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Boris Bilinsky

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le 21 Septembre 1900  à Bendery, Russie
Décédé le 03 Février 1948 à Catane, Italie
De son vrai nom : Boris Konstantinovitch Bilinsky

Presque oublié de nos jours, Boris Bilinsky était un artiste reconnu de son vivant comme un maître du décor et du costume : « Dans l’illustration, les costumes, le placard, Boris Bilinsky s’est taillé rapidement en France une des plus belles places », lit-on par exemple dans Cinémagazine du 20 mai 1927. On le trouve cité et photographié au côté d’Alexandre Benois et d’Ivan Bilibine dans les programmes souvenirs qu’il illustre avec eux (on les appelait « les trois B ») et qui sont édités par l’Opéra russe à Paris, au début des années 1930.

Il naît le 21 septembre 1900 à Bendery (alors en Russie, près d’Odessa), où son père, Konstantin, officier supérieur, est alors en garnison. Il fréquente l’école des cadets, puis suit les cours à l’université. En 1920, les armées blanches défaites et son père tué, il quitte la Russie pour l’Allemagne, accompagné de sa mère et de ses trois sœurs. À Berlin, il étudie la décoration et travaille pour plusieurs « théâtres russes », notamment celui du cabaret Der Blaue Vogel (l’Oiseau bleu). En 1923, il rejoint Paris pour continuer ses études et s’intègre tout naturellement à la communauté des émigrés russes, parmi lesquels Léon Bakst (1866-1924), avec qui il étudie la peinture ; il continue, au début, de travailler pour le théâtre (la Chauve-Souris de Nikita Balieff, l’Arc-en-Ciel) et se lie d’amitié avec Georges Annenkov et Simon Lissim, mais, après avoir rencontré Ivan Mosjoukine, il entame, en 1924, une carrière riche et variée (décorateur, costumier, affichiste) pour le cinéma, dans l’équipe de Russes des studios Albatros, à Montreuil. Il reviendra à la décoration théâtrale, en 1930, par le biais de l’opéra. L’histoire d’Albatros et le rôle que Bilinsky y a joué ont été récemment redécouverts par le public, grâce à l’exposition tenue d’octobre à décembre 1995 au musée de l’Histoire vivante de Montreuil, et au livre de François Albera (Éditions Cinémathèque française / Mazzotta, 1995) qui l’accompagnait.

On peut suivre sa carrière dans la presse européenne dès 1921 : d’abord dans les journaux de l’émigration russe puis dans la presse française mais aussi allemande et italienne : il travaille en effet alternativement dans ces trois pays. Il publie d’autre part ses propres articles dans lesquels il expose ses conceptions personnelles sur la composition du décor, du costume et de l’affiche cinématographique.
Renouvelant et modernisant la tradition de Bakst, il dessine en 1924 des costumes pleins de fantaisie pour Le Lion des Mogols (1924) de Jean Epstein qui le font tout de suite remarquer ; l’affiche de ce film, dont il est également le créateur, remporte une médaille d’or à l’Exposition internationale des arts décoratifs à Paris en 1925.

En mai 1928, on annonce dans la presse que Bilinsky vient de fonder à Paris sa propre société de publicité cinématographique : Alboris. Il avait déjà imaginé des affiches qui étaient entre 1924 et 1927 parmi les toutes premières affiches cinématographiques vraiment modernes (la Cinémathèque française et la Bifi en conservent plus de 20) ; il est d’ailleurs reconnu par la presse des années trente comme « l’un des meilleurs¹» et « le plus célèbre des affichistes de cinéma² ». L’une des quatre affiches différentes qu’il dessine pour Metropolis (1926) de Fritz Lang, atteint l’enchère record de 122 000 F le 8 décembre 1989 à Drouot. En 1930 débute sa collaboration avec l’opéra russe : ses décors et ses costumes pour Rouslan et Ludmila, opéra de Glinka donné intégralement pour la première fois en France, font sensation, même s’ils sont parfois discutés ; dès lors, Boris Bilinsky ne cessera plus de travailler simultanément pour le cinéma et pour les différents ballets qui ont succédé aux Ballets russes de Diaghilev (Opéra russe à Paris, Ballets russes de Monte-Carlo, ballets d’Olga Spessivtzeva, de Bronislava Nijinska, etc.) À Paris, il exécute en 1934 la décoration du célèbre cabaret russe Sheherazade, rue de Liège.

En mai 1937, à Londres, dans le cadre des festivités données pour le couronnement des nouveaux souverains (George VI) on joue l’opéra Pelléas et Mélisande (Debussy) au Royal Opera de Covent Garden : les décors et les costumes sont de Boris Bilinsky.

