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Emma
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Entretien avec Valeria Bruni-Tedeschi
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5x2 est construit sur cinq moments de la vie d’un couple, Marion et Gilles, que nous découvrons à rebours. Que représentent pour vous ces cinq périodes ?
Ce sont les différentes étapes qui constituent toute histoire amoureuse. À chaque fois, j’avais l’impression que François arrivait à nous faire pointer du doigt le cœur de ces étapes : le cœur de ce qu’est une rencontre, un mariage, avoir des enfants, se séparer... Stéphane Freiss et moi incarnons des personnages humains et concrets mais nous sommes aussi des archétypes. Lui, c’est l’Homme, et moi, la Femme.

Comment aborde-t-on un personnage qui est aussi un archétype ?
Ça aurait pu me faire sentir abstraite parce que c’est vrai qu’on n’avait pas beaucoup de détails sur leur vie et leur passé. Mais j’avais vraiment l’impression qu’on incarnait l’Homme et la Femme, dans toute leur beauté et leurs mesquineries aussi. Je me sentais un peu dans un travail d’épuration, de pureté. François m’a demandé de me transformer, physiquement et psychologiquement. Comme si, à chaque fois, il fallait jouer quelques notes seulement.

Comment s’est passée la rencontre avec François Ozon ?
Il m’a seulement dit : “J’ai envie de te proposer mon film, mais je veux te demander si tu es d’accord pour être belle. C’est la condition.” C’était un peu bizarre et cru comme question, mais ça m’a plu. Être belle, c’est surtout se permettre d’être belle. C’est une façon de ne pas se cacher, de ne pas avoir honte, de lever la tête, de se tenir droite et d’avancer. Jusque-là, j’avais souvent joué des personnages qui avaient une tendance à se sentir victime de leurs névroses ou d’hommes méchants. François m’a enlevé cette béquille. Je n’étais plus une victime mais une femme, avec des besoins humains et normaux, et aussi un grand appétit de bonheur. J’ai ressenti ça très fortement dès les quelques pages que François nous a données au départ. C’est ça qui m’a vraiment donné envie de faire le film. La dynamique du personnage coïncidait avec ce que j’avais envie de vivre dans mon travail et ma vie à ce moment-là. Il y avait une musique qui correspondait à ce que je voulais entendre. J’avais envie de faire le film comme Marion a envie d’être heureuse.

Aviez-vous également de l’appréhension ?
Oui, ça fait peur parce que c’est nouveau, qu’on n’a pas l’habitude. Mais 5x2 fait partie des films que j’ai acceptés sans hésiter. J’aurais pu me dire que François me trouvait moche s’il me demandait de maigrir ou de me teindre en blonde. Et bien non, parce que je me sentais regardée avec amour. Il avait un regard qui me faisait me sentir “juste”. Je sentais que même mes défauts étaient intéressants, et que mes émotions étaient les bienvenues. On me donnait ma place. Ce n’est pas que la place était plus grande ou plus petite. C’est simplement que c’était la mienne et elle était juste pour ce personnage, ce film-là. François a une façon esthétique de filmer la réalité sans que ce soit superficiel. Je trouve ça intéressant. J’aime beaucoup ses cadres. Quand j’avais vu SOUS LE SABLE, je cherchais un cadreur et un chef-opérateur pour mon propre film et j’ai tout de suite voulu contacter celui de son film. Le problème c’est que le cadreur c’était lui ! D’habitude, je ne suis pas spécialement quelqu’un qui pense au cadre, mais les siens m’émeuvent en tant que spectatrice. Et, en tant qu’actrice, je me sentais bien cadrée, comme à l’intérieur d’un tableau.

Est-il très directif ou vous laisse-t-il trouver vous-même la place à occuper dans l’espace ?
Les deux. Il nous laisse venir, trouver nos mouvements et nos endroits, notre rythme. Mais il doit aussi trouver le sien. On s’adapte l’un à l’autre sans jamais se sentir contraint.

Aviez-vous vu ses autres films ?
Oui, c’était un réalisateur qui m’intéressait. Je trouve courageux et téméraire qu’il fasse des choses si différentes à chaque fois. J’aime son travail avec les acteurs, comment sa caméra se pose sur les gens. Il a permis à Charlotte Rampling d’exprimer beaucoup de profondeur et d’humanité. Je m’identifie vraiment à elle dans les films de François.

Et l’idée des chansons italiennes qui ponctuent le film ? Avez-vous pris cela pour un hommage à vos racines ?
Pas vraiment, je n’ai pas cette prétention-là ! Il y a quelque chose de romantique, de kitsch et d’ironique parfois dans ces chansons italiennes. Ça donne de l’humour au film, c’est encore une autre clé pour le regarder. Et puis il y a aussi de l’espoir dans ces chansons italiennes, l’envie d’aimer, d’être aimé. Cette volonté d’amour et cette naïveté étaient une autre raison pour moi d’accepter de tourner le film. Dès le début on sent que Gilles et Marion ne se sont pas mariés par opportunisme ou par ennui. On sent que, physiquement, ça a été bien entre eux, qu’ils ont été amoureux, que c’était un vrai couple avec des rêves. Ce n’est pas un couple cynique. Malgré les échecs, les expériences et les exemples négatifs, le film raconte que c’est bien de se jeter dans la folie et l’utopie de l’amour en croyant que ça va marcher. C’est le contraire des “histoires d’amour finissent mal”. C’est “les histoires d’amour commencent bien” !

