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Scorpion
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Scorpion

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Scorpion
Entretien avec Clovis Cornillac alias 'Scorpion'
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Vous croulez sous les propositions, alors qu’est-ce qui a retenu votre attention dans Scorpion (2006) ?
J’ai été touché par la manière dont on m’a approché. Cédric Jimenez, le producteur, et Julien Séri, le réalisateur, sont venus me voir au festival de Cannes, en 2005. Ils se sont fait inviter dans un dîner où j’étais, puis dans une soirée où j’allais pour me parler de leur projet et me donner le script de Scorpion (2006). J’ai compris qu’ils avaient mis tout ce qu’ils avaient dans ce film et j’aime les gens qui mettent tout sur la table, ça me touche, ça me donne envie d’y aller. C’est tellement rare dans ce métier.

Et le scénario, dans tout ça ?
J’aime les histoires de rédemption, les rencontres des solitudes et le message d’espoir que l’histoire transmet. Ce que dit le film, c’est qu’on peut être dans de sales draps mais que ça ne tient qu’à nous de le vivre bien ou mal et qu’il est possible de s’en sortir, même si ce n’est pas facile. Angelo est plein d’entraves, il s’est mis des milliards de barrières mais il les enlève, l’une après l’autre. Il va vers la lumière.

Est-ce que vous vous sentez des affinités avec Angelo ?
J’ai des affinités avec tous mes personnages. Je ne les juge pas, je ne les justifie pas, je ne les cautionne pas et je ne leur pardonne pas, je les comprends. Je sais intrinsèquement qui ils sont, je peux ressentir ce qu’ils sont, m’identifier à leur trajectoire parce que je croise les points de vue, le mien, le leur, celui de leur entourage. C’est comme une mécanique instinctive, je sais où est la logique d’Angelo par exemple, comment il fonctionne, ce qu’il traverse, comment il doit réagir.

Comment s’est effectuée la préparation de ce personnage très physique ?
J’ai fait principalement du cardio-training, pour tenir le coup sur la longueur, du footing, des abdos et du combat. J’ai commencé environ dix mois avant le tournage du Scorpion (2006), avec un coach, Abdelkader Dahou, qui me suivait partout. C’est la seule condition que j’avais posée pour faire le film. J’avais un planning surchargé, je n’avais pas le temps d’aller dans une salle, il fallait quelqu’un qui soit présent et disponible à toute heure. Abdelkader m’entraînait quatre heures par jour où que je sois, quoique je fasse, six jours sur sept. Le dimanche, je le réservais à ma famille. Il m’a suivi sur le tournage des Brigades du Tigre, de Poltergay et du Serpent. Il m’entraînait à 6 heures du matin, juste avant que j’aille au maquillage des Brigades du Tigre, parfois à 2h du matin, pendant un raccord lumière sur Le Serpent qu’on tournait de nuit et, dès que j’avais un break, je faisais un footing. De son côté, Alain Figlarz me faisait répéter des chorégraphies que je devais retenir tout en apprenant les textes de mes autres films, pendant que Bertrand Amoussou m’enseignait les rudiments du free fight. Je n’avais plus une seconde de libre ! Et j’ai continué l’entraînement pendant les huit semaines de tournage de Scorpion (2006).

C’était éprouvant ?
J’ai eu mal tous les jours pendant un an. Certains matins, j’avais du mal à sortir de mon lit, je me demandais comment j’allais arriver à tourner toute une journée dans cet état. Rien que le fait de bouger était une douleur. Et puis j’avais peur de me faire exploser le nez et de ne plus pouvoir tourner. Je me suis pris des coups, il a fallu que j’apprenne à me dire qu’un K.O ce n’est pas grave... C’est drôle parce que je n’ai rien eu jusqu’au dernier jour de prises de vues et soudain, tout est sorti, les hématomes, les bosses, comme si mon corps s’était retenu. C’était très dur, mais je n’en regrette pas une minute. Je suis content de l’avoir fait, parce que c’est un beau film et parce que j’aime énormément les gens avec lesquels j’ai fait ce film, Cédric, Julien...

Etait-ce le rôle que vous attendiez, vous qui vouliez être boxeur ?
C’était en tout cas une façon de réaliser mon rêve de môme. Parce que je voulais être boxeur mais aussi parce que j’ai grandi avec Rocky et Raging Bull. On rêve d’avoir un rôle comme ça quand on devient acteur. Et lorsqu’un rôle comme Scorpion (2006) arrive, tu te dis que tu vas peut être avoir mal, tu vas peut être avoir peur, mais il faut que tu le fasses... Je pensais que c’était trop tard, j’allais sur mes 40 ans et après 40 ans...

