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Festivals


20e Festival du Film Fantastique de Gérardmer (30/01-03/02/2013)
« Hasta el Viento Tiene Miedo »


par Camille Moreau pour CinEmotions.com. le 21/02/2013 15:11
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Gérardmer 2013J'arrivais à Gérardmer pour la 20e édition du Festival du Film Fantastique comme si l'on m'offrait des vacances à Poudlard. Un grand lac borde les montagnes et, toujours en voiture, le nez collé à la vitre (alors même que je conduisais), je m'imaginais facilement le franchir sur une barque éclairée par une torche fumante un soir de pleine lune. Gérardmer n'a pas l'air réel, ce serait plutôt un village étrange à la « Twin Peaks » où l'horizon se perd dans une immense forêt de sapins. La nuit tombe à peine et l'on se surprend à sursauter au moindre bruit alors qu'au coin d'une rue un homme titubant semble se transformer dans sa marche en zombie. Inquiétant. Si je commence par m'étaler dans cette longue description atmosphérique, c'est pour mieux rendre compte de l'immersion totale que j'ai pu ressentir durant les cinq journées de ce festival. Les correspondances entre les films se sont imprimées dans mon imaginaire et se mirent à déteindre sur cette ville qui m'a semblée devenir fantôme. Et ainsi, en un tour de passe-passe, le festival s'imagina être lui-même le film dont j'aimerais ici vous faire partager l'expérience.

Sur la quarantaine de films au programme, j'en aurais vu la moitié. Première fois dans les Vosges, j'étais émerveillé par la cohérence de la sélection, tant les films semblaient dialoguer entre eux. Peut-être était-ce de la poudre aux yeux, puisque les habitués du festival, eux, paraissaient déçus de la sélection de ce 20e anniversaire, comme le montre les applaudissements du public au coup de gueule de Christophe Lambert, président du jury, lors de la soirée de clôture (à voir ici: http://www.youtube.com/watch?v=9juOuk7-CP0). Pourtant, en compétition, la barre était haute avec « Mama » et « Berberian Sound Studio » qui ont raflé la quasi-totalité des prix : Grand Prix, Prix du Public et Prix du Jury Jeunes pour « Mama » face au Prix de la Critique et du Jury pour « Berberian Sound Studio ». Dans les oubliés du palmarès, il y avait aussi l'étonnant « The Crack », l'hypnotique « House of Last Things » et le jouissif « You're Next » (Prix du Jury SyFy). Quelques pépites hors-compétition : « Citadel », « Grabbers », « V/H/S », « Room 237 » et « Doomsday Book ». Et pour finir deux hommages, le premier à l'acteur déjanté de « Spaced » et « Shawn of the Dead » : Simon Pegg, et le second, plus que nécessaire, au « duc de l'horreur mexicaine » : Carlos Enrique Taboada, à travers quatre films qui étaient restés, jusque-là, oubliés (rattrapage prévu dans l'année à la Cinémathèque Française).


Jeudi - Slice & Dice / Carlos Enrique Taboada / Citadel

Tout a commencé par une succession d'échecs : la soirée d'ouverture était complète et je n'ai pu assister qu'à la séance de « Shaun of the Dead », vu, revu et re-revu (mais toujours avec autant de plaisir). Rempli d'espoir, je me rendais le lendemain matin au Paradiso pour une séance documentaire : « Slice & Dice : The Slasher Film Forever » que je ne considère pas comme un film mais plutôt comme le mauvais bonus d'un dvd cheap édité par TF1 et revendu moins d'un euro sur eBay. Comment peut-on aimer un genre, au point d'en faire un documentaire entier, si c'est pour se contenter de le regarder en surface ? Pourquoi passer une demi-heure à dire que pour survivre dans un slasher, il ne faut ni boire, ni fumer, ni baiser ? Quinze ans après « Scream », le réalisateur répète ce qu'il a vu et entendu à notre plus grande tristesse.

