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Dialogue avec mon jardinier
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Dialogue avec mon jardinier

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Dialogue avec mon jardinier
Entretien avec Daniel Auteuil, le peintre qui 'Dialogue avec son jardinier'
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Connaissiez-vous Jean Becker avant Dialogue avec mon jardinier (2006) ?
Non. J’avais une tendresse particulière pour ses premiers films avec Belmondo : Un Nommé La Rocca, Echappement libre, Tendre Voyou... Mais on ne s’était jamais rencontrés. J’ai donc été surpris de recevoir le scénario de Dialogue avec mon jardinier (2006). À la lecture, j’ai été immédiatement touché par le personnage du jardinier. En fait, ce qui m’a décidé, c’est l’envie d’être copain avec ce jardinier ! Je trouvais le récit à la fois simple, émouvant, et complètement décalé par rapport à l’époque, par rapport à ce qui peut se faire en cinéma. C’était un projet atypique, un scénario gonflé, ambitieux. D’une certaine façon, il y avait, en plus de l’importance de la nature dans cette histoire, quelque chose d’harmonieux, d’apaisé, comme le récit d’une réconciliation, qui me faisait penser au film des frères Larrieu, Peindre ou faire l'amour.

N’avez-vous pas eu envie de jouer le jardinier ?
C’est vrai qu’à la lecture, c’était le beau rôle. Mais je savais que c’était Jean-Pierre qui allait le jouer et je trouvais que c’était une bonne idée ! Et puis, les rôles de clown blanc, c’est justement intéressant à travailler, parce que pas évidents. Enfin, j’avais quand même plus de facilités à me projeter dans le personnage du peintre que dans celui du jardinier. Sa vie, ses interrogations, ses relations amoureuses, ses maladresses avec sa fille, plein de choses me parlaient... Jusqu’à cette espèce de fantasme d’aller s’installer à la campagne - ou à la mer - ce que j’adorerais faire mais mon métier, contrairement au peintre, m’oblige à rester en permanence en contact avec les autres.

En quoi vous complétez-vous avec Jean-Pierre Darroussin ?
Je ne sais pas si on se complète, je pense qu’on est assez pareils. On est deux calmes, on est plutôt réservés, on sait où est notre place et ce qu’il faut faire pour que l’histoire des deux se raconte bien. Si on se complète, c’est qu’on est tous les deux dans la composition et qu’on a su établir une relation de travail, une complicité qui fait que le jeu de l’un répond au jeu de l’autre, que les choses s’emboîtent naturellement...

Qu’est-ce qui était pour vous le plus difficile dans ce film ? Apprendre le texte ? Trouver le ton ?
Tout ça à la fois. Et surtout rendre vivant les récits qu’on se fait l’un à l’autre. Il y a dans ce film quelque chose de très simple, de très fluide - cela tient aussi à l’environnement, à la nature, à la lumière - et, en même temps, une vraie construction intellectuelle, qui repose entièrement sur les dialogues, comme le titre du film l’indique. Et ça, ce n’est pas forcément évident. On a tourné six semaines quasiment dans les mêmes décors et la difficulté, pour notre imaginaire, c’était justement de se ressourcer, de se réinventer tous les jours. Heureusement, il y avait des scènes miraculeuses...

Lesquelles par exemple ?
Je pense aux scènes d’émotion. Quand se pose pour lui le rapport à sa maladie, et quand, moi, j’ai mes soucis. Les scènes où je commence à être plus généreux, plus adulte... Les scènes dans le jardin quand il est malade... La scène de pêche, c’était vraiment miraculeux. On est arrivés sur ce lac à 7h du matin, on a posé notre cul sur cette barque et on est restés jusqu’à 8h du soir, sans jamais en descendre, même pour aller pisser ! On ne s’est rendus compte de rien. C’était, pour nous deux, et pour notre relation, un moment vraiment particulier... Très vite aussi, sur le tournage, j’ai senti Jean-Pierre habité. Il est comme un diesel : il faut qu’il chauffe un peu d’abord mais alors, une fois qu’il est chauffé, il est incroyable... Ce n’était pas évident parce qu’il fallait à la fois ce côté populaire, un peu simple, et en même temps, ce jardinier est un philosophe. C’est un rôle balaise.

