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MR 73
Entretien avec Daniel Auteuil à propos de 'Mr 73'
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Comment introduiriez-vous Louis Schneider, votre personnage ?
C’est un bon flic. Mauvais mari, il n’a pas eu le temps d’être bon père. C’est un survivant.

Après « 36 quai des orfèvres » vous aviez fait une demande ou exprimé un désir de retravailler avec Olivier Marchal ?
Nous n’avons pas cessé de nous parler durant cet entre deux. Nous savions que l’histoire devait se poursuivre car nous avions, lui et moi, des choses à explorer.

Quelle a été votre première émotion ?
La première émotion, c’est d’avoir le scénario entre les mains. C’est toujours un cadeau auquel on ne se fait pas. Le temps, l’expérience, le succès toutes ces choses formidables quand la vie et ce métier vous sourient, n’altèrent jamais pour un acteur la joie de découvrir un nouveau rôle, une nouvelle aventure, une nouvelle histoire.

A quel moment est venue la représentation extérieure de Schneider ?
Chacun a sa façon de travailler. La mienne est très axée sur l’imaginaire et sur le rêve. Très tôt j’avais projeté une idée de cette silhouette. J’ai par exemple proposé à Olivier l’idée des lunettes. Une façon de mettre une légère opacité entre le personnage et les autres. Elles cachent les nuits sans sommeil et les larmes secrètes de Schneider. Mais encore une fois, quand on est en présence d’un bon scénario tout est inscrit sur la partition.

Lors de la lecture du scénario avez-vous ressenti une peur ou une angoisse particulière ? Celle notamment de jouer le déclin d’un personnage et de rendre crédible ce naufrage ?
Je n’ai jamais peur. Je peux avoir des inquiétudes sur l’avenir et de quoi il sera fait, mais les seules choses qui m’effraient sont celles sorties de mon imagination. Je n’appréhende pas un scénario, un film encore moins. Être sur un plateau avec une équipe n’est pas une menace paralysante. Ce sont pour moi les lieux les plus sécurisants. Tout a été contrôlé, préparé pendant des mois. J’ai un confort absolu. Je n’ai plus qu’à me glisser le plus langoureusement possible dans le plaisir de jouer la comédie.
Et puis si Olivier est réalisateur, il n’en est pas moins acteur. Du coup quand il écrit tout est testé. Tout est jouable. Tout est consommable.

Louis Schneider a-t-il une similitude, un lien de parenté avec Léo Vrinks, votre personnage dans « 36 quai des orfèvres » ?
Ils ont le même âge, la même profession sauf que Léo Vrinks avait des raisons d’espérer et que Louis Schneider n’en a aucune. C’est un personnage de tragédie. Une image floue. Une présence fantomatique qui est accentuée par le travail de mise en scène, de lumière et de cadrage.
La force de ce personnage, c’est qu’il a déjà été habité et hanté puisqu’il vient d’Olivier, de son expérience durant laquelle il a été touché par la détresse des gens qu’il a croisés. Schneider comme Vrinks dans « 36 quai des orfèvres» ou les personnages de « Gangsters » sont des tentatives d’Olivier pour ETRE dans la vie. C’est une façon d’expulser ses propres fantômes. Plus il les chasse, plus il pourra aller vers d’autres films. Il ne fait que débuter dans le métier de metteur en scène. Acteurs, nous sommes tous très chargés de l’univers d’Olivier Marchal. C’est en ce sens qu’il est un vrai auteur. Il nous restitue un vécu et un parcours avec une vraie profondeur.

Schneider s’est abandonné à l’alcool. Qu’est ce qu’il y a derrière cette dépendance ?
Une façon de déposer le fardeau de sa pensée, un anesthésiant contre sa douleur. Une manière de rester en vie.

La motivation à jouer un truand ou un flic est-elle la même ?
Les deux doivent toujours sauver leur peau. Ce sont des hommes qui ont les mêmes préoccupations de survie. Ce qui change c’est la morale.

N’y a-t-il que le polar qui donne cette densité au jeu de l’acteur ?
Cette densité entre la violence et l’émotion vient de la vie. Ensuite elle se replace dans le cinéma qui n’est que du rêve.

Un homme rongé par les doutes et les tourments des comportements humains, c’est le profil des personnages qui nous rappelle ceux que vous avez incarné dans « Quelques jours avec moi » ou dans « Un Coeur en hiver ». Cette incommunicabilité qui semble se dégager de vous, c’est le fantasme des réalisateurs ou c’est un trait de votre personnalité ?
Les personnages détenteurs d’un secret sont intéressants à jouer car chacun peut y projeter ses propres fantasmes.

Refus du spectaculaire, sobriété et rigueur, le cinéma d’Olivier Marchal n’évoque t-il pas une certaine tradition du cinéma français ?
C’est un film puissamment classique dans la teneur des comportements psychologiques. Néanmoins la notion de spectacle reste très présente.

