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Mercredi - 20:50 |
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Qu'est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ?
Cela fait longtemps que j'apprécie les livres de James Lee Burke. Ils se déroulent en Louisiane du Sud, voisine du Texas où j'habite, et mon père y a travaillé quelque temps. J'ai d'ailleurs plusieurs amis là-bas que je suis souvent allés voir. Les romans de Burke sont indissociables de cette magnifique région et transcrivent à merveille l'atmosphère qui s'en dégage.
Vous connaissiez le travail de Bertrand Tavernier ?
J'avais vu quelques-uns de ses films, mais j'ai surtout apprécié son approche à la fois humaniste et intellectuelle du cinéma qui tranche avec celle de la plupart des metteurs en scène qui m'ont dirigé.
Vous avez participé directement à l'écriture du scénario.
Oui, essentiellement pour des raisons pratiques. Bertrand Tavernier est un cinéaste très ouvert. Tout comme le producteur Michael Fitzgerald, il semblait content d'évoquer le scénario avec moi et il était à l'écoute de mes suggestions. C'est d'autant plus appréciable qu'il en a utilisées plusieurs. Mon but était simplement d'essayer d'améliorer certaines scènes. Ce n'est pas plus compliqué que cela : quand on travaille à plusieurs sur un film, il est normal que les idées de chacun soient prises en compte.
Est-ce que vous avez souvent eu l'occasion de travailler de cette manière ?
Pas du tout. J'ai tourné avec des réalisateurs qui ne s'intéressaient ni au scénario, ni aux comédiens qu'ils dirigeaient, et encore moins à leur avis sur le script ! Pour moi, un acteur est censé découvrir par lui-même la méthode de travail du metteur en scène et faire ce qu'il faut pour répondre à ses attentes.
Comment vous êtes-vous approprié le personnage de Dave Robicheaux ?
Je me suis d'abord imprégné de la région où nous avons tourné. Il y a là-bas une tradition musicale très forte et j'ai écouté beaucoup de musique cajun. Ce qui m'a aussi aidé, c'est que je connaissais bien la région de New Iberia : quand on campe un personnage comme Dave Robicheaux, il est essentiel de ne pas se comporter comme un étranger dans un pays étranger. Il faut vraiment comprendre la réalité du pays et prendre le temps de s'y sentir comme chez soi.
Robicheaux est un personnage d'une grande complexité...
J'étais particulièrement sensible au fait qu'il ait des visions du général de la guerre de Sécession. C'est un personnage habité. De toute façon, pour incarner un type comme lui, il était important de bien cerner la dimension métaphysique du livre.
C'est un homme très croyant.
Oui, mais c'est un catholique progressiste. Je dirais même que c'est un catholique typique de la Louisiane ! Il y a un peu de religion vaudou qui se mêle au catholicisme d'un type comme Robicheaux. C'est intéressant parce que cela offre un éclairage inattendu sur la pratique religieuse aux Etats-Unis, loin des habituels clichés sur les Etats du sud.
Comment s'est passé le tournage avec les autres comédiens ?
Ce sont tous des acteurs extraordinaires. Je me souviens d'une semaine en particulier où j'ai travaillé avec Ned Beatty le lundi, Buddy Guy le mardi, Levon Helm le mercredi, Peter Sarsgaard le jeudi, etc. C'était un vrai défilé de gens incroyablement talentueux avec lesquels j'ai eu la chance de travailler.
Cette expérience avec un réalisateur français est-elle très différente des tournages américains dont vous avez l'habitude ?
Chaque metteur en scène est différent et je ne pense pas qu'on puisse attribuer telle ou telle caractéristique à la nationalité d'un cinéaste, mais à son tempérament. Par ailleurs, j'ai beaucoup aimé travailler avec le directeur de la photo Bruno de Keyzer qui est un homme très jovial.
Pensez-vous que le film transpose fidèlement la réalité de la Louisiane ?
Oui, d'autant plus qu'il est tout à fait possible de tourner en Louisiane et de passer à côté de l'essentiel. Bertrand Tavernier, lui, a notamment soigné la qualité de la bande-son du film et a su capter la musicalité des voix, les cris des animaux et les bruits de la nature. Je lui suis reconnaissant d'avoir su apprécier la beauté de la Louisiane du Sud et d'avoir évité la plupart des clichés habituels. Je crois que cela vient du fait que Bertrand est français et qu'il a un regard neuf sur la région : il est allé au coeur des choses et a fui les poncifs.
Le film évoque aussi la catastrophe de l'ouragan Katrina...
En cela, Dans la brume électrique (In the Electric Mist) (2008) est un film politique, au sens le plus noble du terme. Mais le propos n'est jamais didactique : Bertrand fait allusion à la gestion désastreuse de la catastrophe par l'Etat fédéral et à la manière dont la mafia en tire profit. J'aime beaucoup cette dimension-là du film.
Bertrand Tavernier a fait appel à plusieurs techniciens avec lesquels vous aviez travaillé sur Trois enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada) (2004) .
Michael Fitzgerald et moi lui avons notamment recommandé la chef-décoratrice Merideth Boswell et le chef-accessoiriste. Le compositeur Marco Beltrami avait également signé la partition de Trois enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada) (2004) : c'est un musicien exceptionnel.
Entretien avec Tommy Lee Jones
réalisé par Franck Garbarz
Extrait tiré du dossier de presse
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