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2012 - Etats-Unis/France - 1h33
Criminalité/Horreur/Thriller
 
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Sortie France
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Dans les yeux du tueur
critique proposée par Gabriel Carton
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Produit d’exploitation avant tout, « Maniac », réalisé en 1980 par William Lustig (dont c’est le premier film en dehors du circuit X au sein duquel il œuvre sous le pseudonyme de Billy Bagg), allait pourtant marquer durablement les esprits en se plaçant quelques échelons au-dessus de la production lambda du genre. Outre un niveau de violence excessivement élevé, « Maniac » a pour particularité de suivre le quotidien d’un tueur en série, Frank, incarné par Joe Spinell, qui trouve ici son rôle le plus abouti. Mais outre quelques trouvailles de mise en scène très efficaces et des séquences brutales et éprouvantes, le concept du film reste relativement simple tout comme son exécution. Tourner un remake du film de William Lustig semble donc une idée plutôt saugrenue dans le paysage cinématographique moderne. Le genre d’idée qui relève pour ses producteurs (Thomas « The Artist » Langmann et William Lustig himself dans le cas présent), s’ils ne sont déjà assis sur une mine d’or, d’une inconscience commerciale de plus en plus rare, à moins de compter sur des gens prêts à s’atteler à un travail d’écriture conséquent en adoptant le recul nécessaire.
Mission accomplie pour Alexandre Aja et Gregory Levasseur qui ont tout misé sur les questions de point de vue et de point d’écoute. Recentrant cette nouvelle mouture, mise en scène par Frank Khalfoun, sur l’état d’esprit et les obsessions de son personnage, Frank, un jeune homme timide, passionné par les mannequins de vitrine vintage qu’il restaure et auxquels il essaie de trouver un nouveau foyer. Outre cette activité très éloignée des préoccupations de ses contemporains, le jeune homme traine aussi un traumatisme d’enfance lié aux frasques sexuelles de sa mère et ne peut s’empêcher d’en faire payer le prix à toutes ses conquêtes féminines. Sa rencontre avec Anna, jeune artiste s'intéressant à ses mannequins, saura -t-elle extraire Frank de ses obsessions ? La narration se fait en grande partie à travers les yeux de Frank (Elijah Wood, qui, tout en tenant le rôle-titre se retrouve presqu’absent du film), ce qui détermine de façon significative le point d’ancrage émotionnel du spectateur. Cette position renforce le malaise à la vision d’un film qui mérite son interdiction aux moins de seize ans dans nos salles.
La construction des séquences les plus impressionnantes se voit modifiée par cet état de fait, impliquant qu’elle ne soit plus basée sur le positionnement de la victime, mais sur celui du tueur, ce qui fausse les horizons d’attente du spectateur et rapproche sa vision du film du détachement inhumain de Frank vis-à-vis de ses actes d’une barbarie sans nom. Barbare certes, mais pas dénué de style, le film se permet des envolées de caméra aussi dingues que son personnage, qu’accompagne une bande-son en grande partie électronique, qui rendent fascinantes les séquences de déambulation nocturne de Frank. Mais lorsque la mécanique des meurtres s’enclenche sans accalmie possible avant l’apothéose (un scalp dont rien ne nous est épargné), la fascination se change en attraction/répulsion grisante, nourrie par la voix douce et presqu’adolescente d’Elijah Wood qui se veut apaisante, se mêlant aux hurlements de sa victime.
Si le film de Frank Khalfoun est relativement fidèle dans l’esprit à celui de Lustig, il s’en éloigne radicalement dans l’exécution et c’est en cela que réside tout son intérêt : plutôt qu’un remake, il s’agit ici d’un recadrage. S’il remplit correctement le cahier des charges de sa fonction commerciale, « Maniac » dépasse son propre cadre pour s’inscrire dans la veine d’une nouvelle modernité cinématographique, qui interroge un spectateur privé d’explication « psychanalysante » et qui doit se contenter de chausser les orbites oculaires d’un tueur en série dont le reflet juvénile dans le miroir rend l’expérience encore plus étrange et percutante.

Gabriel Carton


 

Critique Maniac

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