Il y a eu cinq mois d’interruption entre le tournage de la première et la deuxième partie. Comment l’avez-vous vécu ?
Ça m’a permis de maigrir et de changer un peu physiquement. J’avais vraiment le temps pour travailler à être différente. Ce sont des modifications fortes que je n’aurais pas pu faire en deux mois. Mais j’ai quand même trouvé cette interruption un peu longue. J’avais peur de perdre mon personnage, de vivre autre chose, de partir ailleurs dans ma tête.

Avez-vous vu les premiers rushes avant de commencer le deuxième tournage ?
Non, je n’avais pas envie. Même si je faisais un travail physique, je ne le faisais pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Après avoir réalisé mon film et m’être vue sur une table de montage quatre mois dans tous les sens, je n’ai plus trop de problèmes avec les rushes, j’ai eu le temps de démystifier “moi-même” à l’écran ! Mais ça ne me sert pas de me voir.

Est-ce que François Ozon vous a demandé de voir et de vous inspirer de certains films ?
On a vu un bout du mariage de Meryl Streep dans VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER, et un extrait d’IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE avec De Niro et la danseuse dans la voiture. Mais François ne demandait pas vraiment qu’on les voie. Il n’y a pas de volontarisme de cet ordre chez lui. Ce n’est pas comme ça qu’il travaille. De mon côté, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pensé beaucoup aux femmes de Truffaut en général. Je trouve que ce sont les plus belles femmes du monde. Elles sont à la fois sexy et très réelles. Alors, parfois, je me disais que j’étais dans un film de François Truffaut !

C’était la première fois que vous retourniez à votre métier de comédienne après être passée à la réalisation. Avez-vous abordé le jeu différemment ?
Oui. Ça me donnait encore plus de plaisir qu’avant. J’appréciais le luxe d’être là “uniquement” pour jouer. Ma responsabilité d’actrice était à fuir chez les hommes. En même temps, je me sens un peu artificielle en disant cela. J’ai l’impression de dire des choses qu’il faut dire mais je n’en suis pas sûre. Surtout, je n’ai pas abordé mon travail de cette façon-là. Je ne me suis pas placée en théoricienne de l’amour, je me suis mise au service de l’histoire. Avec simplement cette idée que Marion est quelqu’un qui veut être heureuse. C’était ça, mes données. Quand vous avez vu le film, quelle a été votre réaction ? Le film m’a semblé plus sentimental et mélancolique que ce que je croyais. Moi, j’ai joué avec les sentiments, mais je ne pensais pas que François était lui aussi sentimental. En fait, il l’est tout autant et ce film, comme SOUS LE SABLE, dévoile ça de lui. toujours la même, mais la conscience du côté ludique de mon métier était encore plus grande. Et puis l’énergie de François est elle aussi tellement ludique et joyeuse...

Et jouer avec Stéphane Freiss ?
Sur le tournage, on est “tombés amis” comme on dirait “tomber amoureux”. Je l’aime beaucoup. On était heureux de se voir chaque matin. Quand on avait des problèmes, on s’en parlait, on essayait de s’aider. On avait déjà tourné ensemble dans un téléfilm d’Alain Tasma, il y a quelques années, mais on ne se connaissait pas. Sur 5x2, on a eu très vite une complicité, comme si on se connaissait depuis longtemps. Simplement en nous voyant marcher dans la rue, dans une voiture ou boire un café, on pouvait croire que nous étions un couple. Ou, en tout cas, deux personnes très très proches. C’est mystérieux, ces alchimies.

Est-ce pour cela que François Ozon vous a choisis pour incarner le couple de 5x2 ?
Je crois qu’il y avait effectivement une chose évidente quand on a fait les essais avec une scène extraite de SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE de Bergman. On devait jouer ce couple très en colère l’un contre l’autre mais qui est encore lié par le passé et l’amour. Ce couple est en guerre et en séparation et, malgré tout, on se dit : “Peut-être qu’ils ne devraient pas se séparer.” Et ça, c’est aussi vrai pour le début du film de François.

Gilles semble plus fragile que Marion. Pensez-vous que cela correspond à quelque chose du couple en général, à quelque chose de notre époque ?
J’ai du mal à répondre, je ne sais pas faire de généralités et je ne comprends rien au couple ! Dans mon expérience personnelle, peut-être qu’il y a plus de lâcheté de la part des hommes que de la part des femmes, plus de lâcheté et de difficultés à prendre des initiatives, à prendre le taureau par les cornes, à affronter des choses, à parler, à être présent quand il y a des problèmes. C’est vrai qu’il y a une sale tendance à fuir chez les hommes. En même temps, je me sens un peu artificielle en disant cela. J’ai l’impression de dire des choses qu’il faut dire mais je n’en suis pas sûre. Surtout, je n’ai pas abordé mon travail de cette façon-là. Je ne me suis pas placée en théoricienne de l’amour, je me suis mise au service de l’histoire. Avec simplement cette idée que Marion est quelqu’un qui veut être heureuse. C’était ça, mes données.

Quand vous avez vu le film, quelle a été votre réaction ?
Le film m’a semblé plus sentimental et mélancolique que ce que je croyais. Moi, j’ai joué avec les sentiments, mais je ne pensais pas que François était lui aussi sentimental. En fait, il l’est tout autant et ce film, comme SOUS LE SABLE, dévoile ça de lui.


Entretien avec Valeria Bruni-Tedeschi,
(extrait du dossier de presse du film)

   


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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

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