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Partir
Entretien avec Kristin Scott Thomas à propos de 'Partir'
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Qu’est-ce qui vous a séduit quand Catherine Corsini vous a parlé du projet de Partir (2008) ?
Elle. Tout de suite, j’ai été séduite par Catherine qui est un personnage singulier, un peu extrême. J’aime beaucoup ses films parce que, même lorsqu’ils ne sont pas totalement aboutis, il y a toujours quelque chose de fort et de lyrique qui les traverse. Elle ose plein de choses. Elle est venue me voir et a commencé à me parler d’une idée qu’elle avait pour un film qu’elle voulait faire avec moi. L’histoire d’une femme de mon âge qui vit un truc que plein de femmes vivent aujourd’hui - c’est incroyable tous ces couples qui se cassent la figure ! On arrive à la quarantaine et là, tout pète ! Ça m’intéressait, et… pas seulement parce que ça m’est arrivé à moi aussi ! Donc, je lui ai dit « Pourquoi pas ? » Et elle s’est mise à écrire. En plus, toute cette entreprise avec cette équipe me plaisait : Catherine, donc, Fabienne Vonier, productrice que j’aime beaucoup et qui a fait de très belles choses, Agnès Godard à la lumière… J’avais envie de partir avec ces femmes-là, de raconter avec elles cette histoire d’une femme qui a été étouffée pendant très longtemps et qui pense qu’elle va pouvoir réinventer la deuxième partie de sa vie… J’en connais de ces épouses dont le mari estime que ce n’est pas la peine qu’elles aient une carte de crédit, ni qu’elles travaillent et qui se retrouvent piégées, quand elles ne sont pas confrontées à la violence conjuguale… Trois ou quatre mois après ce premier rendez-vous, Catherine est revenue avec son scénario, qui, d’ailleurs entre temps, a pas mal évolué et voilà...

Comment définiriez-vous le personnage de Suzanne ?
Comme je vous le disais, c’est une femme qui, à un moment donné de sa vie, fait le bilan et n’aime pas ce qu’elle voit. Elle a été empêchée de travailler parce qu’elle a élevé ses enfants pendant longtemps. Aujourd’hui que ce sont de grands adolescents, Suzanne veut reprendre son métier de kiné. Un peu condescendant, Samuel, son mari, décide de l’aider à s’installer mais… au fond de leur jardin quand même ! Des fois qu’elle irait trop loin ! On voit bien qu’il considère ça comme une lubie. Elle aime son mari, il lui donne tout ce qu’elle veut - elle est bien habillée, elle a une belle maison, une belle voiture, elle va partir en vacances… - mais il la rabaisse tout le temps. Cette femme est SA femme, elle lui appartient, elle fait partie de son statut social. Elle se rend compte de tout ça, et soudain, elle rencontre cet homme qui est tout le contraire de son mari. Gentil, attentif, simple. Un maçon, un Espagnol, un rien escroc sur les bords. Il vient d’un milieu totalement différent, il vit dans un endroit épouvantable. Elle a alors comme une sorte de révélation, liée aussi bien sûr à un désir et à un plaisir sexuels comme elle n’en a pas connus depuis longtemps.

Qu’est-ce qui vous touche le plus chez elle ?
Son espérance et sa naïveté. Elle croit qu’elle peut changer de vie, qu’elle peut retrouver l’amour, qu’elle peut recommencer à zéro. Elle est même prête à devenir caissière. Sa fierté pèse moins que son désir et son amour. Elle vit cette rencontre comme un nouvel envol. Evidemment, tout cela est voué à l’échec. C’est ça qui est touchant. Ce qui me touche aussi, c’est que, dès qu’elle a décidé de partir, rien ne l’arrête. Même pas ses enfants. Elle éprouve le minimum de culpabilité et après, elle passe à autre chose, elle avance sur son propre chemin. J’aime bien cette liberté...

