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Je crois que je l'aime

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Je crois que je l'aime
Entretien avec Pierre Jolivet et Simon Michael, réalisateur et auteur de 'Je crois que je l'aime'
207 lectures

Pierre Jolivet : Nous, je crois qu’on s’aime parce que...
Simon Michaël : Parce que ?
Pierre Jolivet : Parce que.
Simon Michaël : On est un vieux couple.
Pierre Jolivet : Un tandem.
Simon Michaël : C’est quoi, notre sixième film ?
Pierre Jolivet : On est en train d’écrire le septième.
Simon Michaël : Et c’est...
Pierre Jolivet : ...de mieux en mieux.
Simon Michaël : On perd moins de temps.
Pierre Jolivet : Je me suis souvent demandé si ce n’était pas par fainéantise que je continuais à travailler avec toi. Après tout, changeant de sujet et de genre à chaque fois, je devrais peut-être changer de scénariste. Et puis, non, ce n’est pas par fainéantise, c’est parce que c’est...
Simon Michaël : Formidable.
Pierre Jolivet : ...formidable. J’ai toujours comparé notre travail à un numéro de trapézistes : il faut avoir une confiance énorme dans celui qui vous rattrape.
Simon Michaël : C’est généralement toi qui te lances...
Pierre Jolivet : ...et toi qui me rattrapes.
Simon Michaël : Encore que l’inverse arrive aussi souvent.
Pierre Jolivet : Avec toi, je me permets des figures que je n’oserais avec personne d’autre.
Simon Michaël : On n’a pu écrire cette comédie sur l’amour que parce qu’à travers notre travail, on avait atteint un niveau de connaissance et de confiance réciproques qui nous permettait de traiter d’un sujet aussi personnel.
Pierre Jolivet : Plus précisément, de l’amour entre un homme de 43 ans et une femme de 38 ans.
Simon Michaël : En particulier, de la façon dont l’amour naissait.
Pierre Jolivet : Par moments, quand nous nous lançons dans l’écriture, nous avons le sentiment de...
Simon Michaël : ...véritablement mettre nos cerveaux en réseau, comme on le ferait de deux ordinateurs.
Pierre Jolivet : Encore qu’on soit très différent. Dans notre façon de vivre, dans notre parcours.
Simon Michaël : Au départ, les gens étaient très étonnés que je puisse travailler avec toi.
Pierre Jolivet : Quand on s’est vu pour la première fois, au moment de Fred, j’avais déjà rencontré plusieurs scénaristes...
Simon Michaël : Dix minutes après, on s’est dit : «Ça marche.»
Pierre Jolivet : Je t’ai demandé ce que tu pensais du scénario. Et à chacune de tes remarques, ça faisait tilt. «Il a raison. C’est vrai.»
Simon Michaël : Et voilà, c’était parti...
Pierre Jolivet : Donc, il en est des rencontres avec un scénariste comme il en est des histoires d’amour.
Simon Michaël : Ça marche ou ça ne marche pas.
Pierre Jolivet : Après, est-ce que ça tient ou pas ? Il se trouve que ça tient.
Simon Michaël : Et c’est vrai qu’on se voit...
Pierre Jolivet : ...plus souvent qu’on ne voit nos femmes respectives.
Simon Michaël : Et nos enfants.
Pierre Jolivet : On se voit pratiquement tous les jours.
Simon Michaël : Et ça fait onze ans que ça dure.
Pierre Jolivet : Mais on n’est pas lassé l’un de l’autre parce qu’on a à chaque fois une mission à remplir...
Simon Michaël : ...une nouvelle histoire à inventer, un film à écrire.
Pierre Jolivet : Avec Je crois que je l'aime (2006), j’avais envie de faire un film d’amour, parce que je n’en avais jamais fait...
Simon Michaël : ...et que sans doute tu te sentais assez mûr pour te lancer.
Pierre Jolivet : Et parler d’amour, ça fait presque aussi peur que l’amour lui-même... Mais je ne pouvais en parler qu’à travers un personnage de mon âge. Vivant maritalement depuis un certain temps, je n’ai plus fait la cour à une femme depuis près de vingt ans. D’une certaine façon, ça me manque, évidemment.
Simon Michaël : Et moi, presque pareil.
Pierre Jolivet : C’était donc une façon de revivre le début d’une histoire d’amour.
Simon Michaël : Le moment où on tombe amoureux.
Pierre Jolivet : Sauf qu’à quarante ans, l’âge de notre personnage, c’est extrêmement compliqué.
Simon Michaël : À partir de là, on va jouer l’immersion totale dans un univers qu’on ne connaît pas ou, pire encore, qu’on croit connaître.
