Comment êtes-vous arrivée sur le projet ?
Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit que pour une fois, ce n’était pas une comédie romantique de plus. J’ai été frappée par la fantaisie et le rythme de l’écriture et j’ai eu envie de rencontrer celui qui avait imaginé et écrit cette histoire un peu loufoque. J’ai découvert un type joyeusement déjanté qui avait autant d’affection que de lucidité pour le genre des comédies romantiques et qui avait surtout une idée très précise sur le ton et les personnages de son film... Donc j’ai eu envie de le suivre.
Qu’est-ce qui vous a attirée ?
Le style et la drôlerie de l’écriture et les personnages attachants, parce que non conventionnels... Une bourgeoise blonde du Chesnay qui retrouve après des années de mariage moyennement heureux son ami d’enfance, testeur de jeux vidéos, largué par la «femme de sa vie» et retournant vivre chez ses parents. Tout ça au rayon «papier hygiénique» d’un supermarché... Ça m’a tout de suite plu. Parce qu’au fond, c’est vraiment romantique.
Parlez-nous de votre personnage...
Florence est une pétillante qui a arrêté de pétiller. C’est une vraie romantique qui s’est barricadée dans une petite vie conventionnelle. Quand on apprend qu’elle a eu sa fille à seize ans et qu’elle est partie en Inde sur un coup de tête, on se dit qu’elle est plus complexe que son apparence. On devine qu’elle a une énorme capacité à s’abandonner et qu’elle s’est peut-être mis des barrières pour ne pas péter les plombs. Florence est à un moment de sa vie où elle ne sait plus trop pourquoi elle fonctionne, mais elle fonctionne encore...
Comme dans les belles comédies romantiques, Marc a réussi à donner de la chair et de l’humanité à ses personnages en explorant avant tout leurs faiblesses et leurs contradictions. Florence est une maniaque, elle est obsessionnelle. Au quotidien elle doit être franchement pénible à vivre, mais elle est aussi romantique, fantaisiste et attachante. Le personnage de Thomas fonctionne sur le même principe. C’est un peureux, un lâche, il n’est pas glamour du tout et pourtant, on a quand même envie de l’aimer.
Avez-vous des points communs avec Florence ?
Florence me touche par les extrêmes qui la composent. En cela, nous avons peut-être des points communs. Elle est psychorigide, impatiente, maniaque, a des idées arrêtées sur tout et pourtant elle est aussi totalement barrée, drôle, romantique, enfantine... Ces contrastes dans sa personnalité m’ont attendrie et m’ont donné envie de l’aimer encore plus.
Comment avez-vous travaillé avec le metteur en scène et avec vos partenaires ?
À la lecture du scénario, je me suis dit qu’autant de vivacité et d’énergie dans l’écriture allaient demander pas seulement de la spontanéité mais surtout du travail. Car les personnages sont extrêmement changeants, y compris dans une même scène. Il y a des ruptures de ton presque entre chaque réplique et il fallait travailler pour donner de la couleur à tout ça ! Alors avec Marc Gibaja, nous avons commencé par des lectures tous les deux. On travaillait des séquences, on pouvait s’arrêter sur une réplique, par exemple, en essayant de la moduler de mille façons. Je l’ai aussi beaucoup observé car il est très expressif et pas du tout mauvais acteur quand il s’y met !
Je l’imaginais avec une tête blonde à la Meg Ryan et ça m’a vraiment aidé à trouver ma Florence Baron !
Avec Gilles, nous avons préféré rester «frais» pour le tournage, garder la surprise et la découverte du jeu de l’autre sur le plateau. Et sur le plateau, ça a été tout simplement le bonheur. L’énergie de Gilles, ses propositions, son rythme de jeu ont coïncidé parfaitement avec ma façon de faire et avec celle de Marc. Une perle donc.
Le film terminé correspond-il à l’image que vous vous en faisiez au départ ?
En le découvrant achevé, j’ai été surprise de voir l’importance que prenait l’aspect sentimental. L’histoire d’amour est forte. Je pense que le côté délirant de Marc est aussi une sorte de protection. C’est quelqu’un d’extrêmement sensible et cela se traduit dans son travail. Dans cette espèce de folie ambiante, le vrai coeur de son histoire est apparu et j’aime ça.
Aimez-vous les comédies romantiques ?
J’adore, même si je pense que l’effet qu’elles peuvent nous faire varie selon les phases d’une vie. Elles sont à savourer quand on est vraiment heureux ou quand on est vraiment au fond du trou ! Quand Harry rencontre Sally est un de mes films-cultes, 4 Mariages et 1 Enterrement m’a beaucoup plu aussi, mais j’ai une tendresse particulière pour Frankie & Johnny avec Michelle Pfeiffer et Al Pacino. Tous les personnages secondaires sont remarquablement écrits.
C’est souvent l’écriture des personnages qui est impressionnante, et c’est ce que j’aime dans le film de Marc. Il y a une vraie pertinence. Pour moi, la scène sur le pont-levis pendant le mariage est une grande scène de comédie romantique. C’est l’une des premières que j’ai jouées avec Gilles et une des dernières du film. Florence et Thomas se reprochent de ne pas réussir à s’aimer avec la maladresse et la mauvaise foi qui les caractérisent... Mais l’amour transparaît. C’est une joute et ce fût un vrai plaisir de jeu.
Pleurez-vous au cinéma ?
Ben oui... Comme Florence Baron je suis une fille «hypersensible» ! Quand je revois pour la énième fois Quand Harry rencontre Sally, je pleure. La force des grandes comédies romantiques, c’est qu’on se laisse avoir à chaque fois.
Pensez-vous que dans une relation de couple, on puisse tout se dire ?
Bien sûr... Toute la vérité, rien que la vérité ! Non, plus sérieusement, je crois que l’on peut tout se dire, sauf ce qui blesse.
Pour vous, quels sont les pires défauts d’un homme ?
La lâcheté, même si c’est un pléonasme... Les poils qui dépassent du nez et le manque d’éducation, le manque d’égards. Côté qualités, je trouve que l’humour qui révèle une ouverture d’esprit est ce qu’il y a de mieux.
S’il ne vous restait qu’un seul souvenir de ce film ?
Difficile, parce que le film n’est ponctué que de moments forts... Mais le premier jour de tournage reste un souvenir important peut-être parce qu’il a donné le ton pour la suite. On tournait de nuit, l’été, une des dernières séquences du film, sur un pont-levis dans un château tout droit sorti de «La Belle au Bois Dormant», dans une ambiance de conte et de fête, avec un orchestre de jazz qui jouait pour les «jeunes mariés» dans le film, Stéphanie Sokolinski et Laurent Ournac.
C’était aussi ma première scène avec Gilles, vous savez, «la scène» où tout se joue, où on trouve le fameux tempo, ou pas. Où on s’amuse, ou pas. Et la magie a eu lieu. On s’est amusés, Marc a ri et l’équipe aussi. Et ça a duré tout l’été !
Entretien avec Marie Gillain
réalisé par Pascale & Gilles
Extraits tiré du dossier de presse
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