Critique Corto Maltese, la cour secrète des arcanes
Corto Maltese, le grand frère de Tintin
critique proposée par DrCoulardeau
le 10/02/2009 21:43
73 lectures
Corto Maltese est un mythe ou une légende comme vous voulez. Qui ne l’a pas rencontré au moins une fois dans sa vie ? Dans ce film situé en 1919 en Chine, on s’attend à des situations complexes. Et on doit dire qu’elles le sont. Les Japonais, les Chinois, de diverses obédiences, y compris rouges comme ce qui deviendra le Maoisme, la Mandchourie, la Mongolie, la Sibérie, les Cosaques, les Russes blancs et en face l’armée rouge des Bolchéviks, sans compter les aristocrates et les chefs de guerre. Tout tourne autour d’un trésor, celui du Tsar emporté par les Russes blancs et qui transite vers on ne sait où. Ils veulent tous se l’approprier. Corto Maltese est contacté par les Lanternes Rouges pour les aider à s’approprier le trésor. Il accepte par goût de l’aventure et se lance dans la chasse avec un ami russe Raspoutine qui a le nom et le look d’un autre. Tout échouera et le trésor finira au fond d’un lac et ce sont les Lanternes Rouges qui vont le repêcher et qui en feront une centrale électrique car elles sont admiratrices de l’électrification soviétique de Lénine. Et Corto Maltese aura accompli sa mission. On ne peut que penser à d’autres personnages de BD qui ont transité dans ces années graves en Chine. On pense à Tintin qui n’a pas fait preuve de beaucoup de jugeote politique. Et quand il alla en Union Soviétique, en Afrique ou même en Amérique, il sera toujours du bon côté. D’ailleurs a-t-il jamais été du mauvais côté ? Corto Maltese, tout aventurier qu’il soit, cite Rimbaud et n’a pas du oublier que Rimbaud a perdu son adolescence et sa virginité sur les barricades de la Commune de Paris et qu’il trouvera le courage de changer le monde dans son âme faute du monde tout court et saura faire chanter les couleurs et le moucheron à la pissotière de l’auberge. Mais il y a chez Corto Maltese un charme de plus qui est dans son air on ne peut plus net et bien tenu, poli et bien embouché, un petit enfant de bonne famille qui ne jure pas, ne s’enivre pas et marche avec la souplesse d’un félin et l’élégance d’un cheval de parade. Il n’a peur de rien, et il a bien raison puisqu’il est fait d’un trait sur le papier. Mais le point qu’il a en commun avec Tintin c’est qu’il est un garçon qui garde le total secret de sa vie personnelle. En a-t-il d’ailleurs une, autre qu’un souvenir ? Comme Tintin il est un éternel grand jeune homme solitaire. Et alors on pense à son bon copain Lucky Luke. Et que dire d’Astérix et d’Obélix ? C’est un schéma dans la BD de langue française de créer des personnages de cette définition. On laissera au Monde le soin de se demander s’ils ne sont pas gay quelque part. Le journaliste du Monde doit l’être probablement d’ailleurs, ne serait-ce que pour poser la question. Mais tout cela n’est qu’une façon de lire une œuvre de création, une BD en l’occurrence. On peut toujours tout lire dans tous les marcs de café, même que La Castafiore est une drag queen, et dans ce cas je ne serais pas surpris que la Duchesse russe soit quelque chose du même genre, mais je n’ai pas encore réussi à trouver quoi : trop de choix j’imagine.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne & Université Versailles Saint Quentin en Yvelines, CEGID Boulogne Billancourt
|