En quoi Olivier Marchal est-il moderne ?
Il n’y a rien de plus moderne que le classique. Regardez un film de Melville ou de Sautet, il y a dans la façon de filmer et de montrer les gens une intemporalité. Plus les années passent moins on est confronté à un choc de mode. La force de ses films, c’est qu’ils ne sont pas des films à la mode.

Claude Sautet était considéré par les acteurs comme un montreur de chemin. Olivier Marchal, s’inscrit-il dans cette démarche ?
Il a lui aussi sa façon d’aborder son métier de manière artisanale. Jour après jour il essaye d’arracher à la vie ce qui fait le sel d’une séquence, d’un film. Quelque chose qu’on n’a pas encore vu ailleurs et qu’on verra après.

Le travail d’un artisan se construit aussi sur l’amélioration. De quelle manière Olivier Marchal a perfectionné son approche de metteur en scène ?
En prenant le risque de simplifier, d’être moins réaliste, en ayant davantage confiance en son propre univers et en la manière de présenter son point de vue.

On dit que les meilleurs moments d’un acteur c’est quand il n’a plus de maîtrise. Ce sont les erreurs, les hésitations. Les moments où il perd le contrôle. Est ce que la direction d’acteur c’est pousser l’acteur à s’abandonner ?
Oui. L’art du cinéma consiste à montrer. A partir du moment où le metteur en scène se place bien, il n’a plus qu’à demander à ses acteurs de s’inscrire dans ce cadre avec un rythme donné. Puisqu’il est aussi acteur, Olivier mime les scènes. Cela pourrait être un danger. Moi, ça ne me dérange pas d’être dans une forme de reproduction. Surtout qu’il montre bien. Les acteurs sont des éponges. Où trouver au plus près et au mieux la réalité du personnage si ce n’est chez celui de qui ça vient ! Et puis je me suis fait sa tête donc il y a comme une continuité entre moi et ce personnage qu’il a écrit et qu’il aurait pu jouer. Je prolonge l’expérience.

Qu’est - ce que vous partagez avec Olivier Marchal ? La même blessure, la même charge émotionnelle, la même appréhension du métier ?
Le même plaisir et la même fierté. J’ai toujours désiré faire ce métier, chez lui ça a été plus long à se réaliser. Au final, on se retrouve avec le même enthousiasme de faire les choses. Il y a aussi entre nous une confiance réciproque. Chacun avec ses doutes tente d’avancer et de les exprimer. Celui qui sent que l’autre a le plus raison s’efface. Ce n’est pas une façon de « céder » mais bien de « s’aider ».

La violence est présente dans le film. Elle est d’ailleurs parfois plus dans les silences que dans les actes. C’est difficile à jouer la violence ?
On ne peut pas la jouer, il faut l’avoir en soi. Et si possible l’avoir maîtrisée.

Elle existe cette violence chez Olivier Marchal ?
Elle est là tout le temps. Dans ses moments de joie, de colère, d’exaltation. C’est un homme violent… aussi, mais il est tellement plus que ça !

Les hommes et les femmes forment de drôles de couples dans les films de Olivier Marchal. Les hommes sans les femmes seraient-ils perdus ?
C’est la faiblesse des hommes qui perd les hommes. Ce ne sont pas les femmes.

Quels sont les rapports entre Schneider et Matéo ?
C’est une relation d’amitié et de respect. Une vision commune du monde. Ce sont deux types de la même génération qui ont les mêmes méthodes. Deux bons flics avec leurs excès mais qui avaient des règles. Matéo va tenter de maintenir la tête de Schneider hors de l’eau. Mais il y a un moment où l’on ne peut plus rien pour personne.

Kovalski pour Schneider, c’est l’ennemi juré ?
Non. C’est le mépris juré !

Tous les personnages du Cinéma d’Olivier Marchal n’ont-ils pas l’errance comme point commun?
Il n’y a pas d’errance. Ce qui les réunit, c’est leur détermination. Ce sont des personnages qui essayent de vivre et de s’en sortir à leur façon. Ils n’acceptent pas ce que la vie ou la société leur imposent. Ils refusent de se résigner. En cela ce sont des personnages honnêtes et convenables.

Claude Sautet disait que « Ce sont les contraintes qui rendent une aventure excitante, pleine d’inconnues ». Où se situe l’aventure sur ce film ?
D’être toujours à la hauteur de ce que l’auteur a imaginé. Quant à la contrainte, c’est de passer au-dessus de ce que l’auteur a imaginé et s’approprier son invention. C’est cela l’enjeu, lui restituer ce qui vient de moi.

Déjà deux films avec Olivier Marchal. Qui est-il : un chef de troupe, de tribu ou de famille ?
C’est un metteur en scène. C’est donc tout cela à la fois avec en plus une ambition artistique audacieuse.

Entretien avec Daniel Auteuil
Extrait tiré du dossier de presse

   


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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Personnalités : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9


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