Lorsque survient la guerre, il se présente aux autorités comme une foule de Russes émigrés, mais, âgé de trente-neuf ans et soutien de famille, son engagement dans l’armée française est refusé. Il part alors s’installer à Rome avec son épouse qui est de nationalité italienne. Durant toute la période de la guerre, il ne travaille à notre connaissance qu’en Italie, principalement pour la société de production Titanus film. Alors qu’il  séjourne à Paris avec sa femme pour un projet de film, sa maladie se déclare ; il rentre en Italie et meurt à Catane le 3 février 1948. Le 3 février 1956, la commune de Catane, sur l’initiative d’un groupe de ses amis, fait transférer sa tombe dans l’« allée des hommes illustres » de son cimetière ; le sculpteur Pietro Pappalardo est l’auteur du buste qui la surmonte.

De nombreuses expositions de ses dessins continueront d’être tenues en Italie (Galerie Capannina di Porfiri, Rome, 1955 ; Galerie Bowinkel, Capri, 1960), aux États-Unis (Leonard Hutton Galleries, New-York, 1975) et en France (mairie du 7e arrondissement, Paris, 1999). Beaucoup de ses travaux sont aujourd’hui conservés dans des musées à Paris (Bifi / musée du Cinéma), aux États-Unis (Metropolitan, Harvard Theatre Collection, Fine Arts Museums of San Francisco, McNay Art Museum, etc.), au Canada (University of Calgary), à Jérusalem (Israel Museum). Plus de 900 dessins sont répertoriés à ce jour ; plus de 500 sont conservés dans la collection familiale (dont de nombreuses maquettes de costumes pour des acteurs tels qu’Ivan Mosjoukine, Danielle Darrieux, Jacqueline Delubac ou Edwige Feuillère) ; environ 150 d’entre eux ne sont pas identifiés ; on n’a encore retrouvé aucune correspondance ni aucune note de travail : tout ce matériel a disparu en 1953 pendant le retour de la famille de Bilinsky en France, en même temps qu’un grand nombre de dessins et d’aquarelles. Beaucoup de ceux-ci sont réapparus brièvement dans une vente publique française en avril 1993.
La plus grande part des dessins de Bilinsky pour le ballet et l’opéra a été vendue en 1969 puis dispersée par leur acquéreur dès le début des années 1970, mais une dizaine d’entre eux fait encore partie de la très belle collection de Nikita D. Lobanov-Rostovsky, régulièrement exposée dans le monde entier.

Une autre partie de son œuvre, plus personnelle et très différente de ses commandes commerciales, illustre l’Apocalypse selon saint Jean en une trentaine d’aquarelles peintes durant les années de guerre et toutes fortement imprégnées des sentiments de tragédie et de mort.
Boris Bilinsky en destinait la version définitive (collection de la famille) à une exposition parisienne, mais sa mort ne permettra pas la réalisation de ce projet.

Si le cinéma était son travail et la peinture un talent, sa passion était la musique. Sa volonté d’allier la peinture, la musique et le cinéma trouvera son achèvement dans ses recherches entreprises dès la fin des années 1920 et visant à retranscrire certains morceaux de musique sous la forme de dessins animés en couleurs ; mais ceci, comme le dit Kipling, est une autre histoire.

Il faut noter que la notoriété qui fut en son temps celle de Bilinsky, alliée à l’absence pendant plus de cinquante ans de source d’information sûre ont contribué à répandre quelques erreurs : ainsi en est-il des décors de Sheherazade parfois attribués à tort à Bilinsky alors qu’ils furent dessinés par Ivan Lochakoff, autre grande figure de la décoration chez Albatros. Une affiche anonyme pour Metropolis (1926) a également été attribuée à Bilinsky dans l’ouvrage de référence Affiches de cinéma, trésors de la Bibliothèque nationale de France 1896-1960 (Stanislas Choko, Éditions de l’amateur, 1995) : la Bibliothèque nationale de France conserve bien l’une des quatre affiches que Bilinsky dessina pour Metropolis (1926) mais elle est très différente. À l’inverse, une maquette de décor collage pour le même film utilisée pour une affiche signée Bilinsky et d’ailleurs reproduite dans Zeitbilder (Berlin) en janvier 1928 est souvent attribuée à tort à Fritz Lang (voir Photomontage, Dawn Ades, Thames and Hudson, Londres 1976).
De nombreuses informations manquent encore, en particulier sur la période italienne : tous les renseignements à ce sujet seront les bienvenus (articles de presse, localisation de dessins, éléments biographiques, etc.)

René Clémenti-Bilinsky

¹. François Mazeline, « l’Affiche de cinéma – Boris Bilinsky », Cinéma, 1er août 1928.
². Lucie Derain, « les Affiches de cinéma – polychromie pour blancs et noirs », Arts et Métiers graphiques, n° 22, 15 mars 1931, p. 201-205.
Quelques infos sur Boris Bilinsky
Peintre affichiste, décorateur et costumier

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Titre de films : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Personnalités : A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9


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