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« Welcome to Bates Motel »

La sortie d'« Hitchcock » nous donne l'occasion de revenir sur le film le plus célèbre du Maître du Suspense, « Psychose », dont ce faux biopic nous propose de voir les coulisses. Le défaut majeur du film de Sacha Gervasi est d'abaisser la portée de « Psycho » à une vulgaire crise de jalousie entre Alma et Alfred Hitchcock, alors que ce film est peut-être celui qui a été le plus analysé et le plus (sur-)interprété de l'Histoire du Cinéma. L'influence d'une scène comme celle de la douche est incommensurable, tant son ombre plane sur le genre horrifique (en particulier) et le cinéma américain (en général). Pour preuve, le remake total de Gus Van Sant en 1998, « Psycho » devenant ainsi le seul film copié plan par plan de toute l'histoire de l'industrie hollywoodienne.

Qu'y a-t-il alors de si traumatisant dans une douche ? Le pommeau qui ne cesse de couler, le rideau qui nous laisse apercevoir quelques formes, une culpabilité inavouée, et les toilettes, juste à côté. Ces toilettes où Marion Crane cherche à se débarrasser de son passé en tirant la chasse. Grossière erreur. C'est un trou absorbant comme celui du mur par où l'on regarde, un trou noir balayant les derniers instants de vie, un œil grand ouvert qui ne clignera plus, vidé par une faucheuse violente et inévitable. La douche de « Psycho » est la scène des raccords improbables, où chaque coupe est un coup de couteau en plus, où chaque note de violon devient un cri strident, perçant, qui resurgirait d'outre-tombe. Improbable comme le sacrifice que nous propose Hitchcock. De Marion à Norman, le point de vue s'inverse, nous changeons de regard. « Psycho » ou l'histoire d'un tueur donc, nous (Alfred + moi), déguisés sous les traits du plus beau schizophrène vu à l'écran, Norman Bates aka Anthony Perkins, dont la complexité suffit à justifier les nombreuses suites qui compléteront son histoire. « Psycho » devient alors un univers de cinéma, un imaginaire collectif où l'on se complaît à revenir, dans l'impossibilité que l'on a de couper le cordon ombilical, un couteau devant le nombril...

Rappelons aussi que, dans ses conditions techniques, « Psycho » est un coup de maître. Envers et contre tous, Hitchcock décide d'adapter le roman maudit de Robert Bloch. Après la flamboyance de « Sueurs froides » et de « La Mort aux trousses », il décide de tourner « Psychose » en noir et blanc, en une trentaine de jours, dans les studios de sa série télé « Alfred Hitchcock présente » (ce qui, par hasard, coïncide avec l'expérience télévisuelle de Jean Renoir en France : « Le Testament du Docteur Cordelier »). Un film cheap dirait-on aujourd'hui, car son genre, l'horreur, restait (et reste) considéré comme mineur. Résultat des courses : « Psychose » est le plus gros succès d'Hitchcock. Des 800 000 dollars qu'il aura coûtés, il a rapporté, à l'époque, plus de 13 millions de dollars de bénéfices. Mieux que personne, Hitchcock comprenait ses spectateurs et les moyens avec lesquels il pouvait les manipuler, c'est-à-dire la mise en scène. Il disait à ce propos à Truffaut : « Ce n'est pas un message qui a intrigué le public. Ce n'est pas une grande interprétation qui a bouleversé le public. Ce n'était pas un roman très apprécié qui a captivé le public. Ce qui a ému le public, c'était le film pur. »

22 ans après, Norman rentre à la maison…

En 1982, Robert Bloch publie « Psychose II », s'amusant de la vague hollywoodienne des slashers. Il n'en faut pas plus aux dirigeants d'Universal pour répondre à la plaisanterie, en mettant sur pied leur propre « Psycho II ». Sans plus de rapport avec l'approche satyrique de Bloch, le film fait entrer « Psycho » au panthéon des sagas horrifiques, en se posant comme suite directe (22 ans séparent cette séquelle du film d'Hitchcock, tout comme 22 ans se sont écoulés pour Norman Bates, interné), et devient, par son caractère feuilletonesque et opportuniste, l'archétype de ce dont l'auteur du roman d'origine se moque. Pour autant, le film de Richard Franklin, écrit par Tom Holland (futur réalisateur des cultes « Jeu d'enfant » et « Vampire, ...vous avez dit Vampire ? ») n'est pas le rejeton honteux auquel on aurait pu s'attendre, et mêle adroitement sa dévotion pour le modèle hitchcockien et son furieux désir d'émancipation. S'ouvrant sur la fameuse scène de la douche, marquant ainsi, pour mieux la mettre de côté ensuite, la paternité du maître, « Psychose II » passe du noir et blanc à la couleur pour nous présenter un Norman Bates (Anthony Perkins) proche de la rémission. Un retour à la maison n'augure rien de bon pour celui que Lila Loomis (toujours incarnée par Vera Miles) espérait voir enfermé à vie. Hormis une intrigue qui ne dépasse pas le complot classique, personnifiant à nouveau les pulsions de son personnage principal, sous les traits de la jeune Meg Tily cette fois, le film offre une conclusion tout à fait jubilatoire, avec un retour de la figure maternelle. Une révélation tonitruante qui achève de déstabiliser Norman qui ne peut envisager sa mère que comme une part de lui-même.

