Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?
C’est vraiment l’effet de bande. J’ai lu le scénario, je l’ai aimé, et j’ai eu envie de rentrer à nouveau dans un film de groupe : après le Téchiné (Les Témoins), et sachant que j’allais tourner le premier long métrage de Jalil Lespert (24 Mesures), j’avais envie de cette histoire d’amitiés et de cette atmosphère masculine, c’est quelque chose qui me touche. J’ai toujours fait partie de bandes et cela m’a beaucoup aidé sur le tournage : ce côté “enfants de la balle ” qui grandissent ensemble.
Qu’en est-il du personnage de Casa ?
Casa est quelqu’un de sûr au regard de Simon, une vraie colonne vertébrale. J’étais très touché par ce que dégageait ce personnage, et très sensible à la fraternité qui le lie à Simon. L’aspect historique de ce gang était aussi assez excitant, et il y avait quelque chose d’intéressant dans l’écriture du film : on savait à quelle époque cela se passait et en même temps, le scénario était écrit de façon intemporelle, ce qu’Ariel Zeïtoun a retrouvé dans sa façon de filmer. Si l’on regarde de près le cadre, il y a une vraie liberté par rapport à l’époque : la gageure est réussie.
La complicité à l’écran est évidente entre les membres du gang…
Vincent et moi, on se connaissait déjà, on s’apprécie, et je crois qu’Ariel a misé là-dessus. Je connaissais aussi Patrick dell’Isola pour son travail, que j’aime beaucoup : je me reconnais à 100% chez un type comme lui. C’est un acteur par excellence, et quelqu’un que j’admire aussi en tant que personne. Les autres, je les ai rencontrés sur le tournage, ce sont tous de pur acteurs : ouverts, investis, à l’écoute… Franchement, je me jetterais corps et âme dans une bande faite de gens comme eux ! On a parfois le luxe de tourner dans la chronologie, mais quand ce n’est pas le cas, j’adore que le plan de travail soit construit de telle sorte qu’il soit fédérateur. On met en boîte, mais c’est aussi prétexte à créer des liens, et c’était le cas avec Le Dernier Gang (2006) . Cela a permis de faire le liant, on avait plaisir à être tous les jours ensemble et il a fallu d’un rien pour que chacun tombe les barrières. Hors champ, la complicité était la même, peut-être même plus forte encore.
Vincent Elbaz, quand il évoque vos méthodes de jeu respectives, les juge aussi distinctes que complémentaires. Etes-vous effectivement adepte d’une préparation en amont ?
En règle générale, oui, mais beaucoup moins sur ce film. Ariel fonctionnait beaucoup sur l’énergie, et Dieu merci, je sais aussi travailler sur la spontanéité ! Sur Le Dernier Gang (2006) , tout s’est vraiment fait “en chair” : on se cherchait ensemble, cela allait très vite et cela correspondait parfaitement à la frénésie que vivaient ces types. On a chacun nos instincts, chaque instrument sonne d’une façon particulière. Avec Vincent, on était effectivement en phase, on savait que l’on pouvait compter l’un sur l’autre.
Compte tenu de cette énergie, quelle était la direction d’acteurs d’Ariel Zeitoun ?
Sa démarche était plutôt invertie, il nous responsabilisait beaucoup en nous rappelant que tout était écrit. Il avait besoin de la bande et de l’énergie pour mettre sa caméra en mouvement, il nous demandait d’être sur le coup. Personnellement, je recevais très peu d’indications et cela me convenait bien : ce sont des films où il faut lâcher la bête !
Un mot sur le retour du genre dans le cinéma français ?
En tant qu’amateur du genre – en particulier la tradition des José Giovanni parce qu’on y parle du vécu, de respect et de solidarité – j’espère un retour flagrant au film noir, avec un véritable engouement du public. Mais à condition qu’il y ait une vraie démarche de fond : il serait dommage que cela se limite à reproduire un bagage.
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