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Qu’est ce qui vous a décidé à tourner dans L'Amour, c'est mieux à deux (2009) ?
Cela faisait un petit moment qu’avec Dominique Farrugia on avait envie de travailler ensemble, sans pour autant que ce soit formulé directement. Un jour il m’a fait passer le scénario de L'Amour, c'est mieux à deux (2009) , écrit par Arnaud Lemort. J’ai tout de suite été emballé par la qualité de l’écriture, l’aspect ouvertement gonflé de certaines situations mais aussi par le traitement des femmes dans ce film. Dans trop de comédies, on ne les voit que comme des greluches, des faire-valoir aux héros masculins. Pas ici ! Et cela symbolise d’ailleurs pour moi le ton juste, naturel et moderne de l’ensemble. Puis, la rencontre avec Dominique et Arnaud qui a suivi a été décisive. Tout de suite, dès la première séance de lecture, j’ai vu leur capacité à rebondir sur les propositions que pouvaient leur faire les comédiens. Je ne dis pas que toutes nos idées étaient bonnes mais ils étaient tout de suite très clients de celles qui allaient dans le sens de leur histoire.
Et qu’est-ce qui vous a plus particulièrement séduit chez votre personnage, Michel ?
J’ai beaucoup d’attachement aux personnages qui ont des failles, de manière générale. Et Michel s’inscrit pleinement là-dedans. En apparence bien dans sa peau, il est pourtant obnubilé par l’idée que l’amour est un hasard et que ce n’est donc que de cette manière qu’il rencontrera la femme de sa vie. Il tient ça de ses grands parents qui, en apparence, se sont connus ainsi et vivent depuis une histoire formidable. On a tous, dans nos vies, ce type d’exemple, ce que j’appellerais des tares familiales avec lesquelles il faut bien vivre. Et j’aimais l’idée, dans une comédie, de jouer avec ces boulets familiaux qu’on trimbale. D’explorer cette faille commune à beaucoup en poussant le bouchon un peu loin... mais pas trop. Il m’est arrivé en effet d’en faire beaucoup dans des comédies où ça me semblait indispensable pour que l’ensemble fonctionne. Ici, c’est différent. Il faut donc évidemment pousser le curseur un peu loin – car on ne se situe pas dans le réalisme – mais juste ce qu’il faut pour ne pas trop s’éloigner de la réalité. En tant qu’acteur, j’aime passer d’un univers à l’autre. De l’outrancier au subtil. À partir du moment où comme ici je me sens regardé et dirigé.
Comment s’est déroulé justement la collaboration avec Arnaud et Dominique ?
Ils se sont parfaitement répartis les tâches. Disons, pour simplifier, que Dominique était plus en charge de la fabrication pure du film, comme le choix des cadres par exemple. Tandis qu’Arnaud, qui en avait écrit le scénario, se chargeait plus de la direction d’acteurs. Mais le tout dans une collaboration permanente puisqu’à aucun moment je n’ai vu un quelconque conflit entre eux. Et surtout, ils ont continué sur le plateau ce qu’ils nous avaient montré lors des lectures : une réactivité totale sur les propositions de jeu qu’on pouvait faire. Ils ne disaient évidemment pas oui à tout mais se saisissaient au vol d’idées qu’on pouvait avoir, le tout avec un enthousiasme qui forcément vous porte comme comédien. Ce fut une joyeuse collaboration.
Il y a donc eu beaucoup de place pour l’improvisation sur ce film ?
C’est toujours un terme étrange pour moi. En fait, sur un film, on n’improvise jamais vraiment dans le sens où on part toujours de quelque chose pour jouer. En fait, on nourrit un scénario existant d’inspirations qu’on peut avoir. Inventer constitue d’ailleurs la base de notre boulot, surtout dans la comédie. Mais pour que ça fonctionne, il faut avoir du répondant en face, chez tes partenaires comme chez tes réalisateurs. Ce qui a été, je le répète, le cas ici. Comme par exemple, dans la première scène de dîner avec Virginie Efira où, croyant qu’elle me mène en bateau en me disant qu’elle a une soeur handicapée, je commets une énorme gaffe en me moquant de cette dernière via une imitation outrancière. Dans le scénario, je ne devais pas me comporter de cette manière. Je le leur ai proposé et Arnaud et Dominique ont rebondi là-dessus en se disant qu’il était possible d’aller jusque-là dans l’humour politiquement incorrect...