Veneno Para las HadasPour relever le niveau, j'ai décidé de me concentrer sur des classiques qui m'étaient encore inconnus. C'est l'hommage à Carlos Enrique Taboada, un réalisateur mexicain, avec sa tétralogie de l'épouvante. Quatre films qui se ressemblent tant dans les thèmes qu'ils abordent (les fantômes, l'autorité), dans les personnages qu'ils présentent (un groupe de jeunes filles) que dans leur esthétique même (entre le gothique pastel et le soap télévisuel). La mise en scène de Taboada est très subtile, dépouillant au maximum ses intrigues pour mieux nous renvoyer à nos propres démons. Ce sont des histoires de fantômes, mais surtout des récits d'initiation. Un patchwork des quatre films donnerait très facilement un « Suspiria ». La différence majeure se révèle dans les fins, toujours abruptes, coupant le film là où on ne l'attendait pas. Ces fins surtout, sont toujours remplies d'un pessimisme incroyable, c'est une fuite sans victoire dans « Mas Negro que la Noche » ou une grange en feu dans « Veneno Para las Hadas ». Si dans « Suspiria », Jessica Harper sortait de l'école de danse en rigolant, achevant son initiation par l'absurde, la gamine de « Veneno Para las Hadas » reste elle figée, glaciale devant la violence de son acte, esquissant un sourire de diablesse. Entre-temps, la sorcière a changé de côté. S'il ne fallait en garder qu'un, ce serait celui-là, « Veneno Para las Hadas », qui combine une poésie de l'enfance et un cynisme incroyable. Suite à ces films, j'étais d'un coup rassuré par la qualité de ce festival, tout en m'étonnant du vide qui comblait les séances des Taboada. Où était donc parti le public ? Il est vrai que la violence de la pluie en découragerait plus d'un, surtout qu'à chaque séance il faut passer les barrières, faire la queue, attendre sous des barnums mal placés, laissant passer de grandes rafales de vent. Les salles deviennent un graal.

Tout amateur de films d'horreur a un fardeau à porter, le manque de frissons. C'est la peur que nous ont procuré certains films qui nous pousse à répéter inlassablement l'expérience en salle ou chez nous, le plus souvent en vain, car à force, l'on se croirait des bêtes sans âme, moins sensibles qu'une poule devant les giclées d'hémoglobine. De vrais chevaliers qui n'ont plus peur de rien. Mais de temps en temps, il y a des films qui nous rappellent ce que c'est réellement d'avoir peur, « Citadel » de Ciaran Foy en fait partie. La peur mise en scène dans « Citadel » relève de l'oppression constante, d'un enfermement sans fin. Tommy a vu sa femme enceinte se faire assassiner devant lui par une bande de gamins cachés sous leurs cagoules. L'enfant a survécu mais Tommy souffre depuis d'agoraphobie, c'est-à-dire qu'il n'arrive plus à sortir de chez lui, il barricade sa maison. Deux personnes l'influencent, une infirmière qui cherche à le soigner et un prêtre mystique qui lui propose de combattre le mal. D'un côté la pure et simple maladie, et de l'autre la guerre apocalyptique. Aneurin Barnard qui joue Tommy livre une performance exceptionnelle, toujours tête baissée et tremblotant, qui rappelle celle de Michael Shannon dans « Take Shelter ». D'autres liens se créent entre les deux films puisqu'un parfum de fin du monde englobe « Citadel », dont les plans d'une glaceur sans nom jouent sans cesse entre paranoïa et réalité. Pour conclure, précisons que ces jeunes gamins monstrueux auront été les « méchants » les plus effrayants du festival, loin devant les fantômes et les créatures sorties de la forêt. Comme quoi, l'effet d'une simple capuche est impressionnant.

CitadelCitadel (2012) de Ciaran Foy avec Aneurin Barnard


Vendredi - The Complex / Room 237 / The Bay-VHS / You're Next / Les Trailers de la Peur

« The Complex », le dernier Hideo Nakata (« The Ring », « Dark Water ») servait d'ouverture. Le film n'était pas si complexe que ça mais la séance, elle, était complète. Rattrapé deux jours plus tard, et de bon matin, c'est clairement la plus grosse déception de ce festival. Sorti de la salle, je regrettais de m'être levé, d'autant plus qu'à Gérardmer, les heures de sommeil sont précieuses puisqu'elles se comptent sur les doigts d'une seule main. Alors l'histoire en bref, Asuka vient de déménager au dernier étage d'un immeuble et entend des bruits étranges venant de l'appartement voisin. Ces bruits sont ceux du fantôme d'un grand-père qui la hante. L'apparition de ce grand-père reflète très bien le film, plus drôle qu'effrayant, comme le sera toute la dernière partie, à base de rite satanique commencé puis oublié, et de jeux de cache-cache dans les poubelles. Pour me consoler, je pris mon petit-déjeuner à la boulangerie : un croissant plus rond qu'une bouche en cul de poule. Décidément, cette ville est bizarre.