Comprenez-vous la réaction du mari, cette espèce de chantage économique ?
Oui, parce que c’est la seule arme dont il dispose. Il y a une scène qui est très émouvante, quand il l’accuse. Il est très ému, très troublé, déstabilisé et elle le réconforte : « Je ne le verrai plus, je te promets, je ne le verrai plus ». On y croit vraiment, elle le materne, mais bien sûr elle n’arrive pas à tenir sa promesse. On comprend aussi qu’il est désespéré et qu’il est prêt vraiment à tout pour la garder. Je comprends sa manipulation même si je la juge intolérable. Mais Yvan (Attal) joue tout ça avec une telle justesse qu’on est presque de son côté quand on regarde le film. On se dit qu’il va réussir à la garder... En même temps, c’est vain de croire qu’on peut acheter l’amour. J’aime bien l’idée que Suzanne comme Samuel soient l’un kiné et l’autre médecin : ce sont ceux qui sont censés soigner qui blessent... Le film de Catherine raconte aussi la douleur dans l’amour, le mal qu’on se fait lorsqu’on aime...

Et la réaction finale de Suzanne, vous la comprenez ?
Oui, j’aurais fait pareil ! (rires). Cette histoire ne pouvait se terminer que dans le drame. D’autant que Suzanne est handicapée par son aveuglement, par son désir de tout recommencer. Il y a un moment où elle perd complètement pied, où elle n’est pas loin de la folie. La violence qu’elle a subie est littéralement insupportable. A la fin, elle a un sentiment de frustration poussé à bout, un sentiment d’enfermement oppressant. La scène d’amour entre le mari et la femme lorsqu’il réussit à la faire revenir, c’est épouvantable ! Elle ne peut que vouloir s’en échapper coûte que coûte, quel que soit le prix à payer.

Pensez-vous que le fait qu’elle et le personnage de Sergi López soient d’origine étrangère a une incidence sur leur histoire ?
Oui bien sûr. Ils ont tous les deux ce sentiment d’être déplacé. D’ailleurs, quand on vit pendant longtemps dans un pays étranger, il y a toujours un moment où on a envie de s’en échapper, soit pour rentrer chez soi, soit pour aller ailleurs - même, comme ici, l’ailleurs est symbolique. Quand Catherine m’a parlé du personnage, elle m’a dit que Suzanne venait d’une famille modeste et qu’elle avait été parachutée dans ce milieu bourgeois, très aisé, et que, finalement, la relation qu’elle a avec cet ouvrier, c’est comme un retour aux sources. D’ailleurs, quand le mari dit à sa femme : « C’est ça, c’est le fantasme de la bourgeoise pour l’ouvrier ? », elle est encore plus blessée...

Est-ce qu’il y a des scènes que vous redoutiez particulièrement ?
Forcément comme toujours toutes les scènes physiques. Que ce soit les scènes de violence ou les scènes d’amour. C’est toujours compliqué… Ce qui était amusant sur ce film, comme il y avait beaucoup de femmes sur le plateau, c’est que chacune donnait son avis pendant les scènes d’amour : « Tu devrais faire ça comme ça et pas comme ça ! » Il y avait une sorte de solidarité, chacun se projettait dans les personnages. C’était un vrai travail de groupe, c’était assez rigolo ! Même si ce sont des scènes que je n’aime pas plus faire que regarder une fois le film terminé, j’ai beaucoup aimé ce qu’elles dégagent ici. L’histoire est classique mais pas la manière dont Catherine l’a tournée. Chaque fois que Suzanne voit son amant, une fois que leur relation est consommée, tout ce qu’on voit, ce sont des bras qui se croisent, qui s’attrapent… J’ai trouvé ça très beau… C’est un film très sensuel. Il n’y a qu’à voir la manière dont elle filme la nature, la campagne, le bord de la mer… J’aime bien aussi le travail qui a été fait sur le son. D’un côté, ces crissements des criquets et des cigales, et de l’autre, dans la cité où habite le personnage de Sergi, le bruit des motos, les hurlements des enfants… Comme les deux visages de la même ville.

