Au départ, je devais rencontrer Catherine Castel pour une vingtaine de minutes, et on est restées des heures à discuter ! On s’est tout de suite bien entendues. C’était d’abord une affaire d’humeur, d’ambiance et d’entente entre nous. Ce fut une rencontre immédiatement sympathique. A travers son scénario, je comprenais ce qu’elle souhaitait faire, et ce qu’elle voulait transmettre m’intéressait. J’aimais aussi l’idée d’incarner un personnage en contrepoint, d’amener un autre regard et de décaler un peu les choses. Je crois, pour en avoir parlé avec Catherine, qu’elle me demandait de l’interpréter elle-même. Le rôle de Laura est un peu le sien, il recoupe ce qu’elle a vécu. Elle m’a dit avoir eu le même rapport avec son compagnon de l’époque. Le fait que mon personnage résonne face à Catherine le rendait touchant.
La base de mon personnage, Laura, est simple. C’est l’amie, la confidente que Marianne retrouve tous les jours au bureau et avec qui elle tente de vivre sa carrière. Tout l’intérêt était de jouer ce que cette rapide présentation ne dit pas. Mon personnage ne juge pas ceux qui l’entourent de la même façon qu’il se juge lui-même. Laura a de la distance sur tout, sauf sur elle-même. Pour elle comme pour beaucoup, il est toujours plus facile de juger les autres que d’accepter d’être dans le déni de sa propre existence.
Pour ma part, je crois que dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut. On ne peut pas être éveillé sur les autres et endormi sur soi. Ces espèces de dualités témoignent au minimum d’un manque de lucidité sur soi.
Si le petit fiancé que Laura a au téléphone existait dans mon entourage, je peux vous dire que le réveil serait plutôt brutal. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais, ce n’est pas mon truc. Heureusement, elle se réveille à la fin.
La plupart de mes scènes ont été tournées au début du film, parfois en groupe, mais évidemment beaucoup avec Aure Atika. On ne se connaissait pas mais tout s’est très bien passé, tout était simple, fluide. Il y a beaucoup de petites situations que j’ai bien aimé tourner, comme celle du bistro. Parfois, il y a des scènes où l’on ne dit rien, où l’on est juste présent, à l’écoute, et c’est agréable aussi. J’ai également aimé faire toutes les scènes dans l’agence de pub, dans cet immense loft où j’ai pu jouer avec mon grand ami Yves Jacques. L’ensemble était assez familial. Le propos de Catherine est assez tendre. Son histoire parle d’abord d’une sorte de test de résistance affectif. Marianne, le personnage d’Aure, tente quelque chose pour voir si le couple auquel elle tient peut continuer sur des bases un peu plus saines, plus modernes.
L’univers du film n’est pas très éloigné du mien. Je suis bien dans mon époque, dans la vie. Je travaille et je suis une grande fille ! J’ai une vue assez lucide du rapport hommes-femmes. Je suis moi-même une petite fée du logis, mais il ne faut pas trop tirer sur la corde ! C’est agréable si c’est partagé, si c’est de la qualité de vie, mais si ça devient unilatéral, alors ça ne va plus. Je suis une petite fée vigilante ! Les notions de respect mutuel dans le travail et d’amour dans un couple sont primordiales. Les mentalités doivent encore beaucoup évoluer, mais pas seulement du côté des hommes. Certaines femmes sont soit dans la séduction soit dans l’acrimonie, et cela fausse tous les rapports. A mon sens, cela constitue une régression. Cela ne sert ni les uns ni les autres. Je ne suis pas du tout dans ce que vit Marianne. Le film est encore en-dessous de la réalité de ce que vivent beaucoup de femmes. Pour son histoire, Catherine a choisi un milieu assez privilégié, afin que l’on puisse rester dans la comédie légère, mais je pense qu’aujourd’hui dans notre monde, on est encore assez proches de l’an 1000 ! Comme Catherine souhaitait faire passer son message avec humour, elle a choisi son angle d’approche et une coloration festive. On a affaire à des gens qui ne sont ni dans les soucis d’argent, ni dans l’urgence.
Je connais des hommes qui sont de véritables papas poules, qui s’occupent aussi de leur maison et qui adorent le quotidien. En tout cas, le personnage d’Antoine de Caunes est tout de même un homme agréable, on est loin du gros beauf énervé, c’est juste quelqu’un de sympathique mais qui n’a pas encore tout compris. Le film est doucement caustique, il est davantage dans la suggestion que dans la démonstration. Il est dans la souplesse sans jamais perdre le fil. Si ce qu’il distille peut monter au cerveau en faisant sourire, alors ce sera bien.
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