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Tête de turc
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Entretien avec Ronit Elkabetz à propos de 'Tête de Turc'
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Qu’est-ce qui vous a décidée à tourner dans ce film ?
J’ai été happée par l’écriture de Pascal Elbé. Il a compris tous les enjeux de l’histoire qu’il raconte : aucun détail ne lui échappe. Il a mis une telle justesse et une telle énergie dans les situations et les différents univers qu’il dépeint que je me suis tout de suite sentie impliquée dans ce projet. Et puis, il y avait aussi la joie de partager cette histoire avec Roschdy Zem, Simon Abkarian que je retrouve et Pascal Elbé lui-même.
Qu’est-ce qui vous a touchée dans Tête de turc (2009) ?
L’engagement, le désarroi de gamins livrés à eux-mêmes qui n’ont ni présent, ni avenir, et le parcours d’une femme comme Sibel qui se bat pour rester debout et s’en sortir coûte que coûte.
En tant qu’Israélienne, est-ce que vous comprenez la violence des cités ?
Je comprends la douleur des enfants des cités. Quand on vit dans un environnement de pauvreté et qu’il n’y a plus d’espoir ou d’aide des pouvoirs publics, ces jeunes ne peuvent fonctionner qu’avec les seules armes à leur disposition : le «bizness» et la violence qui va avec. J’ai été très frappée par la phrase de Bora à sa mère : «Ça ne sert à rien de faire des études pour des gens comme nous.» A ce moment-là, je le gifle parce que cela heurte Sibel qui croit encore qu’il est possible de s’élever socialement et que cela la renvoie à l’absence d’espoir et d’avenir.
Comment pourriez-vous décrire votre personnage ?
C’est une femme prête à payer le prix fort pour s’arracher à sa condition – un vrai petit soldat en guerre contre la fatalité. Elle travaille douze heures par jour et élève seule ses enfants dans un environnement extrêmement violent. Du coup, elle est très dure avec ses deux garçons parce qu’elle ne veut pas les voir commettre les mêmes erreurs que les jeunes du quartier et qu’elle tient absolument à ce qu’ils aillent à l’école. Alors, forcément, lorsque Bora s’apprête à recevoir une médaille, elle comprend que c’est une chance unique de s’en sortir et d’obtenir des papiers – et rien ne peut plus l’arrêter.
Cela vous a étonnée qu’on vous propose le rôle d’une femme d’origine turque ?
Pascal n’a pas choisi ses comédiens en fonction de leurs origines : il a choisi des âmes en observant le visage de ses acteurs. Il était dans l’essentiel. En Israël, on est encore trop frileux sur ces questions-là, et il est difficile de confier le rôle d’un Sépharade à un Ashkénaze...
Le fait que Pascal et vous-même soyez tous deux comédiens et réalisateurs a-t-il renforcé votre complicité ?
Il est évident qu’un dialogue direct s’instaure entre les artistes qui sont à la fois devant et derrière la caméra. Pascal était constamment à l’écoute des acteurs. Comme il est lui-même comédien, on n’a pas eu besoin de répéter certaines choses... Avec lui, les échanges étaient généreux et très simples. J’ai eu beaucoup de plaisir à étudier le personnage de Sibel en partageant ce chemin avec Pascal.
Avez-vous facilement trouvé vos marques avec Samir Makhlouf qui joue votre fils ?
Oui. J’ai vite trouvé ma place de mère à ses côtés. Il y a chez lui un mélange délicat de force et de timidité. Il absorbe tout ce qui se passe autour de lui et il observe beaucoup. Il m’a plu. Je me suis rendu compte qu’on se ressemblait.
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