Comment qualifieriez-vous Catherine comme metteur en scène ?
Elle est à la fois très instinctive et très directive, et aussi… assez brutale ! (rires) Frontale, directe, passionnelle. Mais je recommencerai demain avec elle ! Elle n’a pas peur, elle est exigeante et rigoureuse. Si elle n’obtient pas ce qu’elle veut, elle le décrit exactement et... il faut s’exécuter ! Finalement, ça tombait bien car moi j’attends d’être poussée dans mes retranchements, j’attends d’être provoquée... Plutôt ça que quelqu’un qui est toujours content dès la première prise !

En quoi diriez-vous que Catherine Corsini et Agnès Godard se complètent ?
Agnès, c’est une vraie intellectuelle, en tout cas quelqu’un qui réfléchit beaucoup, qui peut décrire très précisément le plan qu’elle va faire. J’ai beaucoup aimé travailler avec elle. Elle est fascinante sur un plateau parce que c’est une mine de références et d’informations et, en même temps, elle a un regard parfois enfantin qui est très touchant. Elle est très enthousiaste et très douce. Elle est petite et très forte - il le faut pour porter la caméra sur son épaule ! Elles se complètent très bien. Agnès est posée, très méthodique, très réfléchie et Catherine est là qui cherche, qui doute, qui fonce, qui bouillonne… C’était drôle de les voir ensemble. Il y avait d’ailleurs une bonne ambiance sur ce film. C’était l’été, on était à Nîmes, il faisait beau, trop chaud même, c’en était étourdissant ! L’équipe était très soudée et très joyeuse. C’était une aventure assez particulière. On a tourné énormément dans cette superbe maison, on a tourné des scènes à l’aube, on a tourné dans cette ruine - il fallait une heure pour monter là-haut... C’était sublimement beau. C’était joyeux mais aussi… très intense ! Tous les jours c’était un feu d’artifice de crises de nerf, de grandes engueulades, mais tout le monde se retrouvait le soir pour de jolies fêtes !

Aviez-vous revu Yvan Attal depuis le film que vous aviez tourné ensemble pour Eric Rochant ( Aux yeux du monde (1990) ) ?
On s’était croisés comme ça mais on n’avait pas retravaillé ensemble. J’espère qu’on va recommencer car c’est un acteur que j’aime beaucoup. J’aimerais bien aussi tourner avec lui comme metteur en scène. Il n’a pas changé, il a juste mûri et a acquis en plus un regard de cinéaste. Son jeu est tout aussi nerveux, vif, concentré, à fleur de peau, sensible...

Comment définiriez-vous votre plaisir de tourner avec Sergi Lopez ?
J’aime beaucoup jouer avec cet homme parce que c’est un acteur qui accomplit vraiment un travail physique. Tout ce qu’il fait, tout ce qu’il exprime passe par le corps. C’est rare… Je ne sais pas si ça vient de sa formation à Paris chez Jacques Lecoq, mais c’est par le corps qu’il devient le personnage. J’aime bien jouer avec un acteur qui, plutôt que d’analyser tout le temps son personnage, le fait ! J’aime bien ça, c’est peut-être mon côté anglais ! Nous, on a davantage tendance à nous éloigner de nos véritables personnalités et à en adopter d’autres, alors qu’en France, ce qui compte le plus, c’est l’intimité de celui qui est à l’écran - c’est d’ailleurs parfois intéressant de fouiller ça...

Après le film de Philippe Claudel, Il y a longtemps que je t'aime (2007) , vous voilà à nouveau à interpréter une femme qui cherche à réinventer sa vie. Pensez-vous que c’est comme ça que le cinéma français vous voit ?
Non je crois que ce sont juste des personnages qui illustrent ma tranche d’âge ! Qui évoquent, chacun à sa manière, et elle est très différente, cette fameuse crise de la quarantaine...

Entretien avec Kristin Scott Thomas
Extrait tiré du dossier de presse

   


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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Personnalités : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9


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