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Asphalte Jungle.
critique proposée par Loïc Arnaud
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Un an après « La Brindille », premier long métrage juste et sensible d’Emmanuelle Millet, nous retrouvons le couple Christa Theret-Johan Libéreau dans cet autre premier « long » de Christophe Sahr. Dans « La Brindille », ce jeune couple devait faire face à une grossesse surprise ; ici, dans une surprenante continuité, Rachel et Alex, la vingtaine, vivent avec leur fille de deux ans dans une cité HLM de la banlieue parisienne et travaillent dans le supermarché du coin.
Rachel, pleine d’énergie, assume pleinement son rôle de jeune maman, lui, plus renfermé, voir quasi mutique avec sa compagne, passe beaucoup de temps avec son meilleur pote (l’excellent Guillaume Saurrel, découvert chez Jacques Doillon) avec qui il partage sa passion du tuning et, plus particulièrement, de sa Honda Civic jaune et noir! Entre « run », rassemblements nocturnes, simulations de courses sur consoles et discussions sur la puissance sonore dégagée par la voiture d’autres amateurs de tuning, Alex ne parait guère concerné par sa petite famille.
Mais sa routine va basculer, un soir, lorsqu’il va involontairement percuter et tuer un adolescent sur l’autoroute ; en prenant la fuite, c’est une forte culpabilité qu’il va maintenant devoir affronter.
Le premier mérite de ce film est d’éviter tous les clichés inhérents aux sujets abordés : nous sommes bien loin d’un « Confession intime » au sujet douteux tel « Je préfère bichonner ma voiture plutôt que ma femme » ! La fiction se concentre sur ses deux protagonistes, leur quotidien, leur environnement, leurs galères de thunes. Il n’y a pas de place pour le jugement ou l’étude "sociologico-psychologique", nous sommes dans un film abrupte, fais de silences, de regards, exprimant le doute, la frustration, une nouvelle forme de précarité touchant les classes populaires.
A l’instar d’un autre film cousin, le magnifique « Belle Épine » de Rebecca Zlotowski (dans lequel jouait Johan Libéreau), « Voie Rapide » est un récit d’initiation qui privilégie les sensations via une mise en scène d’une belle maitrise et intensité. On s’affranchit par la vitesse, le danger (magnifique scène de duel en voiture ou s’exacerbe les conflits et rivalités masculines, comme dans un western urbain) ; la mort rôde (la figure fantomatique de l’ado tué, sa chambre-tombeau, la taule froissée), la carrosserie est filmée comme de la peau, avec ses cicatrices, ses blessures apparentes, cachant un mal bien plus profond, celui d’un jeune homme pas prêt à affronter ses responsabilités, à exprimer ses sentiments.
Que ce soit dans sa relation avec ses parents (magnifique scène nocturne avec sa mère, absente et dépassée) ou celle joliment ambigüe avec la mère du défunt (la toujours impeccable Isabelle Candelier, habituée du duo Podalydès), jamais le film n’est démonstratif, au diapason de ce personnage opaque, dont on comprend les émotions par ses regards, qui passent par d’intenses gros plans de visage. Christophe Sahr trouve alors un bel équilibre entre un quotidien désenchanté et la violence, la tragédie, qui va faire exploser cette fragile cellule familiale.
Tendu et maîtrisé, voila ce qu’on peut dire de ce premier long métrage, on aimerait en dire autant à chaque découverte d’un nouveau cinéaste, c’est dire la promesse que ce jeune réalisateur nous offre.
Loïc Arnaud.
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