|
|
Artistes > Quatre étoiles : Entretien avec André Manoukian
|
|
|
Comment êtes-vous arrivé sur le projet de QUATRE ÉTOILES ?
Il y a vingt-cinq ans, j'étudiais dans une école de jazz à Boston, la «Berkley School of Music», où j'ai fait la connaissance de Jean-Pierre Arquié. Depuis, il est devenu music supervisor et c'est lui qui m'a appelé. Il voulait une tonalité plutôt jazzy afin de donner un aspect un peu chic et glamour au film. Il a pensé à moi parce qu'il savait que mon univers était le jazz et qu'il connaissait mon travail avec Liane Foly et mes autres incursions dans la chanson.
Aviez-vous déjà fait des musiques de film ?
Oui, j'avais travaillé sur une comédie qui s'appelait LES TÉNORS, en 93. Je ne l'ai jamais vue et ce n'est pas un très bon souvenir... En fait, quand j'étais jeune, j'avais un studio d'enregistrement à Lyon avec mon associé, Philippe Viennet. Je faisais pas mal de musiques pour des publicités ou des films institutionnels. J'avais donc un rapport à l'image même si les sujets étaient moins excitants qu'Isabelle Carré !
Connaissiez-vous Christian Vincent ?
Pas du tout. J'avais seulement vu LA DISCRÈTE que j'avais énormément apprécié.
Sur quoi s'est-il basé pour vous dire oui ?
Il a écouté un album que j'ai fait pour une chanteuse qui s'appelle Malia, une jeune afro-anglaise qui est une sorte de Billie Holiday post-moderne. Le son lui a plu mais il a fallu que je fasse mes preuves !
Quel genre d'indications vous a-t-il donné ?
Lors de notre premier contact, il était plutôt école française naturaliste, du genre «je ne mets pas beaucoup de musique dans mes films.» Il m'a avoué qu'il était toujours réticent par rapport à la musique, qu'il fallait qu'il s'habitue... Au départ, il ne voulait qu'une quinzaine de minutes de musique. Chaque fois que je lui faisais écouter quelque chose, cela prenait du temps... Mais quand il n'aimait pas, il le disait tout de suite. Et puis, il y a une scène où personne ne m'avait demandé de musique, c'est celle où Isabelle et José dînent ensemble pour la première fois, quand elle essaie de le séduire en se faisant passer pour la fille d'un grand armateur grec et qu'il comprend qu'elle lui raconte n'importe quoi... Ce passage était tellement drôle et m'a tellement plu que j'ai construit quelque chose autour de ce dialogue, comme si c'était une chanson, en l'illustrant d'une manière un peu subtile, avec un léger suspense, un peu à la OCEAN'S ELEVEN ! J'aime bien les bandes son des films de Soderbergh, ce côté américain un peu funky et chic. Du coup, cela mettait une légère tension avec de l'humour et Christian a été très séduit. À partir de ce moment-là, j'avais pratiquement carte blanche et, à l'arrivée, il y a près de quarante-cinq minutes de musique !
À quel moment avez-vous commencé à travailler sur le film ?
En septembre 2005, dès que le film était monté.
En quoi le travail sur cette comédie vous intéressait-il ?
La couleur et la tonalité du film m'ont fait un peu fantasmer... Quand Isabelle descend l'escalier du Carlton avec sa petite robe, on dirait Grace Kelly ! Cela m'a fait penser à LA MAIN AU COLLET dont l'action se déroule aussi sur la Côte d'Azur... Et puis le côté léger du film, le fait que chacun essaie plus ou moins de berner l'autre, cela m'a rappelé les grands films américains des années 50, des films très classieux.
Vous êtes-vous inspiré de ces films-là pour la musique ?
Pas du tout. Jean-Pierre Arquié m'avait proposé de les revoir mais je n'ai pas voulu parce que, sur le coup, cela aurait été trop connoté. En revanche, je l'ai fait dans mon souvenir. Par exemple, il y a cette scène de la corniche où en sortant du Carlton, Stéphane emmène Franssou voir Cannes d'en haut. Là, je me suis dit que j'allais me la jouer un peu score à l'américaine ! C'est là que Christian m'a dit : «C'est la musique de mon film !» Tout d'un coup, ça lui a fait tilt. Cette musique avec des pizzicati de violon et cette tonalité un peu symphonique lui ont fait penser aux comédies américaines des années 50.