Room 237En pestant avec mon croissant rond sur la route du Cinéma du Lac, une salle pas vraiment chaleureuse aux sièges maudits, je n'imaginais pas que je verrais l'antithèse parfaite à « Slice & Dice », un autre documentaire qui, cette fois-ci, était passionnant, et qui prouve que l'interprétation (ou la sur-interprétation) d'un film passe par le décorticage minutieux des plans qui le composent. C'est « Room 237 ». Les petites incohérences du « Shining » de Stanley Kubrick sont-elles une coïncidence ? Un plan étage par étage de l'Overlook Hotel prouve l'incohérence de son architecture. Kubrick, le perfectionniste, ne s'en serait pas aperçu ? « Room 237 » propose ainsi différentes visions du film, brillantes ou farfelues, vérités ou spéculations. Les plus fascinantes demeurent celle de la dénonciation du génocide indien, celle des violences exercées à l'encontre de Danny qui explorerait dès lors, à travers les différentes pièces de l'hôtel, la psyché de ses parents, mais aussi celle de la participation de Kubrick aux prises en studio de la mission Apollo 11. Reliant les différentes théories entre elles, on peut du moins affirmer que « Shining » est un film sur le traumatisme d'un passé qui nous rattrape, à l'image de cette ouverture magistrale où la caméra, survolant de manière hypnotique les montagnes, poursuit la voiture de Jack Nicholson. Une dernière fois, à l'inverse de « Slice & Dice », « Room 237 » démontre que l'excellence d'un film tient avant tout des différentes pistes de lecture qu'il propose. En essayant d'oublier la pluie, nous nous dirigions avec mes comparses vers le Cinéma du Casino pour voir « The Bay », film recalé de la veille. Au final, l'acharnement n'était peut-être pas si nécessaire.

V/H/SClassique du genre, le found-footage était une étape obligatoire de ce festival, à travers deux films que tout oppose : « V/H/S » et « The Bay ». Un bon et un mauvais exemple du dispositif qui a envahi nos salles depuis le « Projet Blair Witch ». Six réalisateurs au total pour « V/H/S » face à un seul pour « The Bay ». Rien qu'en disant cela, « V/H/S » me paraît plus cohérent que « The Bay », qui aurait mérité le prix du plus mauvais film du festival s'il existait (précisons que ce dernier était en compétition). Dans « The Bay », une bactérie non-identifiée contamine la baie du Maryland, bien entendu, l'Etat empêche l'information de circuler pour éviter les mouvements de panique et tout le monde finit par y passer. Malheureusement pour nous, une jeune journaliste décide de monter toutes sortes d'images amateurs pour nous révéler la vérité sur cette journée apocalyptique. Première erreur : la voici devant son ordinateur à nous expliquer tout cela, sanglotante. Nous ne savons et ne saurons pas pourquoi elle a survécu, peut-être n'avait-elle pas soif ce jour-là. De plus, sa voix en off commente souvent les images, précisant des « Quand je revois cette vidéo cela me rend triste » pour mieux guider pathétiquement les spectateurs. 2e erreur : le found-footage a ses limites, c'est ce que prouvera avec intelligence « V/H/S », et, à l'heure où les tweets s'affichent en direct sur les plateaux de télé, le réalisateur a trouvé bon de multiplier les sources d'information : caméras amateurs, de surveillance, mais aussi conversations sur Skype, ou, pire encore, par sms. Barry Levinson (« Rain Man », « Sphere ») n'a plus de limites et s'enfonce ainsi dans le ridicule avec ce texto désormais mythique : « Amy ?! AMY?! ». En revanche, « V/H/S » est une véritable pépite, d'ailleurs une suite est déjà en préparation : « S-V/H/S ». Tout commence dans une atmosphère nihiliste, où une bande de jeunes tape et tagge, détruisant tout sur son passage. Le film enchaîne ensuite différentes bandes VHS, sans liens les unes avec les autres, chaque segment étant réalisé par un réalisateur différent. La force du film est justement cette absence de lien entre les parties, ce nihilisme formel qui accepte la pluralité des images, il n'y a plus rien à comprendre, juste l'horreur à vivre en direct. Rempli d'humour, « V/H/S » semble également se moquer de cette vague d'horreur en found-footage à laquelle il appartient, puisque la désuétude des cassettes vidéos affirme en 2012 que le procédé n'est pas nouveau.

