Comment le projet est-il né pour vous ?
J’ai rencontré Kad et Olivier à Bordeaux, pendant le Congrès des Exploitants. Nous étions à une table voisine, et nous avons commencé à discuter. C’est là qu’ils m’ont parlé de leur idée, de ce jeu qui permet à des gens de gagner un voyage dans l’espace. Leur manière de raconter l’histoire a été un vrai plus. C’était assez drôle ! J’ai pensé qu’ils me proposaient ça en l’air, mais je les ai revus très peu de temps après. J’ai ensuite rencontré Eric Lartigau, que j’avais croisé à plusieurs reprises. J’avais adoré Pamela Rose, dont l’humour très décalé - mais joué très sincèrement, très sérieusement - me plaisait beaucoup.
Ils vous ont ensuite fait parvenir le scénario. Quelle a été votre première réaction ?
Je me suis fendu la gueule comme un abruti ! C’est très, très con - dans le bon sens du terme - mais c’est tout ce que j’adore. Je n’en ai pas tourné beaucoup, mais j’aime beaucoup le principe de la comédie. C’est un rythme particulier, très différent de ce que je fais au cinéma.
En lisant le scénario, j’ai ressenti le même décalage que celui qu’il y avait dans Mais qui a tué Pamela Rose ? (2002), avec des situations complètement absurdes. Et puis, j’aimais l’idée de jouer deux personnages. D’ailleurs, j’ai proposé à Eric de faire l’inverse de ce qui était prévu.
C’est-à-dire de faire tout le début du film avec mon vrai visage plutôt que l’inverse. Ça lui a plu, et nous sommes partis dans cette direction. Je me suis très bien entendu avec Eric, en qui j’avais une grande confiance.
C’était important, car jouer dans une comédie aussi burlesque, ça n’a rien d’évident. Comme ce n’est pas un exercice que je pratique régulièrement, j’avais forcément la trouille d’en faire trop. Mais je ne regrette pas, parce que ça m’a fait beaucoup rire.
Pourquoi tournez-vous si peu de comédies ?
Parce qu’on ne m’en propose pas. Pourtant, j’ai commencé en faisant des stand up, et c’était un exercice que j’aimais beaucoup. J’aimerais bien qu’on m’en propose davantage, pouvoir me lâcher encore plus.
Pouvez-vous décrire votre personnage, Yonis ?
Yonis est un ancien pilote qui voulait devenir astronaute. Mais à cause des bêtises de son frère jumeau, le tueur en série surnommé “L’échangeur de Rosny”, sa mission lui est refusée. Il va donc revenir des années plus tard pour se venger et essayer de faire sortir son frère de prison.
Avant de tourner le film, vous étiez familier de l’univers de Kad et Olivier ?
Oui, je les suivais. Comme tout le monde, je regardais un peu les émissions de télé. Ils m’ont toujours fait rire.
C’est très, très con, mais ça me fait rigoler. Je ne sais pas pourquoi, ça ne se commande pas. J’aime le genre, et la manière très sincère et réaliste avec laquelle les choses sont faites. C’est justement cette sincérité qui fait que, dès que ça part en vrille, ça devient drôle. Par exemple, la fin est une véritable parodie des films américains qui se veulent populaires. Tout finit bien, tout est formidable ; sauf qu’ici, c’est poussé à l’extrême.
Comment sont Kad et Olivier en tant que partenaires ?
Comme Danny Boon, avec qui j’ai tourné Joyeux Noël, ils font partie des acteurs - comiques, en tout cas - qui rient aux blagues des autres. Ça semble bête à dire, mais il peut être très désagréable de faire un film avec des gens qui, par égoïsme, ne rigolent que de leurs blagues. Que ce soit sur le plateau ou pendant les lectures - et ça concerne également Marina - il y a eu un échange. Ils sont ouverts. Au début du tournage, j’ai eu peur ; je n’arrêtais pas de leur dire que j’avais envie de le faire, mais que ce n’était pas du tout un exercice que je connaissais bien. Je ne me sentais pas très à l’aise.
Ils ont su me mettre en confiance, on a beaucoup déliré sur le plateau, et ça m’a rassuré. S’ils étaient juste venus faire leur numéro sans faire attention à moi, je pense que ça aurait été beaucoup plus compliqué.
C’est facile de trouver sa place dans un groupe issu de la comédie pure ?
Non, ce n’est pas évident. Kad et Olivier forment un duo très, très fort. Leur entente et leur rythme sont parfaits. Pareil pour Marina, qui a plus l’habitude que moi de faire ce genre de film. Je me suis davantage senti comme André, en fait. Nous essayions tous les deux de les égaler, ou en tout cas d’être dans le même rythme qu’eux. Et c’était génial. J’ai adoré André dans le film. Il reste sérieux, très sincère ; et c’est en cela que je trouve qu’Eric est très fort pour la direction d’acteurs.
