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Jason Bourne: L'héritage

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Jason Bourne: L'héritage
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Jason Bourne: L'héritage

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Jason Bourne: L'héritage

The Bourne Legacy
2012 - Etats-Unis - Action/Criminalité/Thriller - 2h16

La Poursuite dans la peau.
critique proposée par Loïc Arnaud
806 lectures

Comment ça ? Un nouveau Jason Bourne sans Jason Bourne ? Et Paul Greengrass (le réalisateur des deux derniers films de la trilogie) qui ne poursuit pas l’aventure ? Et Matt Damon qui du coup lâche la franchise ? Il y avait de quoi être inquiet ! Ou alors, il s’agissait plutôt d’une bonne nouvelle pour une franchise que l’essoufflement guettait. Je me pose alors la question suivante : Comment faire sans eux ? Sans ce personnage mythique de l’action moderne qu’était ce bloc de granit tourmenté de Jason Bourne ?

Le studio Universal Pictures ne souhaitant pas « la jouer à la James Bond », c’est-à-dire trouver un autre acteur capable d’endosser le lourd costume de Bourne, l’idée était donc de continuer l’aventure sans lui, de réinventer la série et créer ainsi un nouveau personnage. La première bonne nouvelle fut de confier la réalisation aux scénaristes de la première trilogie, Tony Gilroy, lui-même réalisateur de deux thrillers de bonnes factures, mêlant politiques et espionnage : « Michael Clayton » et « Duplicity », à même de perpétuer l’esprit et le souffle de la saga. La seconde, fut le choix de l’acteur en charge de succéder à Matt Damon, avec le souci de ne pas trouver un ersatz de Bourne, un clone de Damon, mais un personnage et un acteur capable de prolonger cette série, de faire évoluer le personnage, pas motivé par les mêmes buts et aux affects différents.

C’est donc Jeremy Renner (alias Aaron Cross), révélé dans « Démineurs » de Kathryn Bigelow et qui à depuis « explosé » dans « The Town » et deux autres franchises majeures du cinéma américain, avec des films sortis cette année : « Avengers » et « MI4 », qui a la charge d’entrer dans la peau du nouvel agent en cavale. Le sachant entouré de la magnifique Rachel Weisz (qui a achevé de nous convaincre dans « The Deep blue sea » !) et d’Edward Norton, il y avait de quoi être optimiste ! Mais on le sait, un excellent casting n’est pas la garanti d’un bon, voir d’un grand film…
Si on se souvient de Bourne, il était avant tout obsédé par la quête de sa véritable identité, dans un questionnement permanent, ou le doute et la morale avaient une place importante. Aaron Cross, lui, est plus imprévisible et animale, à l’image de ce que dégage Renner : plus de puissance physique et érotique même, un certain trouble, alors que Matt Damon était plus « minérale ». Son passé ne l’intéresse pas, il est dans l’accomplissement de sa mission, dans son rôle d’agent qui ne se pose guère de questions et exécute.

Dans cet « Héritage » le but est la perpétuation de la mythologie de la série. Jason Bourne n’était qu’un pion, l’infime partie d’un programme mettant au point des agents très spéciaux, des surhommes, génétiquement modifiés, via des programmes militaires et des laboratoires secrets. Bourne, on le revoit brièvement via des fiches de renseignements dans les bureaux de la CIA, menace alors de divulguer les opérations troubles de la puissante agence américaine. Celle-ci, dépassée, hormis le froid et machiavélique Colonel Byer (Norton donc), tente de sauver la mise avec le dernier projet qui lui reste, en éliminant les agents qu’elle avait utilisée comme cobaye, eux-aussi amnésiques. De cette opération d’élimination des agents « Outcome », va réchapper Aaron Cross, accompagné et épaulé par une scientifique, la charmante Dr. Martha Shearing, elle aussi menacée de mort car impliquée dans le sinistre projet.

