Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?
L’enthousiasme de Nicolas Saada, surtout, et le thème du scénario. Un quidam peut se faire engager par les services secrets, qu’il soit chauffeur de taxi ou épicier ! La DST a souvent fait appel à des gens qui n’ont rien à voir avec cette profession, ce qui permet des dérapages comme on en voit dans le film.
J’ai aussi été séduit lorsque Nicolas me parlait de ce qu’il voulait faire, de comment il voulait le filmer, de la musique, la lumière, l’ambiance, et j’aimais beaucoup ce que je connaissais de son travail sur Radio Nova, et les références qu’il me proposait, comme William Friedkin et tout un cinéma des années 70 auquel je suis très sensible. Son court métrage, Les Parallèles (2004) a achevé de me convaincre. Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de premier film, et j’ai eu envie d’en refaire un.
Que pouvez-vous dire du personnage de Vincent ?
Il est très intelligent et brillant, mais il est au fond anarchique, il ne veut pas rentrer dans le moule, il va contre ce qui est convenu et refuse d’être contraint à faire ce qu’il n’a pas envie de faire. Il préfère se planquer dans un métier qui va lui paraître plus simple et sans danger, plutôt que de prendre des risques. Et il va déraper précisément lorsqu’il ne le devrait pas.
C’est aussi un récit d’initiation.
Au niveau émotionnel et sentimental, il se barricade de partout, il n’est pas du tout disposé à s’ouvrir et à se remettre en question. Le voyage à Londres et la rencontre avec Claire sont en effet de l’ordre du parcours initiatique, puisqu’ils vont le mettre face à certaines choses.
Vous avez fait des recherches sur le milieu dont il est question dans le film ?
Aucune, parce que je ne voulais pas en savoir plus que Vincent, il reste un amateur total, il prend des décisions sans en mesurer les conséquences. Je ne voulais pas avoir à l’esprit les attitudes qui en feraient un espion crédible, j’aurais passé mon temps à dire à Nicolas qu’un espion n’aurait pas fait ci ou ça. Il fallait rester vierge.
Nicolas Saada vous a montré des films ?
Pickpocket (1959) de Pierre Bresson, Le Prince de New York (Prince of the City) (1981) de Sidney Lumet, qui était très intéressant parce qu’il filme des rendez-vous clandestins, dans un monde parallèle, avec d’autres lois et d’autres règles. Il est aussi question de l’angoisse d’entrer dans un milieu «undercover» si on peut appeler ça comme ça.
Votre personnage est de presque tous les plans et dans une tension physique croissante, c’était lourd à porter ?
Oui, parce que ce n’était pas un tournage facile. Autant le tournage en France s’est merveilleusement bien passé, autant arrivé à Londres, c’était plus éprouvant.
Quels ont été vos rapports avec vos partenaires ?
Stephen Rea, qui joue Palmer, mon superviseur au MI5, est un immense acteur. J’aime beaucoup les Anglais, c’est vraiment l’école du théâtre, ils font un travail incroyable en amont sur le personnage et sa profondeur, les petits détails. Archie Panjabi est arrivée avec plein d’idées, qui ne sont pas forcément visibles, mais qui sont intégrées à la personnalité du personnage. Je me suis aussi bien entendu avec Géraldine Pailhas (Claire) qui a une vraie sensibilité. Elle est une partenaire très agréable et très à l’écoute de ce qu’il se passe sur le plateau. Elle est calme et posée, ce qui m’a aidé plus d’une fois à me recentrer sur le travail et sur mon personnage. J’ai toujours aimé son travail d’actrice, et sa participation dans le film a beaucoup pour me rassurer.
Comment définiriez-vous la relation de votre personnage avec Claire ?
Perverse. Ce sont deux lignes qui voudraient se croiser, mais qui ont du mal à se croiser, elles se rapprochent, elles sont sur le point de se toucher, mais s’éloignent finalement. Elles sont parallèles mais attractives.
Pour vous, c’est plus un film d’amour ou un film d’espionnage ?
Je pense que l’espionnage est une très belle toile de fond au film, mais une très belle toile de fond à un film d’amour, comme le thriller dans Ne le dis à personne (2005) était un prétexte à une très belle histoire d’amour. Je crois que c’est cet aspect qui faisait vraiment vibrer Nicolas.
Votre personnage pourrait être, dans d’autres circonstances, un personnage de comédie : il arrive dans un élément qu’il ne connaît pas du tout...
Oui, le film est riche de plein de niveaux de lecture différents. Il a un univers particulier, et je trouve que le résultat ne laisse pas intact.
Vous avez des films d’espionnage cultes ?
Les 3 jours du Condor (Three Days of the Condor) (1975) de Sidney Pollack, et Conversation secrète (The Conversation) (1974) de Coppola. Et j’aime bien le renouveau de James Bond, un peu plus crade, avec des scènes qui salissent un peu Bond.
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