Le vôtre n’est pas mal non plus. Parce qu’il vous faut être en retrait, à l’écoute et, en même temps, donner chair à ce peintre pour qu’il existe face au jardinier, et pour que leurs échanges aient de la force, de la vie...
Pour la qualité d’écoute, il suffit de bien comprendre l’enjeu mystérieux, souterrain, de la situation. À partir du moment où on trouve bien le sens d’une scène, les regards, les gestes, les attitudes viennent presque sans qu’on y pense... Et puis surtout, cela repose aussi sur le partenaire. C’est là qu’on retrouve la complémentarité avec Jean-Pierre dont on parlait tout à l’heure. On était très ensemble. On se réconfortait, on s’entraînait, on jouait ensemble. Être à l’écoute, c’était d’autant plus facile que - je ne peux pas le dire autrement - j’avais confiance en cet acteur. J’avais envie de me laisser surprendre - et je n’ai pas été déçu ! Jean-Pierre a fait une composition tellement sensible, tellement subtile...

Vous, pour entrer dans le personnage du peintre, vous êtes-vous entraîné à peindre ?
J’avais quelques pressions mais... j’ai un peu frimé ! J’ai dit «j’ai préparé Van Gogh pendant dix mois avec Pialat, je peux faire un peintre d’aujourd’hui !». En plus, sur le tournage, le peintre dont on a utilisé les tableaux était là, mais bon, ce n’est pas toujours évident de peindre et de parler en même temps !

Qu’est-ce qui vous touche le plus chez le peintre ?
Je crois que ce qui me touche le plus - et à l’époque, mon père était encore là - c’est cet adulte qui va dans la maison de ses parents, la maison de son enfance et qui n’est, malgré tout, pas très loin du petit garçon qu’il était. Un vieil enfant ! J’aime beaucoup cette idée qu’il découvre les secrets de ses parents, qu’il réalise que son père aussi était doué pour la peinture mais qu’il n’a pas suivi son désir pour reprendre la pharmacie de ses parents. Ce qui nous touche, c’est comment on vit les rêves sacrifiés de ses parents, comment on est toujours rattrapé par son enfance... Ce rapport à l’enfance est quelque chose qui m’émeut toujours - presque plus que ce que les gens font de leur vie. L’autre chose qui m’a touché chez le peintre - je peux en parler librement puisque je ne suis pas créateur, et c’est un sujet qui m’a toujours interpelé - c’est son interrogation sur la différence qu’il y a entre le génie et le talent. Ce peintre, il a du talent mais il n’a pas de génie. Il le sait. Et quand on est un créateur - parce qu’il l’est quand même - il faut beaucoup d’humilité pour accepter ça... Enfin, il y a aussi ce rapport au jardin. C’est quelque chose qui me plaît. D’autant que, pour moi, il y a toujours sur les jardins le fantôme d’Ugolin et de ses oeillets qui flotte... Je suis incapable de m’occuper d’un jardin, mais j’y accorde beaucoup d’importance. Chez moi, en Corse, j’ai un beau jardin - dans lequel ma mère a laissé sa marque en y faisant pousser beaucoup de plantes qui vont grandir maintenant qu’elle n’est plus là. Et comme le personnage du film, j’ai de beaux dialogues avec... mon pépiniériste !