Ce ton politiquement incorrect domine d’ailleurs L'Amour, c'est mieux à deux (2009) ...
Oui et d’ailleurs c’est dangereux, au bon sens du terme. Car, dès qu’on propose quelque chose qui sort un peu des clous, il y a un vrai risque de se faire sabrer très vite. C’est d’ailleurs un paradoxe : on reproche souvent aux comédies d’être trop sages mais on ne regarde que rarement avec bienveillance les tentatives originales. C’est pourtant ce qui me plaît moi comme acteur. Et dans le cas de L'Amour, c'est mieux à deux (2009) , je trouve que ça marche. En tout cas, j’ai senti que le public présent accrochait et aimait justement ces scènes politiquement incorrectes rares dans une comédie grand public.
Aviez-vous déjà rencontré Manu Payet avec qui vous formez le duo vedette, complice et complémentaire de L'Amour, c'est mieux à deux (2009) ?...
Non, je ne le connaissais pas vraiment. On s’était juste croisé lorsqu’il avait fait des sketchs pour accompagner la promotion d’ Astérix aux Jeux Olympiques (2006). On s’est rencontré pour la première lecture du scénario avec tout le casting. Et d’emblée, j’ai compris qu’on allait vraiment pouvoir s’amuser ensemble. C’est un mec extrêmement humble mais tout aussi vivace, réactif et généreux. Je lui prédis vraiment une grande carrière.
Et qu’est ce qui vous a séduit chez votre principale partenaire féminine, Virginie Efira, qui joue celle dont votre personnage tombe amoureux ?
Sa fraîcheur. C’est beau de voir quelqu’un comme elle arriver. Et ce que je trouve particulièrement intéressant et singulier chez elle, c’est qu’elle ne joue jamais à la fille. Elle ne minaude pas. Elle participe ainsi grandement au ton moderne du film.
Sur le tournage, y a-t-il des scènes que vous redoutiez et d’autres que vous attendiez avec gourmandise ?
Cela ne me traverse pas l’esprit quand je tourne. C’est plutôt avant de découvrir le film fini que je peux éprouver ce type de sensation. Parce qu’une scène ne signifie rien en elle-même : elle ne prend son sens que par ce qui la précède et ce qui la suit. Ce qui me procure du bonheur, c’est l’aventure dans son ensemble, de travailler, d’aller tourner tous les jours et de raconter une histoire.
Et comment avez-vous réagi alors en le découvrant terminé ?
Sur un plateau, je ne regarde ni le combo entre les prises, ni les rushes. Parce que lorsque j’accepte un film, je donne ma confiance. Et je sais que le regard de mon réalisateur sera toujours plus juste que le mien. Ce qui m’importe, c’est ce qu’ils en pensent eux ! Moi, je ne supporte même pas ma voix sur un répondeur téléphonique et je déteste les miroirs. Je serai donc le pire juge de moi-même sur un plateau. Je ne veux pas que ça modifie ma manière de tourner une scène. Après, quand je découvre le film terminé, j’éprouve toujours la même déception : je me vois moi et pas le personnage, alors qu’en tournant j’ai toujours la conviction d’être quelqu’un d’autre ! Au fil des années, j’ai appris à dépasser cette frustration et dès la première vision d’un film dans lequel je joue, j’arrive à le voir dans sa globalité. Et ici, cette globalité m’a emballé.
Entretien avec Clovis Cornillac
réalisé par Thierry Cheze
Extrait tiré du dossier de presse
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