Dans le livre de Simenon, le groupe qui se forme autour de l’héroïne Jeanne (dans le film, Maguy) n’a rien de comparable avec celui de La Californie (2005). Katia est clairement une invention du cinéaste. D’où vient-elle pour vous ?
Je crois me souvenir que Jacques Fieschi a écrit ce personnage en se servant de choses qu’il connaissait de moi. D’ailleurs, nous avons trouvé son nom ensemble. J’avais envie de baptiser mon personnage Katia, à cause de sa sonorité, et car je suis moi-même à moitié russe. Katia est une femme qui, à une période où elle a dû se sentir paumée, a été recueillie par Maguy, avec laquelle elle a construit un lien d’amitié réel. Avec Katia, Maguy n’a pas à prétendre, ou à se battre. Elles sont comme deux sœurs, ainsi que nous désirions le montrer dans la scène où Maguy, apeurée et seule, vient la rejoindre au lit, en pleine nuit. Dans le fond, elle est une femme généreuse et maternelle. Même quand elle vole son amie, si tant est qu’elle le fasse vraiment, je pense qu’elle ne le fait pas par mauvais sentiment, mais pour posséder d’elle une trace. Katia est un personnage rempli d’humanité. C’est ce que j’avais envie d’amener dans le film.
Avez-vous beaucoup parlé avec Jacques Fieschi du personnage ?
Un peu au début, au moment où je commençais à lire le scénario. Je lui ai demandé qu’il me donne des indices pour comprendre le caractère. Jacques ne m’a alors donné qu’une clef, mais la plus importante : «Dis-toi que Maguy a souvent couché utile, et que Katia jamais». Quand un metteur en scène vous dit cela, vous n’avez plus besoin de beaucoup d’informations ! Après, je me suis approprié le personnage comme je le fais d’habitude, selon une méthode qui consiste à travailler par intuition. Je lis le scénario, je le referme, j’y pense, je laisse venir. Très vite, un mouvement, une façon de parler, de bouger, de rire, me viennent comme par hypnose, dans une sorte de rêverie. Je laisse vivre le personnage en moi. D’abord comme un fantasme. Puis quand je le vois clairement agir, penser, marcher, je me sens capable de le refaire. J’adore cette période de préparation. Je trouve cela très jouissif !
Vous servez-vous, par la suite, de détails concrets pour l’affiner, le voir s’incarner ?
J’avais tout de suite envie d’ancrer Katia dans une vie quotidienne. Par exemple, Katia m’est venue précisément le jour où je suis retombée sur un duffel-coat rose que j’avais acheté à Toulon. En le découvrant dans ma penderie, je me suis tout de suite dit : ce duffel-coat, c’est Katia. Ce qui est troublant, c’est que j’avais acheté ce manteau : Katia est moi avons certainement beaucoup de points communs.
Comment interprétez-vous la fin du film ?
Je me suis posé beaucoup de questions sur le départ de Katia. Je pense qu’elle aura le courage de retourner à Saint-Tropez. Avec Jacques, on s’était toujours imaginé qu’à une époque, elle avait dû posséder une boutique de cosmétiques ou de fringues sur la Côte. Elle y trouvera sûrement un boulot assez vite, parce que les gens l’aiment bien. Elle évoluera à nouveau dans ces sphères tropeziennes où l’on vivote bien. Ce qui l’angoisse, c’est surtout la perte de son amie, et cette solitude qui la guette. Au montage, Jacques a coupé une scène où l’on voyait, à la toute fin, Katia revenir à la villa. Elle était avec un petit bouquet de ?eurs, prête à faire allégeance et à demander pardon. Elle sentait que quelque chose de sordide planait dans l’air. Elle courrait et trouvait le corps inanimé de Maguy.
C’est un film sombre, dans lequel votre personnage apporte sans cesse une luminosité, un espoir.
Jacques Fieschi est allé encore plus loin que le livre dans le côté dostoïevskien. Il a accentué le thème du choc des mondes. D’un côté, un monde «bourgeois» finissant, pourrissant. De l’autre, un monde issu de la guerre et de la violence quotidienne. Le personnage d’Hélène est le vecteur qui fera exploser cette répartition. Katia est au milieu de cette destruction, mais son personnage porte en lui une humanité telle que, pour elle, la rédemption est possible.
Comment définiriez-vous ce que vous avez ressenti lors de ce tournage ?
On a tourné tranquillement et profondément. De manière homogène et concentrée. Avec des moments de rire et d’émotion. Un de mes plus beaux souvenirs est un peu en marge du tournage, mais, pour moi, il dit beaucoup sur les rapports que j’ai eus avec le réalisateur. Un soir, à Cannes, nous sommes allés tous les deux au Casino, assister à un concert exceptionnel de Liza Minnelli. Le concert était fabuleux. Submergée par la musique, je me suis mise à pleurer. J’essayais de retenir mes larmes pour ne pas avoir l’air ridicule auprès de Jacques. Mais, tournant la tête pour le regarder, j’ai noté que deux sublimes larmes coulaient sur son visage. C’était un moment de communion et de bonheur. Je me suis alors laissée aller tout entière à mon émotion.
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