You're NextAmateurs de slashers approchez, et préparez-vous à un spectacle grand- guignol où vous pourrez lâcher vos pulsions et crier votre désir de mort. Je ne vous mens pas, la salle du MCL était en furie pendant cette séance de « You're Next ». Pourtant je n'attendais plus rien d'un film dans ce cinéma où les agents d'accueil sont aussi agréables qu'un coup de couteau dans le ventre. Des cris de loups garous accompagnent la bande-annonce du festival et annoncent le délire que ce film s'apprête à nous faire vivre. Une famille de bourgeois se réunit dans la nouvelle propriété quelque peu isolée des parents et subit l'attaque d'un groupe de psychopathes grimés de masques d'animaux. Heureusement (ou pas) pour eux, la nouvelle compagne d'un des fils, Erin, se révèle être une combattante de premier ordre. Dès le premier coup de couteau d'Erin, la salle se mit à hurler et elle allait applaudir de plus en plus au fur à mesure que la famille se fait décimer. Quoi de plus efficace qu'une bonne tuerie entre frères et sœurs ? Le film reprend simplement les codes du slasher mais les applique avec une générosité qui fait hurler de plaisir, comme en témoigne la fin qui porte le coup de grâce que tout le monde attendait. De l'acharnement au tournevis jusqu'à la tête broyée au mixeur, notre Erin n'a peur de rien. Elle porte le flambeau des survival-girls, à l'instar d'une Jamie Lee Curtis dans « Halloween », à la différence près qu'Erin n'a rien d'une sainte, elle est tout de suite présentée comme dominante dans son couple, forçant son compagnon à acheter du whisky. Elle n'est pas épargnée pour sa bonté d'âme mais bien parce qu'elle est la plus forte, élevée au cœur de la forêt dans un camp de survie. Avec tout ça, j'eus quelques idées pour menacer les agents du MCL.

Présentée par l'équipe de Mad Movies, la soirée de bandes annonces intitulée « Les Trailers de la Peur » était tout aussi bouillante que la séance de « You're Next ». 50 ans d'histoire du cinéma fantastique, des pires films de série B jusqu'à « Terminator 2 », et en 35 mm, s'il vous plaît. L'avantage des bandes annonces c'est que toutes les deux minutes la salle applaudit, garantissant le spectacle. Les noms de Mario Bava ou des Goblin amenaient le public en transe. Nous étions toujours plus désireux de voir ou revoir ces films-bis dont nous regardions les extraits : « Yor », « le Chasseur du Futur », « Jack Burton », « Modesty Blaise », « Santo contre le Trésor de Dracula » ou encore « Highlander » et « Hellraiser ». La soirée fut donc, grâce à ces deux séances, hilarante. Un vrai remède contre le désespoir de plus en plus marqué par le mauvais temps qui nous accompagnait, inlassable, depuis le début du festival.


Samedi – The Crack / The Forest / Conférence / Berberian Sound Studio / La Maison au bout de la rue

