LES PETITE VACANCES, PREMIER FILM, PREMIER ROLE
Dans les années 70, je portais entièrement des films, Une belle fille comme moi de Truffaut, La fiancée du pirate de Nelly Kaplan, mais à l’époque je n’avais pas du tout les mêmes armes pour aborder un rôle ! Je m’adorais ! Oui, je m’adorais ! Pour jouer Danièle, l'héroïne de Les Petites vacances (2006) , j'étais un peu plus démunie, Olivier Peyon m'avait demandé de travailler quasiment sans maquillage. Quand on a été dans la séduction, qu’on a été connue pour ça, c’est compliqué… De ce point de vue, le tournage des Petites Vacances a été vraiment rude. Mais c’est aussi ce qui m’excitait, parce que là, c’est vraiment LE rôle de la soixantaine. C’est aussi l’occasion de pouvoir boucler la boucle, en quelque sorte, avec ce film qui arrive cinquante ans après avoir commencé avec Truffaut en 57 pour Les Mistons.
C’est un premier film, comme l’étaient ceux de Truffaut ou de Chabrol. Il y a quelque chose de logique dans ce parcours-là… J’avais une grande confiance en Olivier. Je savais que j’avais en face de moi, plutôt avec moi, un très bon chef d’orchestre, quelqu’un qui tenait son film. D’ailleurs, il me fait penser à Truffaut. Olivier est très rapide comme lui, il a quelque chose d’un petit furet, et surtout, il a cette même manière particulière d’être là, d’être vraiment avec les acteurs.
DANIELE, UN NOUVEAU REGISTRE
Quand je suis arrivée sur le tournage, je me suis dit : « Danièle est fragile… Comment je vais faire, costaud comme je suis, pour rentrer là-dedans ? » C’est un registre que je ne connaissais pas. Certaines actrices pleurent facilement, mais moi, j’ai beaucoup de résistance de ce côté-là, énormément d’angoisse, dont je ne sais pas spontanément me servir. Quand on est comédien, on est à la fois le marionnettiste et la marionnette. Mais cette marionnette-là, il fallait la faire exister et je ne la connaissais pas du tout. Il fallait que je lâche quelque chose, que je m’abandonne. Par exemple, cette scène dans les toilettes, où je pleure, où je suffoque, c’est très nouveau pour moi.
La difficulté consistait à toujours garder une tension intérieure, une immense rage. Sur le plateau par exemple, en dehors des prises, je ne me laissais jamais aller à papoter comme je le fais d’habitude. Au contraire, je restais seule, je regardais ces paysages de montagne, grandioses, qui m’aidaient à ressentir le rien, la fragilité.
Incarner le personnage de Danièle, c’était une histoire d’énergie à retourner comme un gant. Même si tout va bien, parce qu’elle a de l’argent, un mari, une famille, des amis… Tout lui apparaît comme une coquille vide quand elle réalise que ses petits-enfants n’auront bientôt plus besoin d’elle. Elle veut leur plaire absolument, les séduire, elle en rajoute. Rien à faire, ils s’en fichent parce qu’ils ne la voient pas. Elle est dépossédée de tout, perdue au bord de la vieillesse.
Claude Brasseur
J’aime beaucoup Claude Brasseur, je l’ai souvent croisé. On a joué plusieurs fois ensemble, dans Une belle fille comme moi, et bien avant ça, Le Clair de lune à Maubeuge. Il nous a fait le cadeau d'accepter ce petit rôle, parce qu'il voulait, comme il l’a dit à Olivier, tourner de nouveau avec moi. C’étaient des retrouvailles, une bouffée d’air pour moi comme pour le personnage. Quand Claude apparaît dans le film, il a un peu l’air d’une guest star, une espèce de mythe. Tout d’un coup, la scène prend une autre dimension. On n'est plus seulement dans l'histoire, mais dans une histoire de cinéma.
LES PETITES VACANCES, QUELLES TRACES ?
Je suis un peu comme une bande magnétique, quand un rôle est fini, j’efface et je repars de zéro, je passe au suivant. Certains restent accrochés à des rôles et ne peuvent plus s’en sortir. Moi, je ne fonctionne pas comme ça. Heureusement, j’ai le théâtre qui est une discipline, qui est plus revigorant que le cinéma, parce que c’est terrible de n’être qu’une chose au cinéma. Mais je dois dire que ce film m’a fait beaucoup de bien, pour son exigence, l'enjeu qu'il représentait pour moi et aussi, parce qu'il coïncide avec mes cinquante ans de cinéma, le sentiment d’avoir fait ma boucle, d’avoir eu tous les âges à l'écran. Même si je ne tourne plus jamais de film, il y aura eu celui-là…
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