur le fantastique, la rencontre avec la sorcière, pour mieux montrer les effets de ce fantastique sur le monde réel de la princesse, l'inversion des sentiments qui s'opère, ainsi sa mère, transformée en ours, est désormais sous sa propre responsabilité. Embûche de son initiation qui lui permet de s'élever et de prendre conscience de l'importance d'une famille. Finie sa crise d'adolescence, Mérida a réussi à s'affirmer devant ses parents et repousse ses prétendants, bousculant la tradition.
Pixar a donc encore une fois réussi son pari. Depuis "Toy Story", le génial et inventif "Monstres et Cie", "Les Indestructibles", jusqu'au magnifique "Wall-e", ils réalisent les plus beaux et les plus originaux, disons les véritables, dessins-animés qui deviendront autant de classiques d'ici quelques années. "Rebelle" est à rajouter à la liste, tant sa grâce cueille notre âme d'enfant, ravit les petits comme les grands. Prochaine sortie prévue : "Monsters University", un préquel au fameux "Monstres et Cie" qui devrait sortir en Juin 2013. D'ici là on espère se faire surprendre par d'autres merveilles de l'animation, et pourquoi pas françaises, comme l'étaient l'année dernière "Les Contes de la Nuit" de Michel Ocelot ou "Le Tableau de Jean-François" Laguionie.
Vive le bon cinéma d'animation!
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