Le scénario : "Il tranchait avec les scripts formatés qu'on a l'habitude de lire d'ordinaire. Il avait une espèce de pureté, une âme entre guillemets, un côté conte de fées qui n'excluait pas pour auant l'absurde. J'avais vu After Shave, un des courts métrages de Hany, et je trouvais qu' Une Chanson dans la tête (2007) se situait dans la même lignée. Il charriait quelque chose d'authentique qui collait profondément à la personnalité de son auteur."
Brino Caprice : "Je trouve très touchant le parcours de ce personnage au fond du trou qui trimbale un désarroi amoureux lourd, se retrouve bringuebalé dans un univers étranger, mais finit par s'éveiller à la vie, à lui et aux autres. Bruno Caprice représente une figure assez classique de la comédie. Sa fiancée le quitte. Il prend des médicaments, se ressent comme un raté vieillissant, débarque à Beyrouth, chante comme un pied et n'en a absolument rien à péter. Il incarne aussi notre oeil occidental sur un Liban fragmenté par ses religions, ses classes et ses clans où tout peut toujours partir en vrille."
Pousser la chansonnette : "J'avais déjà incarné un chanteur de rock dans Héros de Bruno Merle et chanté, pour le film, devant 40 000 personnes qui n'étaient pas spécialement venues m'entendre. Les canettes de bières auraient dû voler très bas... on a fait un tabac. Bon, ça fout un peu les jetons, quand même. Cette fois, j'ai travaillé avec un coach à Paris, puis avec Khaled (Mauzanar) à Beyrouth - très bon compositeur, d'ailleurs - un mois et demi avant le début du tournage. J'avais sans doute bien fait mes devoirs et nous avons très vite enregistré les titres. Sur le podium de la soirée Miss Bikini ("Bonsoir Beyrouth"), j'ai imploré Hany de me laisser les coudées franches. Il était très preneur."
Le Liban : "Beyrouth, à cause de son passé, apparaît comme une ville désordonnée où l'on éprouveune très grande impression de liberté. Tout y est possible et bordélique à souhait : il n'y a pas de code de la route, à peine 2 ou 3 feux rouges. On y sent le mélange de l'Orient et de l'Occident. On y passe de quartiers luxueux à des ghettos très pauvres. On y croise, dans les faubourgs chiites, des types qui font la quête pour le Hezbollah. Ce jours-là, je n'avais pas de monnaie sur moi. Le mec m'a juste glissé : "ce n'est pas grave". Non, ce n'est pas grave, mais, en même temps, ça peut canarder à tous moments. Dans le nord du pays, où Bruno Caprice passe la nuit avec cette jolie fille, nous avons assisté à l'attaque d'un camp palestinien. Nous tournions dans des paysages magnifiques. Je chantais l'amour pendant, qu'en contrebas, on donnait l'assaut. Cette scène résume, pour moi, tout le contraste du Liban, pays auquel ses habitants sont incroyablement attachés, surtout lorsqu'ils le sentent menacé."
Hany Tamba : "Certains réalisateurs vous disent des choses inintéressantes au moment où il ne faut pas, Hany, lui, dit des choses intéressantes au moment adéquat. Il porte un regard étonné sur le monde et possède une couleur qui lui appartient en propre. "Les films, expliquait Truffaut, ressemblent toujours à ceux qui les font". Je souscris entièrement à cette réflexion."
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