Justement, comment est-il avec les comédiens ?
Comme avec ses techniciens, très calme. Il sort des petites “vannes” comme ça, à l’occasion ; il peut aussi être très cynique même s’il est d’une gentillesse extrême. Il est très doué, précis, sûr de ce qu’il veut. S’il a une chose importante à dire, il parle simplement, sans noyer les comédiens dans un verbiage de metteur en scène, qui parle pour parler. Au contraire ! Des fois, il peut ne rien dire pendant une séquence parce qu’il estime que c’est bien.
Vous aimez bien vous amuser sur un plateau. Est-ce que tourner une comédie c’est le meilleur moyen de rigoler hors des prises ?
Bizarrement non, parce que je n’étais pas tellement rassuré en faisant ce film. Le plaisir est arrivé au fur et à mesure du tournage, mais je ne me sentais pas d’humeur à me marrer tout le temps. J’étais plutôt focalisé sur mon rôle. D’ailleurs, Eric veillait à ce que tout le monde reste bien concentré. Il a raison parce que c’est exactement ce qui fait la force de ce film.
Vous avez apporté des modifications à votre personnage ?
En dehors du masque, non. J’ai simplement un peu embêté Eric pour la fin. Je trouvais dommage que Yonis parte comme ça, sans qu’on ne sache pas ce qu’il soit devenu. Et un jour, Eric m’a appelé et m’a dit : “J’ai une idée. Yonis et le dindon vont jouer au jeu des Post-It”.
Est-ce que, depuis que vous réalisez, vous avez évolué en tant qu’acteur ? Dans les rapports avec le réalisateur, peut-être ?
Oui. Je pense que la réalisation et la conscience de ce que comporte un tournage m’ont énormément appris dans l’écoute du metteur en scène et dans la confiance que je peux avoir en lui et en sa direction d’acteur. Je me rends aussi rapidement compte s’il est cohérent et si le discours de fin ressemblera à celui du début. Pareil pour les scénarios. Je sens si ceux que je reçois ont été travaillés ou non. Parce que je sais ce que c’est que de passer un an ou un an et demi sur un scénario et réécrire des dialogues. Ce qui ne veut pas dire que je le fais mieux que personne ! J’ai aussi conscience des moments où il ne faut pas ennuyer un réalisateur avec des problèmes d’acteurs.
Chaque comédien a des angoisses. Mais, ayant mis en scène, je sais qu’il y a des jours où je n’ai pas envie qu’un acteur vienne me dire : “Ce n’était pas bien”.
A partir du moment où le réalisateur m’a dit que ça lui convenait, il faut le laisser faire, parce qu’il a aussi d’autres soucis en tête à cet instant.
La science-fiction, c’est un genre qui vous parle ?
Pas du tout et c’est pour ça que le parodier, ça me fait mourir de rire. Je peux bien sûr être client de temps à autre, mais je ne suis pas un fanatique de la science-fiction.
Se retrouver face à un dindon géant, ça fait quel effet ?
C’était aussi absurde et aussi surréaliste sur le plateau que ça l’est dans le film. C’est vrai que quand il apparaît, on se dit : “Est-ce que ce n’était pas une idée à la con ?”
Eh bien, non. C’est un peu énorme, mais quand on le voit s’animer, baver et avancer dans le couloir, on se dit “C’est complètement con” et on se met à rire. C’est quand on le voit avec Marina qu’on sait que le dindon avait une réelle raison d’être dans le film.
Quelle a été votre première impression à la découverte des décors ?
C’était très impressionnant. Je me suis dit qu’on partait vraiment dans la bonne direction. Tout ça paraissait vraiment très réel. Ça m’a beaucoup rassuré parce que je me suis dit que, une fois de plus, c’était conforme au discours de départ du réalisateur.
Vous avez déclaré un jour : “Le plus difficile, en tant que comédien - et je l’ai vécu - c’est lorsqu’on nous fait faire quelque chose que l’on ne sent pas”. Ça vous est arrivé ?
Oui. Mais je me suis dit : “Si tu fais ce film, il faut y aller à fond et ne pas te bloquer”. Dès l’instant où je fais confiance à l’équipe, je ne dois plus me poser de questions. J’ai eu plein de moments pendant lesquels je me suis dit : “Qu’est-ce que je suis en train de faire ?”
Mais je chassais tout de suite ces pensées de ma tête, en me disant : “Non, si tu es là, fais-le. Sinon, c’est complètement idiot. Il faut jouer le jeu à mort”. Sinon, il fallait rester à la maison ou faire un autre film !
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