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In Another Country

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In Another Country

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In Another Country

Da-reun na-ra-e-suh
2012 - Corée du Sud - Drame - 1h29

Trois choses que je sais d'elle.
critique proposée par Matthieu Le Scornec
901 lectures

Un parapluie, une plage, un maître-nageur, une tente, de l’alcool et une étrangère. Voilà comment il semble que l’on pourrait résumer les trois courts-métrages présentés dans « In Another Country ».
De même que la répétition, la mélancolie, le hasard, l’alcool, l’amour, la poésie et le cinéma pourraient contenir en eux la plupart des réalisations du Coréen Hong Sang-Soo. Quant au lieu commun qui consiste à dire que certains réalisateurs font toujours le même film il va si bien à ce cinéaste, tant tous ses films sont traversés par des thématiques, une ambiance et une méthode de filmer, reconnaissables entre mille.

Pour mieux comprendre ce cinéma atypique qui se dirige dans le sens inverse de la plupart des réalisations habituelles, il faut d’abord préciser que Hong Sang-soo – et ce depuis ses premiers films - a adopté une recette bien particulière. Ses films se font premièrement dans une économie de moyen, qui rappelle celle des différentes « nouvelles-vagues »  et qui implique par conséquent, une création régie d’abord par le manque.
La première étape pour le cinéaste et scénariste Coréen consiste d’abord à trouver un lieu qui lui serait familier et qui saura nourrir son inspiration ; ensuite des comédiens, pour habiter cet endroit et sur lesquels il va pouvoir projeter ses histoires, son vécu et le leur. Enfin, les scènes du film sont écrites au jour le jour, chaque matinée de tournage. Les acteurs ont ainsi souvent à peine le temps de finir d’apprendre leur texte que Hong Sang-soo est déjà là, à crier « Action ! ». C’est sûrement cette « méthode » qui donne à ses films ce sentiment de sincérité et de vie encore bouillonnante. C’est aussi un de ces procédés scénaristiques qui pourrait le ranger du côté d’autres cinéastes d’avant-garde portés, eux aussi, par la recherche d’une certaine spontanéité.

Le départ de cette comédie est donné par une étudiante en cinéma qui décide de combler son ennui en réfléchissant à une idée de court-métrage, basée sur le personnage d’une étrangère. Finalement, il nous sera dévoilé trois histoires, habitées par trois étrangères portant le même prénom : Anne (interprétées toutes trois par Isabelle Huppert) et dans trois situations différentes. Pas si différentes que ça en fait, car elles abritent en elles, les mêmes lieux, les mêmes personnages et les mêmes « petits détails ».
Elles se déroulent d’abord toutes les trois sur la station balnéaire de Mohang. On découvre ainsi à plusieurs reprises ses bars, ses quelques routes, son chalet pas loin de la mer et aussi (et surtout) sa plage.

La première Anne est une réalisatrice célèbre qui vient rendre visite à un ami, lui aussi réalisateur et dont la femme enceinte fait preuve d’une grande jalousie à l’égard de cette étrangère.
La deuxième est une femme mariée qui attend son amant et dont les rêves sont parfois meilleurs que sa réalité.
La troisième vient de se faire abandonner par son mari et est à la recherche de réponses, qu’elle trouvera (ou non) dans la figure d’un moine bouddhiste.

Autour des différentes Anne gravitent : un couple, la propriétaire du chalet (et son parapluie) et un maître-nageur, interprété par Yu-Jun-Sang, qu’on a déjà croisé dans d’autres films récents de Hong Sang-soo. Ce dernier est un « bienheureux » au corps et à la bouche toujours en mouvement, une sorte de Roberto Benigni coréen, dont les apparitions sont toujours un pur régal d’humour. De même, on a rarement vu une Isabelle Huppert (habituée à des rôles plus graves et pesants) aussi légère et guillerette. Les différents rôles qu’elle interprète sont finalement presque similaires et semblent joués sur les mêmes notes, mais à travers des variations infimes.

On pourrait alors se dire que Hong Sang-soo est un peu fainéant, en manque d’imagination ou bien encore, qu’il a des gros soucis de mémoire pour faire des histoires si semblables, où même certains dialogues se répètent. En fait, toutes ces histoires et ces personnages se répondent entre eux, se communiquent et deviennent au fur et à mesure du film, complémentaires. Tous ces « petits détails », d’abord vus comme insignifiants prennent ainsi petit à petit de l’ampleur. A la manière de ces tessons de bouteille de bière que les personnages du premier récit découvrent sur la plage et dont on ne connaîtra l’origine que lors de la dernière histoire. Ces trois courts-métrages créent ainsi une sorte d’unité, un prisme dont les différentes facettes ne pourraient être appréhendées et comprises dans leur totalité, que vis à vis des autres. Comme s’il s’agissait finalement d’une seule et même histoire dont le cinéaste nous donnerait à voir les différents reliefs.

Il s’agit là toujours de récits du quotidien, habités par ces petits riens qui, sous l’oeil d’Hong Sang-soo deviennent délibérément précieux et poétiques. Aussi, la forme en triptyque de « In Another Country » et ses allers retours incessants entre les différentes histoires donnent une grande vivacité au récit général et procurent un réel sentiment de familiarité avec tous ces personnages et ces lieux. Il y a là un réel plaisir, à chaque fois, à (re)découvrir ces éléments d’une façon nouvelle et ce, malgré le fait qu’on semble déjà les connaître.

De la même façon, on appréhende toujours le Cinéma de Hong Sang-soo plus comme une retrouvaille qu’une réelle découverte. A la manière d’un vieil ami que l’on verrait une fois par an, au mieux, mais avec un réel plaisir, et qui n’aurait pas non plus vraiment changé. Moi, je l’ai rencontré au hasard d’une étagère, dans le rayon « cinéma asiatique » d’une médiathèque. J’étais attiré par les titres énigmatiques de ses films et le vert indigo de la pochette de ses DVDs. Alors à ceux qui n’auraient pas eu encore la chance de le rencontrer, il est encore temps. Et si vous le voyez, dites-lui bonjour de ma part!

Matthieu Le Scornec.




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