Il est toujours question de cavale bien sur, mais avant l’emballement de cette mécanique d’ « action-hero », on découvre le personnage, seule, dans l’immensité des montagnes de l’Alaska, dans le vide, le froid. C’est un (anti)-héros isolé et solitaire, qui se raccroche à ses pilules, vertes et bleues, on ne sait pas bien pourquoi mais on comprend qu’elles lui sont précieuses… Il va finir par rejoindre un autre agent, isolé lui dans un chalet. Tout comme eux nous manquons d’informations, de repères, ils ne sont font guères confiance dans ce jeu de dupe permanent, la frontière entre complice et traitre est mince. Son « collègue » sera le premier des six agents éliminés, Cross n’a pu qu’à prendre la suite, échapper aux loups et aux drones de l’armée américaine… (Superbe séquence de téléguidage du drone via un montage parallèle entre la salle des opérations et l’instinct de survie incroyable de Cross !).

S’échapper toujours, sauver sa peau : de l’Alaska désertique aux rues bondées de Manille (lieu de la grande séquence virtuose de poursuite) pour Cross, d’un laboratoire ou un scientifique fou sème la panique en tuant ses collègues, à une maison isolé dans la forêt pour le Dr. Shearing (avec à la clé la plus réussie des séquences du film, grand morceau de bravoure de rythme, de montage, de mise en scène, de découpage de l’espace), il y a toujours cette soif de liberté, de se libérer des griffes de ceux qui les obligent à être ce à quoi ils sont rendus : des bêtes traquées.

A l’instar des séries de Howard Gordon, « 24 heures chrono » et « Homeland », nous sommes dans l’Amérique post-11 septembre, dans les arcanes du pouvoir, entre renseignements, cellule anti-terroriste , QG militaire, un monde opaque, paranoïaque, gorgée de nouvelles technologies, écrans de contrôles, avec cette idée de supers-agents, isolés, prêts à tous les sacrifices pour des missions propres à sauver la patrie. Dans un monde cerné d’images, de surveillance ils doivent aller plus vite que l’information. Et il y a un point commun intéressant entre Jack Bauer, Carrie Mathison (la magnifique héroïne de « Homeland », incarnée par Claire Danes) et Aaron Cross : ce sont des toxicomanes, différemment accrocs à divers produit qui leurs permettent de tenir, survivre, tant physiquement que psychologiquement. Ce sont eux, les « nouveaux (anti-) héros » de cette Amérique en guerre, des solitaires, perdus et en lutte contre leurs propres démons, pas seulement ceux d’une nation qui a peur.

Mais à contrario des tics de mise en scène de la première trilogie ou de « 24 », ce nouvel « héritage » se place du côté du thriller classique d’espionnage. Fini la veine néo-documentaire et ses effets de réels, la caméra au poing, le montage épileptique, Greengrass a poussé tout cela jusqu’au bout et Gilroy a la pertinence de ne pas masquer sa mise en scène par ses redites. Il filme son nouveau héros, encore plus athlétique et acrobate (pas loin du nouveau Bond incarné par Daniel Craig), avec plus de grâce et de puissance à la fois, il fait corps avec lui et son environnement afin de mieux mettre en relief ses tourments et motivations. Notamment celle de sauver sa bien-aimée, celle qui l’a sauvée, la seule en qui il a confiance.

C’est ainsi la romance qui gagne le récit, comme dans le dernier « Mission Impossible » l’émotion et les sentiments naissants des personnages contaminent la fiction, le mélo s’invite à la table de l’action, les gros-plans de visages envahissent l’écran, les expressions de visages s’illuminent de sourires complices. Et le spectateur quitte la salle le cœur plus léger, les yeux pleins de grands moments d’actions comme seul le cinéma américain en propose ; efficace et émouvant, voila la recette, suffisante, du « Jason Bourne legacy », pour le plus grand plaisir du spectateur que je suis !

Loïc Arnaud.


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