« Psychose II » sert donc un final exaltant, auquel la dernière image, celle du panneau « vacancy » sur la façade du motel fait office d'« à suivre ». C'est finalement ce dont toute franchise a besoin, une conclusion de chaque épisode qui tienne le spectateur en haleine jusqu'au prochain, et en cela, Franklin et Holland ont excellé dans l'application des leçons de leur aîné, ultime consécration, Patricia Hitchcock déclara que son père « aurait adoré ». Fort du succès au box-office de cette tardive séquelle, Universal met Charles Edward Pogue (scénariste de plusieurs adaptations TV de Sherlock Holmes, et surtout de « La Mouche » de Cronenberg) sur le coup pour un troisième opus. Réalisé par Anthony Perkins lui-même, et très marqué par son goût pour la gent masculine (les séquences moites avec Jeff Fahey), « Psychose III » sort sur les écrans en 1986 et ne fait que peu d'entrées en salle. Trop éloigné du canon hitchcockien peut-être, le film de Perkins a son propre cahier des charges, et s'il cite encore master Hitch en ouverture, c'est dans une optique plus proche de celle d'un De Palma. Roman solaire et humide, cette seconde postérité de « Psycho » s'éloigne radicalement du classicisme de son prédécesseur. Anthony Perkins semble clair, Norman lui appartient, il est Norman, il en fait ce qu'il veut car lui seul est à même de faire évoluer, ou régresser le personnage. Oubliant le cliff-hanger final tant attendu, Perkins rétablit l'ordre des choses, en renvoyant définitivement Norman à ses vieilles psychoses, martelant une bonne fois pour toutes que la saga Bates n'a pas de fin. Tout étant dit et le public, frileux, ayant parlé, le feuilleton reste en stand-by pendant quatre ans.

Parallèlement, Moustapha Akkad orchestre le retour de Michael Myers, le tueur monolithique du « Halloween, La Nuit des masques » de John Carpenter et de sa suite réalisée par Rick Rosenthal, pour 2 films, « Halloween 4 » (Dwight H. Little, 1988) et « Halloween 5 » (Dominique Othenin-Girard, 1989). Le succès relatif de ces slashers, amène Universal à envisager un ultime « Psycho ». Intitulé, pour se fondre dans la mouvance « Psychose IV : The Beginning », le film fait table rase des deux précédents opus, et se pose à la fois comme une suite au film d'Hitchcock et comme une préquelle à ce dernier. Trente ans après son internement, suite aux événements survenus au Motel Bates, Norman semble sorti d'affaire, et son mariage avec une jolie infirmière n'y est pas étranger. Mais voilà qu'à la radio, on discute matricide, invité diplômé à l'appui… Écrite par Joseph Stefano et réalisée par Mick Garris, cette remise à l'heure des pendules ne fait que mettre en image ce que l'on savait déjà, à savoir la relation qui unit Norman à sa mère, dans des flashbacks de bon aloi. La construction du film, qui virevolte du présent de Norman à son passé, passant par le studio de radio où résonne sa voix monocorde tandis que l'animatrice l'écoute avidement cigarette à la main, relève l'intérêt de cette préquelle qui, par son seul concept, fait définitivement basculer « Psycho » dans le panier à salade des sagas horrifiques sans espoir de renouveau.

Et comme pour clouer définitivement le cercueil, c'est un remake, réalisé par le touche-à-tout Gus Van Sant, qui viendra couronner en 1998 le chef-d'œuvre d'Hitchcock. A l'heure où « Massacre à la Tronçonneuse », « Halloween », « Vendredi 13 » et même « Maniac » en sont à recevoir les mêmes honneurs, on peut une fois de plus reconnaître que « Psycho » était à l'avant-garde.

Gabriel Carton & Camille Moreau.

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