The CrackMa surprise au réveil fut immense. Finies les pluies torrentielles, enfin, il neigeait. Voilà qui était de bon augure pour une journée qui allait commencer par ma plus grosse surprise du festival, mon coup de cœur : « The Crack » du colombien Alfonso Acosta, qui semble n'avoir plu à personne. Peut-être parce que ce n'était pas un film fantastique, du moins à son premier degré. Plus subtil, plus malsain et au final bien plus violent que tous les autres, ce film avait bel et bien sa place dans la compétition officielle (au grand dam de Christophe Lambert). C'est l'histoire d'une famille qui part s'isoler à la campagne pour faire le deuil de la cadette, Marcela, retrouvée morte au lendemain d'une soirée trop arrosée. Nous suivons le récit du point de vue de l'adolescent, jusque-là inséparable de sa sœur, et devenu donc plus dépressif que jamais. La famille est composée de sa mère, muette et toujours en retrait, de sa tante, beaucoup plus bonne que la plus bonne de tes copines, de son obsédé de grand-frère et des petits, deux jumeaux à la recherche de la sorcière qui régnerait dans les bois. La composition de la famille donne déjà quelques pistes : les jumeaux nous prouvent que ce film est schizophrène et que ces personnages sont doubles : la mère et la tante face aux deux frères. Des deux côtés l'on perçoit une jalousie de plus en plus pesante. Au fur et à mesure que le film avance, et que les choses s'enveniment, on comprend pourquoi il relève du fantastique. Une véritable histoire de fantômes. Ce jeune berger, toujours accompagné de son chien noir, et qui joue chaque jour avec les jumeaux, semble venir de nulle part. Et les rapports, forcément incestueux, entre les frères et leur tante, correspondent à ceux, non-dits, qui existaient entre ces derniers et leur sœur. La tante devient ainsi le fantôme de la défunte sœur, objet de désir dans ce cocon masculin où le père a disparu, laissant ainsi exploser les jalousies familiales. Crescendo, le film a pourtant ennuyé le public, qui, visiblement, avait d'autres attentes. Le meurtre final de « The Crack » est le plus éprouvant que j'ai pu voir ces dernières années en salle, et lorsque la rangée devant moi se mit à applaudir en gémissant un « enfin » comme si l'on regardait un slasher, une terrible nausée s'empara de moi. Derrière sa simplicité, « The Crack » était pourtant, avec « Citadel », le film le plus intense du festival. Et il s'y inscrivait d'autant plus qu'il aborde les thèmes principaux de cette 20e sélection, soit les 3F : la famille, les fantômes et la forêt.

Comme c'est une bonne journée je ne parlerai pas beaucoup de « The Forest » de Darren Lynn Bousman que j'ai vu juste après dans la même salle, celle du Casino. De loin, le meilleur cinéma de la ville. Mais ma fidélité n'y fait rien, je devais tout de même ressortir et faire la queue pour revenir dans la salle. « The Forest » est un film raté, l'histoire d'un père, interprété par le vampire ténébreux de « True Blood », qui amène sa famille en camping dans la forêt. Petit à petit, le père pète les plombs et divise la famille qui se demande si ce dernier n'est pas devenu le démon en question. Le seul intérêt de ce film est l'actrice qui interprète l'adolescente en pleine crise, la délicieuse Allie Mac Donald que l'on retrouvera ce soir dans un petit rôle de « La Maison au Bout de la Rue ». Je fais une petite pause. Non, je n'ai pas décidé de rejoindre le groupe de festivaliers qui se réunit dans l'après-midi Place des Déportés pour une « Zombie Walk » dans la ville, mais plutôt d'aller à la conférence sur la peur organisée au Grand Hôtel. Marina De Van, Jean-François Rauger, Philippe Rouyer et Olivia-dont-je-n'ai-pas-retenu-le-nom intervenaient pour débattre la question d'une peur sexuée au cinéma. Bilan des courses : Olivia n'a pas beaucoup parlé, Marina aimerait se faire toucher par un doigt géant, Rouyer fait une analyse brillante d'Alien et Rauger arrive tant bien que mal à amener cette conférence à sa fin. Il est trop tard pour rejoindre la séance des courts-métrages, je décide de la reporter à demain et de profiter de la neige pour me balader dans la montagne à la recherche de Big Foot. Malheureusement, je ne l'ai pas trouvé.