Combien de thèmes avez-vous composé ?
J'ai fait une trentaine de séquences musicales. Le thème d'Isabelle est souvent décliné. C'est notamment celui du générique. Une chanson a été tirée de ce thème, interprétée par Malia. On ne l'entend pas dans le film mais elle est disponible sur la b.o.
Le public vous connaît grâce à l'émission “Nouvelle Star” sur M6. Cela n'a pas été trop difficile de passer de l'univers de la télévision à celui du cinéma ?
Sur la “Nouvelle Star”, je fais mon métier de producteur-compositeur face à des caméras. Ce qui me plaît dans cette émission, c'est que je me suis mis à délirer avec des mots et des sensations. L'exercice consiste à juger des gens tout de suite. Il faut réagir face aux émotions que le candidat a créées avec les mots. À aucun moment, on ne parle de musique. On dit juste «ça le fait» ou «ça ne le fait pas»... Tout d'un coup, le cinéma m'apporte un langage d'intentions. En fait, la véritable différence est surtout entre un compositeur qui ne travaillait que sur des chansons et qui se retrouve à faire un thème qui ne va pas être chanté. Même si j'ai toujours fait des chansons dans l'univers du jazz avec des arrangements sophistiqués, l'approche n'est pas du tout la même. J'ai découvert les motifs, c'est-à-dire une mélodie beaucoup plus courte mais qui va être déclinée. Musicalement, c'était très intéressant.
Qui sont vos compositeurs de musique de films préférés?
Le plus grand, c'est Danny Elfman. Il a un savoir-faire exceptionnel mais aussi cet humour qui exprime une sorte d'insouciance et de détachement, avec une ambiguïté qui peut laisser passer beaucoup de sentiments. Ennio Morricone est un autre grand maître. Il a toujours su se renouveler. Et j'aime aussi Thomas Newman qui avait fait la musique d'AMERICAN BEAUTY. À base de zen, de percussions tibétaines, de silence... On est sur l'espace et le dépouillement, c'est un travail fantastique !
Après QUATRE ÉTOILES, vous avez travaillé sur JEAN-PHILIPPE de Laurent Tuel. C'est une nouvelle carrière qui s'offre à vous !
J'ai l'impression ! Quoi qu'il en soit, c'est vraiment une récompense pour un musicien. Beaucoup de gens m'avaient déjà encouragé à faire des musiques de film mais je n'en avais jamais vraiment eu l'occasion. Le hasard est revenu à travers mon ami de vingt-cinq ans... Mais, ça tombe bien, j'avais l'impression d'être au bout d'un système. J'ai découvert un champ d'expression beaucoup plus riche. Que ce soit avec Christian Vincent ou Laurent Tuel, c'était assez génial. Au cinéma, le danger est de trop écouter la musique par rapport à ce qui est dit. Il faut adopter un ton. C'est un art total...
Entretien avec André Manoukian, compositeur du film 'Quatre étoiles'
(extrait du dossier de presse)
|
|
|
|
|
Nouvelles fiches :
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Liste des titres Cinéma TV DVD par ordre alphabétique :
A
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
Z
0-9
Liste des personnalités Cinéma TV DVD par ordre alphabétique :
A
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
Z
0-9
Tous les logos et marques sont des Propriétés respectives. Les commentaires sont la propriété respective de ceux qui les postent.
Les images et les textes illustrant les fiches films, artistes, articles ou festivals ne sont destinées qu'à apporter une information textuelle ou visuelle complémentaire
aux autres données du site. Leur utilisation est réservée au cadre familial et scolaire. Toute utilisation commerciale ou en dehors des limites de ce cadre
est strictement interdit.
Les photos, les affiches et les textes sont la propriété des leurs ayants-droits respectifs mais
souvent la recherche de ceux-ci est très difficile. Si néanmoins, vous souhaitez que nous retirions un ou plusieurs éléments dont vous êtes ayant-droit, sur simple demande
par courrier ( voir nos coordonnées) ou par le Formulaire de contact,
nous retirerons dans les 48 heures les éléments en questions.
|
|