Vous connaissez Anne Fontaine depuis le début des années 80 ?
Oui, et cela faisait longtemps que je lui disais que les questions liées aux femmes et au couple m’intéressaient. Lorsqu’elle m’a proposé ce projet, j’ai été d’abord assez dérouté, voire réticent, mais sa détermination et sa force de caractère ont fini par me convaincre.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?
Bertrand, mon personnage, est un homme qui veut finir loin des femmes. J’ai besoin de peu d’informations psychologiques sur les personnages, et ce postulat de départ a suffi pour m’intéresser.
En tant que comédien, vous êtes-vous senti des affinités avec la profession d’avocat qu’exerce votre personnage ?
Anne Fontaine ne souhaitait pas que j’incarne un avocat qui soit dans la théâtralité. Comme il s’agit de ce qu’on appelle communément un «ténor du barreau», il n’a pas besoin de faire d’effets de manche. Il est donc le plus souvent dans la retenue et la mesure.
Quel est votre regard sur Bertrand ?
C’est un homme qui, face à l’éblouissement que procure chez lui le personnage de Louise Bourgoin, n’a plus de défense et se trouve réduit à presque rien. Ce qui m’a intéressé, c’était de jouer la dépossession et la désagrégation d’un homme dont le fonctionnement plutôt brillant ne lui sert plus à rien face à une femme qui n’a pas les mêmes codes que lui.
Comment expliquer qu’un homme raffiné comme Bertrand s’enflamme pour une jeune femme telle qu’Audrey ?
Toute proportion gardée, cela me fait penser, chez Proust, à l’attirance de Swann pour Odette de Crécy qui, pourtant, n’a rien à voir avec elle. Je crois vraiment qu’un être qui vous déstabilise et qui ne vous réconforte pas peut déclencher une illumination sexuelle sans résonance intellectuelle.
Il y a presque un lien de fascination sadomasochiste entre Bertrand et Christophe, le garde du corps…
Il faut dire que je suis interrogatif à l’infini sur ce que représentent les autres : comme je ne comprends pas toujours leur fonctionnement, je peux, grâce au cinéma, interroger le mystère qu’incarnent mes partenaires de jeu. Du coup, cela m’est facile d’être fasciné par un être comme Roschdy. Car je suis incapable de dissocier le personnage de l’individu.
Et Louise Bourgoin ?
Elle a une nature exceptionnelle ! C’est une jeune fille bénie des dieux qui produisait sur le plateau de l’amour : le seul fait de la voir tous les jours était une promesse de joie. Alors qu’elle a tout à apprendre, on a presque le sentiment qu’elle sait déjà tout. Quand on joue avec elle, on est happé par son univers.
On sent que vous avez pris beaucoup de plaisir à tourner ce film.
Ce que j’aime énormément au cinéma, c’est la liaison entre les acteurs : c’est le seul espace de liberté des comédiens car il échappe au metteur en scène. Parallèlement au tournage, il s’installe donc un «hors champ» de liens entre comédiens que j’adore. Le metteur en scène, quand il est intelligent comme Anne Fontaine, utilise alors ces rapports d’amitié à son profit.
Comment Anne Fontaine dirige-t-elle les comédiens ?
Elle est assez directive et austère sur le plateau. Mais ce qui est impressionnant, c’est qu’elle mène sa barque avec maestria et que nous autres comédiens pouvons nous abandonner à cette totale maîtrise. Les acteurs se contentent de lui proposer leurs «couleurs» avec lesquelles le metteur en scène choisit – ou pas – de peindre sa toile. C’est exactement ce qui s’est produit avec Anne Fontaine. Notre rôle est très limité.
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