Elle incarne la séduisante Eliane, l’une des premières femmes françaises à diriger un hebdomadaire. Journaliste militante à l’écoute de son époque, compagne amoureuse et mère plutôt conventionnelle : autant de rôles difficiles à concilier pour cette héroïne qui reste, comme le souligne Florence Pernel, « une femme de tête, mais la robe ajustée et les ongles faits ! ».
de Françoise Giroud à Hélène Lazareff
Comme Eliane, ce sont des pionnières. A la proue d’un mouvement féministe, ces femmes sont les premières à avoir essayé et à réussir une vie sociale aussi riche et entreprenante que celle d’un homme. Elles aspiraient également à conserver une vraie vie privée et familiale. Curieusement, pour préparer ce rôle, j’ai préféré lire la biographie de Françoise Sagan, signée Geneviève Moll et intitulée Madame Sagan. J’ai choisi ce livre parce qu’il comportait un long passage sur l’éducation très bourgeoise qu’avait reçue celle qui s’appelait encore Françoise Quoirez. Dans ces familles bourgeoises, en cette fin des années 1950, l’enfant n’était pas élevé directement par ses parents mais confié à des gouvernantes ou des tuteurs. Puis l’école privée et le pensionnat prenaient le relais. C’est vraiment 1968 qui a fait éclater tous ces carcans et favorisé le rapprochement entre parents et enfants. Cette lecture m’a beaucoup intéressée pour comprendre les rapports entre Eliane et Marion, entre une mère finalement très conformiste et sa fille de 17 ans qu’elle n’a pas vue grandir.
femme à la page
Eliane est à l’écoute de tout ce bouillonnement qui émerge dans les années soixante, et qui reste pour moi la dernière décennie créatrice du XXe siècle. Toute cette ébullition donnera naissance à la nouvelle vague, au nouveau roman, aux yéyés. Dans les locaux de l’Hebdo, les journalistes ont épinglé aux murs l’affiche de Brigitte Bardot, vedette de La Vérité de Clouzot, ou une publicité pour le Golf-Drouot, dernier lieu branché des nuits parisiennes. On évoque la création du planning familial ou le lancement de la pilule outre-Atlantique. Aux Etats-Unis toujours, ce sont les débuts en politique d’un certain John Fitzgerald Kennedy et avec lui les prémices de la « peopolarisation » des hommes qui nous gouvernent.
objectifs différents
Les désaccords professionnels sont à l’origine des premières disputes violentes au sein du couple. Alors que, pour Michel, le journal doit rester un instrument politique qui défend des opinions, Eliane veut l’ouvrir à tous les bouleversements qu’elle perçoit dans la société. Michel est pour un monde rigoureux, ascétique, spécialisé, où l’on présente l’actualité sous sa forme la plus pure. Il s’oppose également aux méthodes qu’il juge immorales, comme celle d’envoyer une jolie journaliste recueillir des confidences sur l’oreiller auprès d’un directeur de cabinet ou de prendre des photos en douce, lors d’une soirée de ballets roses. Or, pour Eliane, il faut d’abord trouver le sujet qui va attirer le lecteur, même si cette quête risque d’égratigner l’image de la classe dirigeante ou industrielle, jusqu’alors intouchable. La presse doit pouvoir montrer la part d’ombre d’un homme, quel qu’il soit. Quarante ans plus tard, nous pouvons nous demander si ce mélange des genres est finalement de bon goût et s’il ne vaudrait pas mieux préserver une part de mystère. De Gaulle ne disait-il pas lui-même : « Est-ce que vous avez envie de me voir en pyjama ? ».
dix ans déjà, dix ans seulement
Il est indéniable qu’Eliane et Michel ont été très amoureux. Puis cet amour s’est transformé en créativité professionnelle, car leur enfant, finalement, c’est ce journal. On dit souvent qu’il est difficile pour un couple de travailler ensemble, mais je n’aime pas ces généralités. Cela dépend évidemment du type de travail que l’on partage, et l’on imagine combien il doit être excitant de produire un journal. La personnalité de chacun entre aussi en ligne de compte, car l’alchimie n’est jamais la même entre les individus. Personnellement, quand Patrick Rotman écrit un film et que j’ai la chance d’y jouer un rôle, c’est le bonheur absolu, parce que je vois le projet naître, grandir puis marcher.
Entretien avec Florence Pernel, qui incarne Eliane dans téléfilm Eliane de Carroline Huppert
Propos recueillis par Béatrice Dupas pour France 3
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