Vous aviez déjà rencontré François Dupeyron avant de faire ce film avec lui ?
J'avais rencontré François Dupeyron dans un avion en rentrant d'Amérique, et nous avions beaucoup parlé. J'adorais déjà ses films. J'ai découvert un homme à la sensibilité très émouvante. J'ai été séduit par sa modestie, et la façon dont il parlait de notre métier.
Quelques années plus tard, il m'a proposé de jouer Robert dans " Aide-toi le ciel t'aidera (2007) ". Le lendemain matin je lui ai téléphoné pour lui dire combien j'étais content et heureux de travailler avec lui.
Il vous a beaucoup parlé du personnage ?
Il m'a simplement dit que c'était un très vieux monsieur un peu bizarre, qui vivait dans une grande solitude. Un homme étrange, pas triste, aux idées surprenantes pour un monsieur si sérieux.
Vous n'avez pas eu peur de ce rôle ?
Au contraire ! Ce personnage est très nouveau pour moi. Je le trouve émouvant, un peu dégoutant, mais tellement excusable... Cette femme le transforme. Il se réveille, il la découvre un beau matin comme s'il ne l'avait jamais vu. Il devient jaloux, enfantin, ose ce qu'il n'a peut-être jamais osé de sa vie. Felicité Wouassi est si belle et son regard est si fascinant que je le comprend aisément.
Comment êtes-vous entré dans la peau de ce personnage ?
Il y avait plusieurs façons de le jouer. D'abord, trouver le costume. Propret, modeste, un pauvre vieux sans beaucoup de moyens. Ensuite il fallait trouver une façon de marcher, de tenir son corps, afin qu'il ne soit pas trop en équilibre. Il fallait tituber un peu, pour donner ce sentiment d'être un très vieux monsieur.
Et puis il y a la façon de s'exprimer. Il sait précisément dans sa tête ce qu'il veut dire, mais il le dit de façon un peu embrouillée. Il n'est pas gâteux, mais sa pensée, il l'exprime par petites touches. Et sa pudeur fait qu'il parle en tournant autour des choses. C'est comme s'il faisait des cercles concentriques qui petit à petit se resserrent autour de ce qu'il veut dire. C'est très clair dans sa tête, mais c'est plus flou quand il s'exprime. Moi je suis un peu pareil dans la vie, je ne suis pas immédiatement très précis.
C'est un personnage très malicieux, aussi. Et comme le scénario ne contenait pas trop de descriptions précises, j'ai eu le sentiment de pouvoir l'inventer un peu. La difficulté, c'est que je n'ai pas tourné toutes mes scènes en bloc. J'avais un jour de tournage, puis je repartais et je revenais tourner dix jours plus tard. Donc c'était parfois délicat de le retrouver, à l'identique...
François Dupeyron parle peu à ses acteurs sur un plateau...
Oui, il ne donne pas d'indications trop détaillées, et cela me convient. Alain Resnais est comme ça aussi. François Dupeyron fait confiance à son casting. Il choisit attentivement ses acteurs, et ensuite il vous confie le personnage. Alors après une prise, s'il ne dit rien, je me jette à l'eau et j'essaye d'autres choses jusqu'à ce que je sente dans son regard si c'était assez ou trop, que je devine son approbation. Cela a été un tournage vraiment très agréable. Ce texte était passionnant à dire. Il fallait que je trouve la pensée derrière les mots, que je rende clair ce qu'il essaye d'exprimer. On voit que c'est un écrivain qui a tourné le film.
Aujourd'hui, qu'est-ce qu'il vous reste de ce personnage ?
J'ai beaucoup aimé ce vieil homme. Il est en moi, maintenant...
Entretien avec Claude Rich
réalisé par Michèle Halberstadt
Extrait tiré du dossier de presse
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