Pierre Jolivet : Et c’est là ta grande force : dès qu’on travaille sur un sujet, tu te documentes comme un forcené.
Simon Michaël : Pour créer le personnage d’Elsa (Sandrine Bonnaire), on s’est retrouvé avec des piles de bouquins traitant des grands céramistes japonais...
Pierre Jolivet : ...pour en sortir peut-être dix phrases.
Simon Michaël : Mais ce sont ces dix phrases-là qui donnent de la texture à ce personnage.
Pierre Jolivet : Moi, je suis plutôt pas très bon là-dessus, c’est pourquoi je parlais d’entraînement de trapéziste : je sais que je vais pouvoir me lâcher sur la céramique parce que toi, tu auras forcément lu les deux ou trois bouquins fondamentaux sur le sujet.
Simon Michaël : On pourrait en dire autant sur l’espionnage et le renseignement. C’est un sujet qui nous passionne...
Pierre Jolivet : ...et sur lequel on revient souvent.
Simon Michaël : Je ne m’en suis jamais caché : jadis, j’ai appartenu à un régiment de parachutistes qui faisait du renseignement, j’ai aussi travaillé aux Renseignements Généraux, et c’est une de mes passions fondamentales.
Pierre Jolivet : Et comme on avait posé comme postulat que l’amour est toujours un mystère, Lucas...
Simon Michaël : ...Vincent Lindon...
Pierre Jolivet : ...va demander au détective privé de son entreprise...
Simon Michaël : ... François Berléand ...
Pierre Jolivet : ...de percer le mystère de cette jeune céramiste...
Simon Michaël : ...Sandrine.
Pierre Jolivet : C’est d’ailleurs cette quête qui nous a permis de construire le personnage de Vincent. «Pourquoi agit-il de la sorte ?»
Simon Michaël : Parce qu’il sort d’une histoire d’amour avec une fille qui était en fait une taupe implantée dans son entreprise par une société concurrente. D’où sa méfiance. Je connais bon nombre d’anciens de la DGSE, des RG ou de la DST qui sont aujourd’hui employés par de grandes entreprises. On leur demande parfois des choses surprenantes.
Pierre Jolivet : C’est d’ailleurs un des ressorts de cette comédie. Pour une «simple histoire d’amour», Lucas va mettre en oeuvre des moyens colossaux. Peut-être avec le secret espoir de trouver le défaut irrémédiable qui lui permettrait de fuir, de ne pas s’engager...
Simon Michaël : Le plus drôle, c’est qu’il tombe sur une femme, Elsa, qui n’a rien de spécial à cacher. Et ça, il ne peut pas le croire.
Pierre Jolivet : Ce qui le séduit d’autant plus et lui fait peur.
Simon Michaël : Comme à tous les hommes. Les femmes belles, qui réussissent et sont indépendantes...
Pierre Jolivet : ...sont celles qui les terrifient le plus.
Simon Michaël : Ce sont aussi, parfois, les plus solitaires.
Pierre Jolivet : Bien sûr ! Mais il fallait que tout ça reste vif, léger, dynamique. Dans le ton et le tempo d’une comédie.
Simon Michaël : Et la comédie, c’est avant tout le rythme.
Pierre Jolivet : Sans entrer trop avant dans la cuisine interne, disons que c’est cuisson-réduction, cuisson-réduction. À chaque version du scénario, on précise... et on réduit. À chaque lecture avec les acteurs, on précise... et on réduit. Au tournage, on réduit encore ; au montage, aussi.
Simon Michaël : Ce qui aide énormément, dès l’écriture, c’est que tu es un metteur en scène acteur. Tu joues tous les rôles. Tu sais jouer une ébauche de scène exactement dans le tempo de Vincent ou de Berléand...
Pierre Jolivet : Parce qu’on les connaît par coeur ! Avec Vincent, l’identification est totale. On sait comment il marche, on sait comment il parle. C’est un luxe et un plaisir formidable d’avoir avec soi un acteur de cette trempe. J’aime l’idée d’écrire pour une sorte de troupe d’acteurs qu’on connaît et qu’on aime. Berléand, aussi, c’est une sorte de constante qui remonte même à mon premier long. Un peu comme une drogue...
Simon Michaël : Au-delà du luxe, écrire des scènes pour les deux ensemble, c’est vrai que c’est presque une drogue. D’ailleurs, à l’écriture, on a un mal fou à arrêter les scènes avec eux. Pour un scénariste, François, c’est du caviar. Il n’y a que lui qui puisse dire avec un tel naturel et une telle duplicité : «J’ai travaillé sous Mitterrand.»
