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Le Crime est notre affaire
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Le Crime est notre affaire

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Le Crime est notre affaire
Entretien avec Pascal Thomas, réalisateur de 'Le crime est notre affaire'
127 lectures

J.L.G. : Voilà le troisième film adapté d’Agatha Christie que vous réalisez.
P.T. : J’aurais dû en faire plus ! C’est une oeuvre tellement riche, tellement variée, qui me semble, comme celles de Balzac ou de Simenon, inépuisable. Certains metteurs en scène se sont consacrés à Simenon, à William Irish, ou à Stendhal, d’autres à Dumas. Pour ma part, je serais ravi d’adapter ces auteurs et bien d’autres encore, tels que Leo Perutz, Labiche ou Feydeau.

Pour l’instant c’est Agatha Christie. Peut-être parce qu’elle autorise une grande liberté et me permet de greffer mon univers cinématographique sur le sien. Les deux précédents romans d’Agatha Christie que j’ai adaptés ont été le prétexte de développements très personnels. Le Crime est notre affaire (2007) offre à Catherine Frot et André Dussollier la possibilité d’enrichir le duo que nous avons créé dans Mon Petit doigt m'a dit... (2004) . Ce genre de couple, élégant, impertinent, libre, à contre-courant des modes et des comportements établis et surtout trés amusant, manquait au cinéma français, si l’on en croit le très nombreux public qui s’est reconnu en lui comme s’étaient déjà retrouvées beaucoup de spectatrices dans le personnage de la Dilettante.

Catherine Frot et André Dussollier sont parvenus à une telle maîtrise de leur art qu’ils sont tout entiers au plaisir de jouer, et peuvent prodiguer sans compter les talents d’humour et de cocasserie peu communs dont ils sont pourvus. On peut dire que le rire est leur affaire.

J.L.G. : Ils vous inspirent beaucoup ?
P.T. : Constamment. J’appartiens à cette catégorie de réalisateurs qui ne figent pas leurs films sur les pages d’un scénario. Loin de là. Qu’il s’agisse des dialogues, des situations, des décors ou d’autres éléments visuels, je favorise leur enrichissement par toutes les trouvailles qui surgissent au moment du tournage. Et bien sûr, Catherine et André sont d’autant plus inventifs qu’ils sont maintenant très à l’aise avec leurs personnages de Prudence et Bélisaire Beresford.

J.L.G. : Et les autres acteurs ?
P.T. : C’est une distribution comme j’aime en voir au cinéma, bâtie autour d’acteurs notoires et enrichie par des comédiens aux caractères complémentaires, qui remplissent parfaitement des rôles sans lesquels l’ensemble perdrait de sa saveur. Chacun, bien sûr, doit habiter le rôle pour lequel il a été retenu et je m’attache à faire ressortir au maximum ses qualités et ses finesses. Même si, dans cette distribution, nous avons eu à composer une fratrie, je me suis attaché à ce que les acteurs soient bien en contraste les uns par rapport aux autres, principe fondamental à mon sens pour obtenir la richesse humaine d’un film.
Chiara Mastroianni, Christian Vadim, Melvil Poupaud et Alexandre Lafaurie ont su jouer, tous ensemble, avec subtilité, des liens et des affinités réelles qui les lient dans la vie, pour former une singulière famille, au romantisme noir. Chacun d’eux a apporté à cette composition son charme, son élégance et sa sensibilité propres.

La composition d’Annie Cordy (Tante Babette) comme vieille excentrique bruxelloise, chasseuse de papillons est parfaite, amusante et inventive. Elle soutient avec une vivacité qui n’appartient qu’à elle les dernières séquences du film, et nous amène à la résolution de l’énigme.

On retrouve aussi Claude Rich, qui campe avec jubilation un personnage de pur vieux méchant ; Hippolyte Girardot, un acteur très à l’aise dans le double jeu et les faux-semblants et bien d’autres acteurs qui tous jouent leur partition avec talent et générosité.

J.L.G. : Tout en étant fidèle à l’esprit d’Agatha Christie, vous prenez aussi vos distances pour aller vers plus de fantaisie.
P.T. : Dans Mon petit doigt m’a dit, nous avions construit un pays imaginaire loin du réalisme des séries policières. Nous l’avions appelé « Le pays du film ». Le domicile de nos héros était un château dominant le lac du Bourget, nous l’avons conservé pour Le Crime est notre affaire (2007) .
J’aime les films généreux. Nathalie Lafaurie, qui est une productrice exigeante, tenait elle aussi à ce que Le crime est notre affaire, soit encore plus somptueux que les précédents d’Agatha Christie. Nous avons pu choisir des décors luxueux et abondants, à la fantaisie baroque. De grandes et belles demeures de Savoie, des dépendances dans le Val d’Aoste, des oeuvres d’un sculpteur suisse, des décors somptueux, dénichés ici et là ; bref, nous n’avons reculé devant aucune dépense. Katia Wyszkop, la décoratrice, a fait venir d’Italie, d’Angleterre et a puisé dans les fonds des plus prestigieux grands antiquaires, les meubles, les tapisseries et les objets qui donnent leur richesse aux intérieurs du film.
Le travail subtil entre l’ombre et les basses lumières de Renan Pollès a achevé de créer ce monde singulier qui flotte entre hier et aujourd’hui et n’existe que sur l’écran. Une des vocations du cinéma n’est-elle pas de dépayser le spectateur, et de le transporter dans un monde rêvé ?

J.L.G. : Nous sommes loin du nouveau naturel de vos premiers films.
P.T. : J’ai toujours attaché de l’importance à réaliser des films soignés, drôles et populaires. Je n’éprouve plus le besoin de filmer le quotidien. Je préfère inventer, recréer et filmer une réalité qui n’existe pas. La nouvelle qui est à l’origine du film était restée parmi les inédits d’Agatha Christie, qui en avait développé le thème dans plusieurs de ses romans. Cela nous a suffi pour mettre en route notre imagination. Avancer dans une forêt jalonnée de fauxsemblants, de bizarreries, d’étrangetés, mais sans jamais se priver d’inventer, avec François Caviglioli et Clémence de Biéville des scènes amusantes, des cocasseries, concevoir des dialogues soignés, changer de registre, procéder par touches successives et mettre en place délicatement des éléments de la comédie et du mystère. Ce qui rapproche ce film de mes premiers films, c’est qu’il est d’abord une comédie et ensuite une comédie policière.

Cela me fait songer à cette réponse de Riccardo Freda, le réalisateur de Sept épées pour le roi et de Le Cavalier mystérieux, que l’on voulait forcer à reconnaître les qualités du cinéma néo-réaliste. Quelqu’un lui citait l’admirable pêche au thon de Stromboli : « Oui, les thons c’est bien, répondit-il, mais cela aurait été encore mieux pour le cinéma, s’il avait transformé les thons en sirènes. » Voilà pourquoi j’aime filmer la sirène Prudence Beresford et que je n’hésiterai pas à poursuivre ses aventures dans un film à venir qui je pense sera encore plus résolument burlesque.

J.L.G. : Si vous aviez à définir en une phrase votre héroïne, Prudence Beresford ?
P.T. : C’est un détective d’un genre unique à ma connaissance. Les autres procèdent à coups de déductions, elle... à coups d’illuminations !

Entretien avec Pascal Thomas
Propos recueillis par Joséphine Le Gouvello
Extrait tiré du dossier de presse

   


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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Personnalités : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9


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