Comment définiriez-vous votre personnage, qui est le plus honnête d’entre tous ?
Vincent est le plus proche de la vérité parce qu’il est passé par des épreuves qu’il a dû affronter plus tôt que les autres. Il le raconte, d’ailleurs, quand il explique qu’il a été obligé, assez jeune, d’avouer son homosexualité dans un environnement défavorable. Du coup, il est le plus authentique, celui qui avance le moins masqué, n’hésitant pas à dire ce qu’il pense. On le sent tranquille, apaisé, au-dessus des émotions, moins vulnérable, et il devient, notamment pour Anne (Karin Viard), un révélateur, et pour les autres, un tremplin sur lequel ils peuvent rebondir et le cas échéant, se démasquer. Car la vérité, c’est attractif.
Avez-vous fait cette analyse en lisant le scénario, ou l’avez-vous compris sur le tournage ?
C’était lisible à l’écriture. Après, il faut l’incarner. Ses envies, sa manière d’être, ses penchants sexuels... C’est un tout. Et cela se présente, pour moi, comme un puzzle qu’il faut assembler pour créer le personnage. Je me sers aussi, forcément, de gens que j’ai pu croiser, afin d’approcher une vérité. Car, pour le coup, l’acteur est condamné à la vérité pour être crédible dans son comportement, sa façon d’être et d’agir. Pour un comédien, c’est la vérité sinon rien. Voilà la règle. Et c’est quelque chose qui se construit avant le tournage. Après, cela s’affine sur le plateau.
À propos de vos partenaires, vous jouez pour la première fois avec Karin Viard...
Je l’appréciais déjà beaucoup dans ses rôles. J’ai aimé la comédienne et la personne, quelqu’un d’entier, de très libre dans son jeu, d’inventif. Sa nature et son talent apportent une grande humanité dans son interprétation. Notre première scène ensemble est un très bon souvenir : la rencontre entre son personnage et le mien, quand je viens dîner chez elle, et elle, mal à l’aise, énervée, casse la bouteille que j’ai apportée. Elle m’a touché dans sa simplicité et sa vérité, qui étaient de bon augure pour la suite de notre rencontre. Je me suis tout de suite senti heureux et en harmonie avec sa fantaisie et son authenticité.
En revanche, vous connaissiez François Cluzet, avec qui vous veniez de finir Ne le dis à personne.
Je l’avais effectivement croisé sur le film de Guillaume Canet, mais sur celui de Sam Karmann, les scènes se prêtaient à des échanges plus ambigus. On partage, avec François, un goût pour l’inattendu. François aime aussi le second degré, le regard qui en dit plus qu’une réplique. La Vérité ou presque (2007) baigne dans une ambiance pleine de non-dits. Le «presque» offre un espace d’interprétation aux acteurs. Il y a ce qu’on dit, et puis il y a les silences, les respirations... L’espace de jeu idéal pour les comédiens.
Une attention due à Sam Karmann, lui-même comédien en plus d’être réalisateur.
Sans aucun doute. Sam s’est occupé de ce film comme de son enfant, avec une attention de tous les instants. Très rigoureux dans le travail, il sollicite la vérité dans les échanges artistiques et nous demande un investissement permanent au profit des scènes et des personnages dont il connaît toutes les subtilités.
Avez-vous une réplique favorite dans ce film ?
Il y en a beaucoup qui rebondissent les unes sur les autres et se mettent en valeur au fil des rapports. La meilleure sera celle qui parlera le mieux au spectateur au point de s’y reconnaître et de se l’approprier en signe de reconnaissance.
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