Vous avez fait des recherches sur le free fight ?
On m’a montré des combats. Moi qui ai fait de la boxe et un peu de pied-poing, dès les premières images, je me suis dit : «Ce n’est pas du sport». Julien Séri, qui a pendant plusieurs années pratiqué une forme de karaté, où le perdant est désigné au KO, m’a dit : «Je te jure, c’est moins violent que la boxe». Je lui ai dit : «Les mecs sont en sang et ils continuent à se taper dessus». En pratiquant, j’ai compris : c’est un jeu d’échecs. En fait, tu es plus près de ton adversaire qu’à la boxe. La boxe, tu es à distance, donc quand tu envoies les coups, tu y mets tout le poids de ton corps. En free fight, comme tu es tout près, tu ne mets pas le poids du corps, tout est dans les gants. Tu prends des coups, donc ça fait mal, mais quand le mec est sur toi en train de t’envoyer des coups, toi tu travailles avec les pieds pour préparer une clé et le retourner. Parfois tu ne travailles que sur un doigt, comme au judo, à la manche, pour bloquer l’autre. C’est de la stratégie. Si ça saigne autant, c’est parce qu’il suffit d’un coup de coude pour t’ouvrir l’arcade sourcilière. C’est impressionnant quand on ne connaît pas, on croit que les gens vont mourir, qu’on a atteint le summum de la sauvagerie, alors qu’ils font de la lutte ancienne. Avec Bertrand Amoussou, j’ai appris à aimer le contact, à chercher des tactiques. C’est épuisant, le coeur fournit un effort en permanence, mais c’est passionnant.

Comment s’est déroulée la rencontre avec Jérôme Lebanner ?
Je le connaissais déjà pour l’avoir vu combattre. J’étais allé le voir à Bercy dans un combat qui a duré 30 secondes. Il a mis K.O. d’un coup de pied un mec de deux mètres qui faisait 100 kilos, ça m’avait scotché. Je l’avais appelé pour le féliciter. Quand on a commencé à répéter ensemble, il avait plus peur que moi, il avait peur de me faire mal et puis il n’avait jamais fait de cinéma, il avait une angoisse par rapport à ça. Je lui ai dit que je n’étais pas chiant, que je n’étais pas là pour lui faire des reproches ni pour me plaindre. On a très vite accroché . Contrairement à l’image qu’il donne, pour se protéger j’imagine, il a une connaissance de l’être humain incroyable ! Il te décode tout de suite.

Vous aviez de l’appréhension à la perspective de l’affronter?
Ah oui. Quand tu te prends un coup de coude de 120 kilos, tu as mal aux pieds ! Mais il était précautionneux, c’était un jeu tellement compliqué que, dès que je prenais un coup, j’essayais de ne pas trop le montrer pour ne pas qu’il se sente mal. De temps en temps, les larmes, au lieu de les laisser sortir, je les ravalais. Heureusement, quand je prenais un truc méchant, il y avait un kiné qui intervenait dans la seconde. Jérôme, lui, avait le bras cassé, il n’a rien dit pendant trois jours et pendant trois jours, on lui a tapé sur le bras en lui faisant : «Ça va Jérôme ?» et lui répondait : «Ouais, pas de problème». Il est incroyable.

Quel réalisateur est Julien Séri ?
Il a une qualité qui peut paraître évidente mais qui ne l’est pas, c’est l’enthousiasme. Même quand c’est compliqué, il rebondit en permanence, il positive tout. Il est très ouvert aux propositions, il n’est pas prétentieux. Julien se met derrière son film, il n’est pas là pour montrer qu’il est un bon réalisateur mais pour faire un film, preuve pour moi que c’est un très bon réalisateur. Il ne fait pas le malin, il travaille dur et il adore ça. Il fonctionne à la confiance aussi. Et il est toujours présent. Pendant toute ma préparation, il m’a appelé régulièrement pour savoir comment j’allais et il a pris de mes nouvelles auprès des entraîneurs. Il ne m’a jamais lâché. Je repartirai sur un film avec lui sans hésiter.

Vous avez vu le film terminé, qu’en pensez-vous ?
J’ai quand même été épaté, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi émouvant. Je savais qu’il serait bien parce que Julien Séri a du talent, mais je pensais que ce serait plus axé sur l’action, les combats. Je suis content qu’il y ait cette qualité d’émotion dans ce genre de film, ce n’est pas fréquent dans le cinéma français. Je le trouve universel Scorpion (2006), parce qu’il est très près des gens. C’est un beau film. J’en suis très fier.

Entretien avec Clovis Cornillac
Extrait tiré du dossier de presse

   


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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Personnalités : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9


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