Berberian Sound StudioJe me retrouve alors devant le MCL pour la séance de « Berberian Sound Studio » de Peter Strickland. Si l'on reproche souvent au cinéma fantastique de jouer sur les mêmes codes, il faut avouer que ce film-là est unique. L'histoire est celle de Gilderoy, un bruiteur anglais de documentaire qui arrive en Italie, dans les années 70, pour mixer un film d'horreur de série B dans un studio des plus miteux. Introverti, fils à maman, Gilderoy sombre peu à peu dans la folie à force de passer ses journées à massacrer de pauvres et innocents légumes. Le premier mérite de ce film est de placer le son au cœur de l'image, nous rappelant que l'efficacité du cinéma d'horreur vient avant tout de ce travail du son. On pense à « Blow Out » lorsque les actrices se succèdent pour trouver le cri adéquat. Le second mérite de « Berberian Sound Studio » est sa force hypnotique, le film est lent, langoureux, et nous amène subtilement dans le domaine du fantastique. Comme lors de cette apparition fulgurante, où une actrice entre dans une transe en poussant des hurlements démoniaques. Repensant l'horreur des gialli, « Berberian Sound Studio » paraît sortir d'un autre monde, et obtint, avec mérite donc, le Prix de la Critique, bien que sous les huées du public. Que leur faut-il donc ?

Berberian Sound StudioBerberian Sound Studio (2012) de Peter Strickland avec Toby Jones et Tonia Sotiropoulou


Après la claque de « Berberian Sound Studio », retour au Cinéma du Casino sous la neige pour la séance nocturne de « La Maison au Bout de la Rue ». Parlons d'abord du chemin où, devenu légèrement paranoïaque, mon compagnon de route se mit à sursauter lorsqu'un morceau de neige se décrocha d'une voiture pour s'aplatir par terre. Il faut dire qu'avec tous ces films, un sentiment naturel d'angoisse nous prend à la tombée de la nuit. D'autant plus qu'après la neige, un cri violent se fait entendre à quelques rues. C'est donc pressés que nous sommes arrivés dans la salle d'un film qui allait relancer nos frayeurs pour la nuit. « La Maison au Bout de la Rue » n'est pas un grand film mais il n'est pas non plus raté, c'est juste un bon film d'horreur. Il remplit son cahier des charges avec brio, rythme et élégance. Jennifer Lawrence y est merveilleuse, tellement qu'on lui décernerait bien un prix pour son interprétation. Des sursauts constants, ce qu'il faut d'adolescence et un twist final inattendu et voilà, le tout est en boîte, prêt à consommer. Vu en début de journée le film m'aurait peut-être lassé, mais à 1h30 du matin, 5e film de la journée, il m'a juste donné ce qu'il me fallait, quelque chose de simple et d'efficace. Sur le retour, le cauchemar continuait. Des bruits de coups dans une maison sur la gauche, un mec bourré à l'allure de zombie derrière nous et une tête hors d'une fenêtre sur la droite qui se met à crier : « La police arrive ! La police arrive ! » Risquant la chute à chaque pas, nous accélérons notre marche jusqu'au chalet. Il est temps de se reposer.


Dimanche - House of Last Things / Courts-Métrages / Mama

House of Last ThingsJ'ai vu « House of Last Things » au Cinéma Paradiso, une coquette salle de 320 places cachée derrière le parking d'un supermarché du coin. Le contexte ne paraît pas vraiment idyllique et pourtant un certain charme se dégage de cette salle où, enfin, nous avons pu entendre un réalisateur parler de son film. Quelques minutes seulement où Michael Bartlett expliqua surtout l'importance de la musique dans son film (et dans sa vie puisqu'il était musicien au Philarmonique de Berlin). Le film commence tandis que des rangées entières se mettent à bouger la tête en même temps. Le charme est rompu : cette salle est construite en creux, m'obligeant à ne voir qu'une partie de l'écran et à me passer de sous-titres. Heureusement, comme l'avait annoncé le réalisateur, « House of Last Things » est un film musical et je l'ai laissé m'emporter à l'oreille. Encore une histoire de fantôme et de maison hantée, mais la portée paraît cette fois-ci politique, le film étant explicitement une critique de l'embourgeoisement. Un couple décide de partir en vacances et fait garder sa maison par Kelly, une jeune blonde entourée de son débile de frère et de son voyou de copain. Ce dernier kidnappe un gamin sur le parking d'un supermarché pour soutirer de l'argent à ses parents mais bien évidemment, rien ne se passe comme prévu. Grâce à son rythme hypnotique et son esthétisme à couper le souffle, le film parvient à élever le genre à un degré inattendu et devient une véritable parabole biblique. Tout semble parfait dans ce film comme dans ce jardin d'Eden qui transforme petit à petit ses habitants.

