Comment avez-vous rejoint le projet ?
Lorsque François m’a donné le scénario, nous avons tout de suite accroché humainement. J’ai aimé son côté timide tout en étant sincère et décidé. J’ai trouvé le scénario formidable mais pour des raisons de planning, je ne pouvais le tourner que très vite, ou pas du tout. François était prêt, il ne manquait que l’interprète de Vincent Cluzel. Dès le départ, le projet s’est donc fait dans l’urgence, la même que celle que l’on retrouve dans l’histoire. François aime travailler pour un cinéma très dynamique, très proche des gens, très humain et ludique, qui demande beaucoup d’énergie.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans le scénario ?
Pour moi, le film aborde de façon originale l’obsession de la réussite, devenue une valeur prépondérante dans nos sociétés depuis les années 80. Le film traite de la différence qui existe entre réussir dans la vie ou réussir sa vie. Comment ne pas s’oublier soi-même dans cette quête de succès ? C’est un parcours initiatique, qui a quelque chose d’assez universel. Sans être moraliste ni moralisant, le film raconte très bien cette obsession née de l’environnement sociétal.
Autre atout du film qui était perceptible dès le scénario : l’écriture. On sent cette dynamique très anglo-saxonne qui en fait un thriller humain, encore accentuée par la réalisation. Les gens y sont un peu plus beaux que dans la vie, les cadres plus élégants que dans la réalité. Le film est un bel objet, avec une excellente musique et une belle photo. Tout est «un peu mieux», plus rapide.
Sur le tournage, nous nous sommes très bien entendus avec François et je le voyais travailler avec confiance, mais lorsque j’ai découvert le film achevé, j’ai quand même été impressionné par son niveau, aussi bien sur le plan de la réalisation que sur celui du contenu. On y trouve une densité, une qualité et une finesse rares. C’est un film que j’aurais aimé voir en tant que spectateur.
Comment définiriez-vous votre personnage, Xavier ?
Les nombreux personnages, tous humains, sont incarnés par des acteurs et actrices absolument remarquables qui sont une des grandes forces du film. Xavier résume un peu le film - comme lui, tous les protagonistes se cherchent. François a construit chacun d’eux sans les juger, en les faisant simplement exister. Il les accepte tous, en les aimant.
Ce film est un thriller politique avec des enjeux, mais parler seulement de politique serait réducteur. On a tous connu des gens obsédés par cette envie de réussir et, à défaut de toujours partager cette philosophie de vie, on peut au moins comprendre la puissance de leur désir.
Xavier est un petit gars de banlieue - une banlieue qui pourrait se situer n’importe où. Une phrase m’a particulièrement accroché quand j’ai lu le scénario, elle est dite en off par mon personnage : «Contrairement à ce qu’on croit, je suis né en banlieue et mon rêve a toujours été d’être un bourgeois, pas un truand». C’est un jeune homme plein d’énergie, plein d’imagination, qui n’a pas froid aux yeux et qui veut réussir, bien que venant de nulle part. Xavier est ambitieux mais pas arriviste. Il y a dans sa démarche quelque chose d’affectif. Il souhaite être adopté, reconnu. Il a plus envie de participer que de profiter.
C’est un petit bonhomme qui voit grand – mais de la façon dont on lui a dit de le faire. Il court après une image de lui-même et du monde. C’est le cas de beaucoup de gens. C’est une erreur de jugement absolue que Xavier va payer. Pensant qu’il ne vaut pas assez pour que l’on s’intéresse à lui, il n’arrête pas d’en rajouter, d’en faire trop, de faire croire, sans être conscient de ce qui fait sa vraie valeur. Il est un peu victime du milieu anxiogène dans lequel nous vivons tous. On ne nous apprend pas à chercher notre véritable nature. À force d’entendre partout «fais comme ci, sois comme ça, méfie-toi», on finit par perdre nos vraies envies, nos colères, la capacité à assumer les situations. Xavier s’est perdu. Il se retrouve là où il n’aurait jamais dû mettre les pieds, là où il n’a absolument aucune clé tout en faisant semblant de les avoir. C’est aussi sur ce point que ce thriller est très bien construit. Parfois, comme ici, le cinéma arrive à parler de choses extrêmement profondes, vraies, avec des enjeux humains très forts, mais d’une façon très drôle, avec aussi un côté policier. J’adore ce mélange de genres, très anglo-saxon. C’est un beau travail d’écriture et de réalisation.