Pierre Jolivet : Question de ton... et de tempo. Du fait qu’elle soit auteur compositeur et interprète, Liane Foly aussi a une oreille monstrueuse et un sens inné du rythme. Dès les premières lectures du scénario, on sentait qu’elle avait en elle un disque dur qui enregistrait toutes les musiques des phrases. C’est aussi pourquoi elle peut prendre tous les accents.
Simon Michaël : Car d’entrée, on avait choisi d’en faire une Québécoise. Parce qu’il y a au Canada une culture du business à l’américaine...
Pierre Jolivet : ...et qu’on voulait faire de ce personnage une de ces tueuses comme on en trouve parfois dans le business nord-américain.
Simon Michaël : Une Américaine pur jus, ç’aurait été un peu «too much» - d’autant que Lucas avait déjà une ex-épouse américaine - mais une Française d’outre-Atlantique, avec cet accent si charmant c’était plutôt sympa pour cacher sa vraie nature.
Pierre Jolivet : Cela dit, il était certain que le film allait reposer en grande partie sur la comédienne qui allait incarner Elsa.
Simon Michaël : À la première écriture, on ne savait pas qui allait tenir le rôle.
Pierre Jolivet : Heureusement, Sandrine a très vite accepté - et c’est tout à son honneur - car la comédie très dialoguée, très rapide, était un schéma nouveau pour elle. Or, la comédie, ça ne plaisante pas. C’est d’une rigueur absolue. Et la grande question était : est-ce que ce ping-pong verbal entre les deux acteurs principaux allait fonctionner ?
Simon Michaël : En gros, elle devait courir aussi vite que Vincent.
Pierre Jolivet : Mais à sa manière à elle.
Simon Michaël : On a d’ailleurs beaucoup travaillé pour trouver la musique du personnage...
Pierre Jolivet : ...et ensuite l’affiner à Sandrine. La qualité de sa rencontre
avec Vincent et son talent naturel ont fait le reste. Après avoir trouvé la musique de ce couple il me fallait trouver la musique sur laquelle il allait danser. Je voulais éviter les
pièges du score habituel des comédies sentimentales et c’est pourquoi la rencontre avec le piano de Gonzales a été une aubaine.
Simon Michaël : Mais bien avant cela il a fallu affiner le scénario pour le chef décorateur.
Pierre Jolivet : Parce que les décors doivent s’adapter au film et le film au décor. Dans Je crois que je l'aime (2006) , ceux-ci ont une énorme importance : leurs appartements, son atelier, son bureau, tout ça racontait, définissait les personnages.
Simon Michaël : Au départ, on rêvait de construire en studio un énorme décor avec des bureaux à plusieurs étages, des jeux de miroirs, une immense verrière...
Pierre Jolivet : Un machin à un million d’euros.
Simon Michaël : Minimum. Rien que pour l’entreprise de Lucas.
Pierre Jolivet : Et il est vrai qu’Émile Ghigo, mon chef-déco depuis quelques films, intervient très directement, et de plus en plus tôt, dans le scénario.
Simon Michaël : C’est lui, par exemple, qui a eu l’idée de mettre la céramique sur le sol...
Pierre Jolivet : ...en ajoutant que c’est vue du bureau de Vincent au troisième étage qu’elle prendra tout son sens.
Simon Michaël : Idée formidable...
Pierre Jolivet : ...qu’il a eue après avoir trouvé le décor principal. Et cette phrase-là, je l’ai mise immédiatement dans la bouche de Sandrine. D’ailleurs, c’est ce qu’il y a pour moi de plus passionnant dans ce métier : en fait, avec le chef-opérateur, le décorateur, le scénariste, le chef monteur et bien entendu, les acteurs, on continue d’écrire le film ensemble.
Simon Michaël : À la limite, toi et moi, nous écrivons moins un scénario qu’un argument dramatique solidement charpenté et dialogué...
Pierre Jolivet : ...qui passera ensuite à la moulinette d’un groupe de gens bourrés de talent. Et tout ce que les autres apporteront, je le saisirai au passage.
Simon Michaël : Après quoi, tout le monde croira que c’est toi qui as pensé à tout.
Pierre Jolivet : Ce qui est faux, mais je me garderai bien de le dire.
Simon Michaël : Et moi, ça me simplifie la vie : si le film est réussi, je dis que c’est grâce à moi ; s’il ne l’est pas, je dis que c’est de ta faute.

Entretien avec Pierre Jolivet et Simon Michaël
Extrait tiré du dossier de presse

   


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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Personnalités : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9


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