Parlons un peu des courts-métrages. Si l'immersion est primordiale dans le fantastique, elle pose toujours problème avec le format court. Comment peut-on se laisser aspirer en une vingtaine de minutes dans une histoire impossible ? Comment dépasser le stade du concept ? Ces questions me traversaient la tête alors que devant mes yeux défilaient les trois premiers courts-métrages de la sélection qui m'ennuyaient de plus en plus. « Alice et Lucie » est un exercice formel complètement vain, « 22:22 », justement, ne dépasse pas son concept et « l'Homme à la Cervelle d'Or » paraît durer deux fois son temps. Soudain arriva « Mort d'une Ombre », avec un Matthias Schoenaerts amaigri et méconnaissable dans le rôle d'un soldat fusillé. Cette fois, le pari est réussi. Le film, à la fois poétique et philosophique, arrive à nous intégrer à l'univers qu'il raconte. La mort emprisonne nos ombres dans l'immensité des couloirs de sa demeure. Pour ce faire, il lui faut un photographe auquel il promet une seconde vie au bout de 10 000 ombres capturées, et notre soldat en est à 9 998. Par de petites répétitions, nous savons où nous sommes et où l'on va, nous parvenons à comprendre ce personnage qui restera pourtant mutique jusqu'à la fin. Même s'il fut justement récompensé, ma préférence allait à « Zoo », une sorte de film cronenbergien où un cocon s'implante dans le lit d'une jeune fille et métamorphose petit à petit la famille entière. Très drôle, l'efficacité du film tient en ses dialogues qui pour une fois semblent vrais (ce qui n'est pas si évident dans l'horreur française). Il y avait aussi le sympathique « Nightwatch », une histoire de zombies dans un parking souterrain, et l'étonnant « Un Monde Meilleur » où un délateur professionnel sombre dans la folie quand son monde totalitaire à la 1984 se transforme en vallée de hippies.

MamaLes téléphones vibraient lors de cette séance de courts-métrages, et pour cause, le verdict était tombé, « Mama » d'Andres Muschietti avait gagné. Malédiction. Par deux fois, je m'étais fait refouler des salles qui le projetaient et pour me venger je l'avais déjà rayé de ma liste, banni à tout jamais. Mais pouvais-je partir de ce festival sans en voir le grand vainqueur ? J'ai cédé, vanné. Pour la énième et dernière fois, je ré-ouvrais mon programme et changeais ce qui était prévu. Pourtant, cette grande victoire était prévisible : les meilleurs films de cette sélection (« Berberian Sound Studio », « The Crack », « House of Last Things ») étaient trop lents pour emporter avec eux l'adhésion totale du jury et du public, quant à « You're Next », il est jouissif certes mais reste un film mineur. Il ne restait plus que « Mama », le seul véritable conte fantastique de ce festival (avec les quatre films de Taboada). Arrivé à l'Espace Lac, je m'étonne du peu de monde qu'il y a en salle pour le Grand Vainqueur. Un dernier café pour la route. Avant le film, je revois « Mort d'une Ombre » (vu deux heures auparavant) et le trouve encore mieux. Puis « Mama » commence, ce film qui fait actuellement un carton dans les salles américaines devrait sortir chez nous au mois de Mai. S'il est réussi, c'est qu'il est parfaitement équilibré. Rythmé, éblouissant, le film raconte la ré-adaptation de deux gamines abandonnées qui hésitent entre l'amour naissant et libérateur de leur nouvelle mère Annabel, interprétée par une Jessica Chastain inattendue, brune, rock 'n roll, et celui profond et totalitaire de leur Mama, mystère protecteur de leur survie d'enfants sauvages. Malgré quelques raccourcis scénaristiques, qui peuvent se justifier (la mise à l'écart de l'oncle concentrant le récit sur la relation entre les filles et Annabel), « Mama » est un conte flamboyant et effrayant, le genre de film que l'on espérait tous voir en venant à Gérardmer et qui conclut le festival en beauté.


Camille Moreau
pour CinEmotions.com


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