Vous êtes-vous senti particulièrement proche de ce personnage ?
Pas plus proche que d’autres personnages que j’ai pu incarner. Lorsque je joue, j’ai une sorte de naïveté qui fait que j’y crois, je suis vraiment dedans au moment du jeu. Je m’investis autant à jouer Astérix que Xavier. C’est la même démarche, j’y crois de la même manière. J’ai la même naïveté qu’un enfant qui joue aux gendarmes et aux voleurs. Mais il n’y a pas une seule façon d’être acteur ; d’autres jouent tout à fait différemment. En revanche, lorsque je vois le film, ce rôle trouve une résonance plus importante que d’autres que j’ai pu faire.
Vous jouez la plupart de vos scènes face à Christian Clavier. Votre rencontre est étonnante à l’écran...
J’ai trouvé intéressant que cet excellent acteur incarne ce personnage. Je ne connaissais pas Christian et c’est une grande rencontre aussi bien dans le jeu que dans la vie. Nous aimons tous deux le travail. Je pense que Christian fait partie des acteurs qui ont besoin d’être captivés et d’avoir un véritable échange pour bien jouer à deux. Faute de véritable communication, il a la capacité - tout comme moi, je crois - de jouer seul en s’inventant son partenaire. En l’occurrence, nous avons eu un véritable échange, sous le regard d’un metteur en scène qui sait ce qu’il veut, et nous aimons cela tous les deux. J’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui.
Comment avez-vous travaillé avec vos autres partenaires ?
J’avais déjà tourné avec Vimala Pons. Je savais à quel point elle est douée. Lorsque François m’a parlé d’elle, je lui ai dit combien je l’appréciais et elle s’est une nouvelle fois révélée formidable.
Avec Sami Bouajila, il n’y a pas de mise en scène de l’amitié, elle est là ! Sa trajectoire est très belle. C’est lui aussi un très bon acteur, tout à fait à sa place. Grâce aux choix aiguisés de François, le film est à mon sens remarquablement distribué. Valérie Benguigui, Michel Aumont et tous les autres apportent une véritable densité humaine. Aucun des personnages n’est tout noir ou tout blanc et on fait le chemin avec eux.
Comment avez-vous travaillé avec François Favrat ?
L’un et l’autre, nous sommes extrêmement masculins. Mais ce n’est pas du tout un combat de coqs, plutôt une forme de camaraderie. Il est très talentueux. Je m’en étais rendu compte avec son précédent film, Le Rôle de sa vie (2003) . Sur un sujet qui ne m’intéressait pas a priori, il a réussi à me passionner ! Un homme qui parle des gens de cette façon, qui filme de cette façon, qui me happe sur un sujet qui ne me tente pas, chapeau !
François est quelqu’un d’assez physique et du coup, on va vite. C’est un vrai réalisateur dans le sens où il sait à qui il parle à chaque fois. On ne perd pas de temps. Quelquefois, il multiplie les prises sans que l’équipe comprenne bien pourquoi, mais il a raison. Il est adorable mais ne lâche pas tant qu’il n’a pas obtenu ce qu’il veut. C’est très rassurant.
Mon rôle est de lui offrir le choix. Dans tous les films, je me dis que l’on pourrait faire ceci ou cela, alors je le propose et le réalisateur fait son choix. Je n’ai pas le pouvoir de décision mais je dois avoir la capacité d’imagination.
Savez-vous aujourd’hui ce que représente La Sainte Victoire (2008) pour vous ?
Je ne suis pas du genre à donner une place aux choses. Elles la prennent. Par contre, je sais que je suis très heureux d’avoir fait ce film. C’est une expérience de cinéma complète. L’aventure humaine du tournage compte, le propos du film me plaît. Ce film répond à sa grande ambition de départ et c’est assez rare. On a fait les choses à fond en allant au bout de la démarche. Je souhaite vraiment, pour le film lui-même et pour tous ceux qui y ont participé, qu’il rencontre son public. J’aimerais bien le partager avec beaucoup de gens.
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