Qui est Levasseur, votre personnage ?
Daniel Auteuil – C’est un homme d’affaires comblé, qui a parfaitement réussi sa double vie professionnelle et familiale. Et j’ai donc une maîtresse. Je suis assez fou de cette fille, je l’aime énormément, elle est belle, drôle, intelligente, mais j’aime aussi le pouvoir, l’argent qui va avec et j’ai une épouse très forte qui a un grand caractère et je suis pris entre cette enclume et ce marteau. Et à partir de là, je vais développer toute une série de lâchetés qui vont amener le spectateur vers de grandes crises de fous rires.
Vous avez été François Pignon dans Le Placard (2000). Vous jouez son rival dans La Doublure (2005). Quelle différence y a-t-il entre les deux ?
D.A. – Il n’y a pas la même pression. Etre Pignon génère une pression particulière. Quand on joue Pignon, il y a une responsabilité, un cahier des charges très fort concernant le personnage. Car Pignon est plus qu’un nom dans un film, c’est un personnage qui représente un caractère bien déterminé, un héros particulier : le petit homme perdu dans la jungle des villes et que rien ne prédestinait à l’aventure à laquelle il va être soumis. C’est un rôle qui demande une concentration particulière qui demande à être là pendant un certain temps, à ne pas prendre en charge le rythme de la comédie, à subir et ça demande un doigté particulier, une direction particulière. Et tous les acteurs qui ont joué Pignon sortent en général exténués d’un tournage de Francis Veber. En revanche, les personnages qui gravitent en marge de Pignon et qui ont en charge l’action ou le rythme, ont beaucoup plus de liberté. Et c’est mon cas cette fois avec le personnage de Levasseur dans lequel je peux davantage imprimer ma personnalité.
Peut-être est-ce dû au fait que vous avez déjà tourné avec Veber ?
D.A. – Bien sur, il y a une habitude maintenant. N’empêche que Pignon est un rôle particulier. Même si maintenant je connais le mode de fonctionnement de Francis Veber, il faut quand même rester vigilant.
La deuxième fois, c’est toujours aussi plaisant de jouer du Veber ?
D.A. – C’est sûr que la partition est jubilatoire. Pour un acteur c’est toujours un vrai plaisir de jouer une partie d’une telle symphonie, de participer à l’orchestre.
Cette fois en plus, jouer avec Kristin Scott-Thomas et Alice Taglioni, deux partenaires féminines…
D.A. – De qualité ! Je n’ai eu aucun droit de regard sur le casting, ni de cuissage hélas, j’ai juste eu le droit d’être à la hauteur et j’ai fait de mon mieux. Je connaissais Kristin Scott-Thomas qui a déjà joué mon amoureuse dans Petites coupures (2002) et je l’ai retrouvée avec plaisir. C’est d’ailleurs une actrice que j’ai encore envie de retrouver, malgré la proximité elle reste toujours mystérieuse. C’est une femme qui me fait rire, que je trouve belle, drôle et intelligente. Et plutôt bonne actrice. Quant à Alice Taglioni, nos rapports ont été… comment dirais-je… trop lointains (rires) mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! (rires)
Dans ce film, vous jouez aussi avec Richard Berry …
D.A. – C’est la première fois que je jouais avec lui. Nous avons commencé le film ensemble et je pense que ça a profité à tout le monde, nous y compris. Nous avions lui et moi envie de jouer avec le plus de volonté possible. Et je crois que Francis Veber a profité du plaisir que nous avions à échanger nos balles. Et je crois que nos scènes, qui sur le papier étaient très drôles, sont réussies. En revanche je regrette d’avoir si peu de scènes avec Gad. Mais ce ne sera qu’un regret pour nous. Le spectateur n’aura pas cette frustration.
Cette fois, c’est lui Pignon. C’est frustrant ?
D.A. – Disons qu’avoir interprété Pignon pendant plusieurs mois, c’est un truc qui marque. Du coup, en lisant le scénario de La Doublure (2005), j’avais le réflexe de penser que ses répliques étaient les miennes. Au bout d’un moment, je suis rentré dans mon rôle de Levasseur mais c’est vrai qu’au début, mes yeux avaient tendance à lire les répliques de Pignon.
Vous avez été étonné par le scénario de La Doublure (2005) ?
D.A. – Non parce que venant de Francis Veber rien ne m’étonne. Et surtout pas la multitude de ressorts et de situations explosives qu’il peut inventer. En revanche, on serait déçu si ce n’était pas aussi bien que ça.
Avant de tourner La Doublure (2005), vous avez enchaîné Caché (2004) de Michael Haneke et Peindre ou faire l'amour (2004) des frères Larrieux. Vous aviez besoin de revenir à la comédie ?
D.A. – Je ne vois pas de différence entre un film d’auteur fait par Haneke, les frères Larrieux ou Francis Veber. C’est le même travail, la même exigence. Seuls les univers changent. Mais le travail de l’acteur est le même.
Francis Veber attire les grands acteurs. Est-il pour vous incontournable ?
D.A. – C’est vrai que ses castings sont balaises ! C’est le même phénomène que pour Woody Allen : s’il a envie d’une star pour jouer un mec qui promène un chien dans une scène qui dure 12 secondes, il va l’avoir. Parce que, pour un acteur, c’est toujours plaisant de côtoyer l’intelligence. C’est agréable. Et puis comme un enfant n’a pas beaucoup de volonté devant de la glace au chocolat, un acteur n’en a pas devant un beau rôle. On dépend uniquement du désir des metteurs en scène, et quand on en a un qui peut nous écrire de grands rôles dans de belles histoires forcément, on y va !
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