Pourriez-vous faire vôtre cette phrase du peintre lorsqu’il dit que «devant un tableau, il n’y a rien à expliquer, il faut juste ressentir» ?
Oui et non. Je me souviens quand j’avais 17, 18 ans au Théâtre du Chêne noir à Avignon, il y avait un peintre qui faisait les décors et on parlait d’art contemporain. J’avais ce complexe d’inculture et je lui disais «je ne comprends pas». Et il me répondait, «il n’y a rien à comprendre, il faut ressentir». C’est vrai, mais en même temps, j’ai eu la chance de visiter les Offices à Florence avec le conservateur qui m’a expliqué des tas de choses. J’ai pu voir la différence. Je trouve que c’est encore plus beau de savoir. Lorsqu’on a des clés, l’émotion est encore plus forte.

Comment expliquez-vous que le peintre soit touché à ce point par le jardinier ?
Il est touché par cette intelligence qu’il a de la vie, par cette espèce de philosophie naturelle, par la simplicité de sa vie et par sa pureté. C’est presque une oeuvre d’art, la vie de ce type. Cet ancien cheminot, avec ses rêves de jardin, avec sa femme, cet amour, ce respect... Sans doute il n’aurait pas eu envie de vivre cette vie-là, le peintre, mais il ne peut s’empêcher, dans sa banalité, de la trouver exemplaire. Il y a une force, une authenticité dans cette rigueur, dans ce parcours si droit...

Avez-vous ressenti le besoin, pendant la préparation ou le tournage, de revenir au livre de Henri Cueco ?
Non. Là, le scénario me suffisait, d’autant que Jean m’avait dit que le personnage du peintre avait été très développé par rapport au livre. Mais je n’en fais pas une question de principe parce que, par exemple, sur Quelques jours avec moi de Sautet, j’ai lu et relu le roman de Jean-François Josselin qui en était pourtant très loin. Pareil sur Le Deuxième souffle que je viens de tourner avec Alain Corneau. C’est sur le livre de José Giovanni que j’ai travaillé. J’ai dû le lire au moins quinze fois ! Il n’y a pas de règle. Là, sur Dialogue avec mon jardinier (2006) , c’était surtout sur la rencontre, sur les dialogues justement, qu’il fallait travailler.

Comment définiriez-vous Jean Becker sur un plateau ?
Contrairement aux apparences, ce n’est pas un mec facile ! Au fond, sous son air bonhomme et patelin, il a un moteur d’anxiété qu’il arrive assez bien à propager autour de lui ! C’est quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut et qui le veut vite. Il est à la fois brusque, impatient et tendre. Sa façon de travailler passe moins par les mots que par une mise en scène, une mise en place de la situation, une tension qu’il crée et qui vous oblige à aller au coeur de la scène, de donner le maximum... De filmer à deux caméras, ça augmente la tension, ça nécessite une concentration de chaque instant mais en même temps ça renforce les liens avec le partenaire : on est comme deux trapézistes accomplissant le même numéro et dépendant chacun l’un de l’autre... Mais il m’a épaté, Jean, parce qu’il nous a amenés à faire ce qu’il voulait, lui. Il a un vrai point de vue. C’est un véritable auteur. Et il est si à l’aise dans cet univers-là alors que c’est un vrai citadin. Il y a un campagnard contrarié en lui ! On en a un peu bavé au début, il n’a pas hésité à nous déstabiliser mais ça nous a soudés davantage, Jean-Pierre et moi. C’est aussi, je pense, qu’il n’était pas en situation de confort. Il était face à deux acteurs qu’il ne connaissait pas, avec lesquels il travaillait pour la première fois... Cela a beau être un film apaisé, ce n’était pas de tout repos de le faire ! Je suis toujours frappé - mais là, plus que d’habitude encore - par cette contradiction entre la douceur de l’environnement et de l’histoire, et la tension des acteurs qui ne se voit pas, par cette opposition entre ce qu’on ressent, nous, et ce qu’on fait ressentir aux autres. Entre ces tensions qui nous habitaient et cette harmonie, cette élégance, cette émotion qui existent à l’écran...

Entretien avec Daniel Auteuil
Extrait tiré du dossier de presse

   


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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Personnalités : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9


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