Une actrice italienne à qui on demande de jouer une espagnole parlant français avec l'accent espagnol, comment on gère la schizophrénie d'un rôle pareil ?
Valeria Golino : Quelquefois, on ne le gère pas du tout. Quelquefois, je ne sais même pas ce que je suis en train de faire… Je dois être très disciplinée, parce que je parle une langue que je ne connais pas avec un accent qui n'est pas le mien. Mais en même temps, je crois que ça m'a vraiment donné la direction du personnage de Carmen. Avoir l'accent espagnol, pouvoir jouer avec les mots français, avec cet accent qui est très drôle, très attendrissant aussi, ça vous fait penser d'une manière différente. On bouge d'une manière différente. C'est déjà un élément de comédie. C'est drôle. Au début, j'ai eu peur. Mais après, j'ai compris que c'était mon meilleur ami, cet accent.
Quelle a été votre première réaction en lisant le scénario ?
Valeria Golino : J'ai trouvé le scénario très joyeux, très lumineux et très bien écrit, surtout. C'est une comédie très bien écrite, où les person-nages ont la possibilité de faire tellement de petites choses pour construire leur chemin… Et j'ai trouvé mon rôle très bien pensé, avec beaucoup de différentes façons de pouvoir l'interpréter.
Comment décririez-vous Carmen ?
Valeria Golino : Carmen, c'est une femme-femme, dans le sens le plus traditionnel du terme. Elle est coquette, mais aussi très simple, très populaire. Elle s'énerve facilement, elle est maligne, mais elle est aussi docile. Elle a du pouvoir sur son mari, mais elle sait rester à sa place quand elle sent qu'il le faut. Je n'avais jamais eu la possibilité de jouer ce genre de femme. Elle me rappelle des personnages d'autrefois.
Elle est peut-être comme l'Espagne, un pays très moderne, avec les traditions qui sont ancrées dans leur culture.
Valeria Golino : Absolument, comme l'Italie ou la Grèce. Alors même si je ne suis pas espagnole, je suis de ce côté du monde. Carmen, c'est une vraie matriarche, même si elle l'exprime avec légèreté. C'est sa légèreté qui est moderne. Elle est aussi très amoureuse de son mari. Il y a un rapport très tendre, très joyeux, très sensuel entre eux.
Quel genre de partenaire est Gad ?
Valeria Golino : C'est quelqu'un qui est simple dans sa façon de jouer, très sobre, très discret, sans jamais faire de caricature, mais aussi quelqu'un qui te donne tout le temps et l'espace dont tu as besoin. On n'a pas beaucoup répété ensemble avant, mais on a vraiment trouvé le rythme pendant le travail, et on a réussi à être obsédé par ce qu'on faisait. Et plus les semaines passaient et plus on parlait de ce qui serait mieux, de ce qui nous avait plu dans la journée, de ce qu'on pourrait faire le lendemain. On a travaillé de façon intense.
Et comment s'est déroulée la rencontre avec Florence Quentin ?
Valeria Golino : Je ne la connaissais pas et je me suis retrouvée en face d'une femme tellement agréable, tellement douce avec des yeux d'enfant, une femme douce et légère. Elle a de l'autorité qu’elle trouve par d'autres moyens. Elle ne passe pas par la sévérité, mais par l'affection et l'attention. Elle est différente avec chacun, à chacun elle donne et elle prend d'une manière différente. Elle a créé une atmosphère lors du tournage vraiment rare. Une atmosphère affectueuse et détendue où tout le monde voulait faire au mieux pour elle.
Qu'est-ce qui vous a le plus marqué sur ce tournage ?
Valeria Golino : Avec ce film, j'ai compris et appris des choses sur la façon de jouer. J'ai pris des libertés que je n'avais jamais prises. J'ai travaillé sans peur. Ça ne m'est pas arrivé très souvent. Avec Florence, je n'avais pas peur. C'était comme si elle me disait: "Vas-y, je te tiens." Et ça, vraiment, c'est un cadeau. Il me semble qu'on a tous fait un travail intéressant. Ça m'a aussi beaucoup aidée d'être pendant la moitié du film habillée avec le même costume, sans devoir être belle, ça c'est une grande liberté. Je pouvais rester dans mon personnage, dans ma cuisine…
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